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USA : Mariage refusé à un couple interracial

La semaine dernière, à Hammond (Louisiane), Beth Humphrey (qui est blanche) et Terence McKay (qui est noir) ont sollicité une licence de mariage et se la sont vu refuser pour motif racial.  Le juge de paix, Keith Bardwell, a prétendu que selon son expérience, “les unions inter-raciales ne durent pas longtemps” et a affirmé qu'il “faisait cela pour les enfants.” [en anglais]

“Les lois Jim Crow” qui imposaient des installations séparées pour les Noirs et les Blancs américains ont été abolies en 1965, et les lois anti-métissage [en anglais, comme les liens suivants] qui interdisaient les mariages ou les relations sexuelles entre races avaient disparu de tous les Etats vers 1967.

Mais le racisme existe toujours. Si la plupart du temps il reste enfoui, à l'occasion il redresse sa tête hideuse d'une façon impossible à ne pas voir ; cette histoire a fait les grands titres dans tous les Etats-Unis, provoquant une éclosion de billets de blogs dans la communauté locale et au-delà.

Répliquant à l'argument de M.Bardwell pour sa “défense” qu'il mariait tout le temps des couples noirs, le blog anti-raciste Stuff White People Do a exprimé son indignation, disant :

Ah, comme c'est magnanime de votre part, M. le juge Bardwell. Et il va sans dire, inopportunément paternaliste.

A propos de la maison de M. Bardwell, dont je suis sûr qu'elle est tout bonnement  envahie de joyeuses hordes d'enfants noirs et blancs batifolant ensemble, il a aussi cru devoir dire :

 J'ai des tas et des tas d'amis noirs. Ils viennent chez moi, je les marie, ils utilisent mes toilettes. Je les traite comme tout le monde.

Ah oui, aussi des amis noirs, des tas. Jusque dans ses toilettes !

Un commentatrice du blog, Siditty (qui a aussi écrit son propre billet ici), a évoqué le paradoxe de la colère de M.Bardwell :

Je n'ai pas fini de m'étonner comment un homme qui vient de Louisiane, avec sa solide histoire de mélange racial, tant par le système du plaçage que par la cuture créole, s'inquiète tout d'un coup pour les enfants. Ils ne s'en inquiétaient pas au XVIIIe siècle, alors pourquoi lui maintenant.

Le blog Racism Review a battu en brèche le “souci pour les enfants” de M. Bardell avec des témoignages sur les enfants nés de relations inter-raciales:

Et, pour preuve supplémentaire, les enfants de mariages mixtes ne sont pas désavantagés par rapport aux autres enfants pour peu qu'ils grandissent dans un environnement qui accepte la diversité et les enfants de mariages inter-raciaux. Si les enfants de mariages mixtes rencontrent le racisme (et d'autres inégalités structurelles), ils seront alors plus probablement exposés au stress, ainsi qu'aux risques de santé liés à ce stress accru, comme le tabac et l'alcool. Cela, c'est une conséquence du racisme, et une raison de plus de travailler à mettre fin au racisme. Et cela ne devrait pas être utilisé – par une inversion de la logique – comme un motif de perpétuer le racisme.

Black Girl in Maine a à son tour abordé la question “et les enfants ?”, en s'appuyant sur le vécu de son fils métis :

Et les enfants, et les gosses ? Oui, les enfants métis subissent parfois des rebuffades des autres gamins, mais pas forcément et je crois que chez les jeunes aujourd'hui, être métis, c'est presque considéré comme cool. Comme me l'a dit une copine, mon fils ne manque certainement pas d'amis, garçons ou filles. Je pense que le seul moment où les enfants métis ont de vrais problèmes, c'est quand ils n'ont personne à qui parler de leurs racines. Je crois que lorsque les enfants sont reliés à leurs racines et à leur communauté historiques, cela crée un espace où ils sont en sécurité.

Aux Etats-Unis, des lois anti-métissage interdisaient dans nombre d'Etats le mariage d'Américains blancs avec des Américains noirs (et des Américains de certaines autres ethnies). Tandis que dans certains Etats, ces lois ont été abrogées dès 1780, dans seize autres elles ne l'ont pas été avant un procès de 1967, Loving vs. Virginia, dans laquelle un couple mixte qui s'était marié à Washington, D.C., a été arrêté dans sa chambre à coucher. Leur bataille judiciaire est allée jusqu'à la Cour Suprême américaine, et à ce stade les lois ont été infirmées.

Un certain nombre de blogueurs ont abordé les aspects juridiques de l'affaire. L'un d'entre eux, Jay Says, écrit :

En tant que juge de paix, il devrait savoir que les mariages mixtes ne sont plus illégaux – cela a été déclaré inconstitutionnel il y a 40 ans. Cet exemple particulier arrive après la Marche nationale de l'égalité de ce week-end, au cours de laquelle j'ai brièvement interviewé un couple mixte hétéro, les Newman (vidéo) sur le motif de leur participation.

Le racisme, l'antagonisme de classe, le sexisme, l'homophobie, l'intolérance religieuse et les autres préjugés existent bel et bien dans notre société, mais ils ne doivent pas êtres couverts par la loi. Autoriser un fonctionnaire du gouvernement, qui est payé par les impôts des citoyens “libres” des Etats-Unis (ou, en l'espèce, d'un Etat des Etats-Unis) à faire appel à ses convictions personnelles pour décider des questions régies par le droit civil est odieux. S'il désapprouve les mariages mixtes, il n'a qu'à se trouver un nouveau boulot – Grand Maître du Ku Klux Klan par exemple.

 

Enfin, un blogueur a saisi l'occasion pour tirer les leçons de cet incident. Sur son blog, intitulé What Do I Know? (“Que sais-je ?”), il prie les lecteurs de réfléchir à leur propre réaction sur le sujet :

Si vous doutez que le racisme est toujours présent en nous tous, voyez comment vous réagissez à l'idée de vous marier en-dehors de votre race, surtout si vous êtes de race blanche et que l'autre race est noire. Ouais, ça va bien pour les autres, mais est-ce que vous ne trouveriez pas quelque argument solide et rationnel pour estimer que votre fille se rendrait la vie beaucoup plus difficile en ramenant à la maison un fiancé noir ? Soyez honnête. Même si vous dites : “Pas de problème”, vous n'avez pas hésité un tout petit peu ? Si ce n'est pas le cas, vous êtes quelqu'un de rare.

Alors que M. Bardwell affirme à présent qu'il n'a pas l'intention de démissionner à cause de cette affaire, une chose est sûre : on n'a pas fini d'en entendre parler.

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