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Bangladesh : Les pressions de la Chine censurent une exposition sur le Tibet

 

Affiche de lexposition photographique sur le Tibet

Affiche de l'exposition photographique sur le Tibet

Les Etudiants pour un Tibet Libre, Bangladesh (SFTBD), le chapitre bangladais de l'organisation Etudiants pour un Tibet Libre, ont organisé en partenariat avec Drik Bangladesh une exposition photographique sur le Tibet, intitulée “En Exil | Tibet 1949-2009” à la Drik Gallery de Dacca, qui devait s'ouvrir aujourd'hui et durer une semaine. Drik Bangladesh est une agence photographique de renommée mondiale, dirigée par l'éminent photo-journaliste et blogueur Shahidul Alam [en anglais, comme les liens suivants, sauf mention contraire].

Phayul.com raconte, citant un porte-parole de SFTBD:

“Le 29 octobre 2009, Qian Kaifu, conseiller culturel, et Cao Yanhua, attaché culturel, de l'ambassade de la République populaire de Chine au Bangladesh se sont rendu chez le Dr Shahidul Alam pour lui demander d'annuler l'exposition.”

“Ils ont apporté des cadeaux chinois à l'appui de leur requête,” [..]

Unheard Voice Blog rapportait le 31 octobre 2009 :

Il paraît certain que la Chine veille au grain. L'exposition de demain sur le Tibet semble compromise alors que les organisateurs sont sous forte pression pour annuler l'événement.

Hier, une délégation de l'ambassade chinoise est venue rencontrer le Dr. Shahidul Alam, directeur of Drik et l'a ‘prié’ d'annuler l'événement.

Un courriel d'un militant nous est parvenu ici : ‘Ils ont aussi traîné sur les lieux et ont posé un certain nombre de questions au personnel….

Alam bhai leur a dit de ne pas lui donner de conseils sur ce qu'il doit faire chez lui. L'exposition se poursuit donc, mais nous nous attendons à une grosse affluence de la dgfi (les renseignements militaires) et caetera pour le vernissage samedi.

Ce n'est pas seulement l'exposition qui était visée, mais aussi les militants, comme l'indique la suite du billet :

Vers 18 heures ce soir, des agents des services spéciaux opérant pour un certain SI Mijan sont arrivés à Drik et ont exigé de connaître le nom de la personne à contacter pour l'exposition. Les dirigeants du mouvement avaient aussi rapporté précédemment diverses visites du même SI au domicile des militants au courant des trois dernières semaines.

Shahidul Alam a publié le message suivant sur Twitter:

7:04 PM 31 Oct : khairul kabir et palash des services spéciaux en ce moment à Drik. veulent connaître noms des organisateurs de l'expo Tibet. Ai refusé de le donner.

Et aujourd'hui (dimanche) ce qui devait arriver est arrivé. Shahidul Alam a tweeté cet après-midi :

22 ! Le commandant Shah Alam vient de me retéléphoner pour me dire d'arrêter l'expo. A menacé d'envoyer la police si nous refusons.

Des récits ultérieurs sont parvenus disant que la police a finalement empêché l'événement :

Une heure avant le vernissage, prévu à 17 heures, la police a fermé les portes, empêchant le public de pénétrer dans la galerie, ont dit les responsables de Drik.

Le directeur de Drik, Shahidul Alam, a déclaré que le Service Spécial de la police du Bangladesh lui a parlé et lui a demandé de mettre fin à l'exposition en vertu d'un “ordre du gouvernement”.

Alam a indiqué que, bien que les policiers n'aient pu produire aucun document sur cet ordre, ils ont menacé de fermer l'exposition de force si les organisateurs ne le faisaient pas d'eux-mêmes.

Et maintenant lisons la suite des événements selon le récit du billet de blog de Shahidul Alam :

Lorsque M. Kaifu, au lieu de s'intéresser à notre unique collaboratrice chinoise Jessica Lim dans la bibliothèque, a insisté pour que nous trouvions un endroit tranquille pour discuter, j'ai compris qu'il s'agissait d'autre chose que d'une visite de courtoisie.

Il est allé droit au but. “Nous aimerions que vous annuliez l'exposition sur le Tibet” a-t-il dit. Me rappelant que le Tibet fait partie de la Chine, il a continué à expliquer comment les relations entre le Bangladesh et la China seraient affectées si l'exposition se poursuivait. Il a aussi évoqué toutes les choses que nous pourrions faire ensemble, les expositions que nous pourrions apporter. Et comment un organisme aussi célèbre que Drik pourrait trouver de nombreux partenaires en Chine. Cela paraissait grossier de lui rappeler le refus de ma récente demande de visa quand je devais faire partie du jury pour le concours TOPS de photo-journalisme en Chine.

Aussi poliment que j'ai pu, j'ai rappelé à M. Kaifu que notre galerie était indépendante. Je lui ai demandé ce qui lui donnait le sentiment qu'il avait le droit de nous dire ce que nous pouvions montrer. Je l'ai invité à l'exposition et l'ai assuré qu'il pourrait librement expliquer son opinion au vernissage. Nous serions heureux de montrer une exposition chinoise, si la qualité était bonne. Il a voulu voir la galerie et un collègue la lui a fait visiter tandis que je retournais à la réunion.

C'était déjà le soir lorsqu'est venu l'appel téléphonique du ministère de la culture. “La Chine est une amie, vous ne devez pas montrer des photos du Dalaï Lama” a poursuivi le haut-fonctionnaire. “Mais non, il ne s'agit pas de censure, mais…” Ensuite, il y a eu un quelconque artiste qui parlait en ami. Je n'ai pu identifier aucun de ces interlocuteurs, mais j'ai reconnu le rang du fonctionnaire du ministère. Je m'apercevais que ce serait une attaque tous azimuts.

 

Shahisul Alam commente les images en direct sur le web après la fermeture de lexposition. Photo publiée avec lautorisation de Media Helping Mediabition had been closed. Image courtesy Media Helping Media

Shahisul Alam commente les images en direct sur le web après la fermeture de l'exposition. Photo publiée avec l'autorisation de Media Helping Media

Les services spéciaux m'ont à la bonne. Ils sont revenus me voir. [..] La conversation d'abord cordiale a pris un ton plus vif lorsque j'ai refusé de divulguer les coordonnées des organisateurs. Ils m'ont rappelé les difficultés qu'aurait Drik à l'avenir pour fonctionner si nous ne rangions pas aux côtés du gouvernement. Je leur ai rappelé que j'étais du côté de la loi. Que la loi s'applique à la police, voilà un concept inconnu pour Shah Alam.

Des photos du déroulement des événements sont disponibles sur le site DrikNews, qui apparaît marqué comme un site à risque. Vous pouvez ignorer le marquage (le site est sans danger) et visionner les photos.

Rob Godden écrit sur The Rights Exposure protest :

L'ingérence croissante du gouvernement chinois dans les autres pays est une tendance inquiétante. Non content de gérer leur propre système complexe de censure, ils essaient de le rendre transnational. Ces tactiques fonctionnent le mieux sur des petits pays, comme le Bangladesh, ou le Népal, où je me trouve en ce moment, et ont un parfum de harcèlement. [..]

Le gouvernement chinois pense à l'évidence que sa juridiction s'étend à tous les contenus qui ont un rapport avec la Chine quel que soit l'endroit du monde où ils peuvent être diffusés. Si la pression de l'ambassade ne marche pas, une cyber-attaque privée sera activée.

Les internautes bangladeshis ont déjà commencé à protester. Habibullah Mizan a écrit sur le page Facebook de l'événement :

Est-ce que NOUS sommes au BANGLADESH ou en CHINE ??? QUI dirige notre gouvernement élu ??? NOUS ou les CHINOIS ???? Nous ne pouvons même pas autoriser la moindre exposition ? C'est vraiment honteux, honteux, honteux.

Le blog Shada Kalo Blog est mécontent lui aussi de la décision du gouvernement et lui demande de redresser l'échine :

Camarades, pourquoi vous aplatissez-vous devant la Chine et la répression de la liberté d'expression à Dacca ? Certes, je connais cette vieille blague que lorsqu'il pleut à Pékin on ouvre les parapluies à Dacca. Mais sérieusement, ce n'était pas un événement sponsorisé par le gouvernement. La pire chose qu'aurait pu faire Pékin si vous aviez dit “désolés, nous ne pouvons pas intervenir”, c'était de NE PAS vous vendre quelques jouets contaminés au plomb de plus.

Nous pensions que vous aviez fait le serment de protéger et respecter la constitution du Bangladesh avant toute chose (ce qui comporte la protection de la liberté d'expression de ses citoyens), et non les désirs géopolitiques de la Chine quand cela n'a vraiment aucun intérêt pour le Bangladesh.

Dommage, maintenant nous sommes fixés.

1 commentaire

  • Chris

    La Chine est en train d’étendre son emprise sur le monde dans tous les domaines possibles, obnubilée en particulier de reprendre en particulier sa revanche sur l’Occident qu’elle accuse de ses nombreux malheurs passés, tout passant sous silence sa prore responsabilité et les crimes qu’elle a commis au Tibet, au Xinjiang ou même contre son propre peuple. Et que faisons-nous ? Aveugles et avides de profit à court terme, nous ne trouvons rien de mieux à faire que de l’aider en achetant ses produits, en délocalisant, en lui cédant notre technologie pour l’obtention de contrats, en bous applatissant devant tous ses diktats. Sommes-nous devenus à ce point suicidaires ? N’y a-t-il pas d’autres pays dont nous pourrions favoriser le développement (Inde, Bangladesh, Brésil, Afrique, Europe de l’est, etc.) et qui sont loin de présenter le même risque?

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