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Macédoine : Les premiers points positifs amenés par la contestation

De plus en plus de manifestant en Macédoine prennent conscience de la nécessité d'une visibilité croissante, hors des frontières ou parmi les étrangers se trouvant en Macédoine. Cet aspect est devenu important. Des traductions ainsi que des tweets et des articles de blogs rédigés dans plusieurs langues commencent à faire leur apparition, pour proposer une meilleure lecture des événements.

Par exemple, Tina [macédonien], utilisatrice de Twitter, a publié un calendrier de l'affaire Martin Neshkovski et un billet “Les experts: la démocratie introuvable,” [anglais], Andre Valé des informations en portugais.

No Police Brutality! cartoon by Carlos Latuff

Non à la brutalité policière! – caricature du dessinateur brésilien Carlos Latuff* réalisée pour la Macédoine et utilisée comme affiche par les manifestants

Marjan Zabrchanec a écrit en macédonien et en anglais sur les avancées que les manifestations ont permis jusqu'ici (avec l'aide d'Ana Bojadzievska):

Les manifestations, déclenchées par le meurtre brutal de Martin Neshkovski aux mains de la police macédonienne, ont profité à la société macédonienne sur plusieurs registres. Ce que nous avons réussi à faire est principalement une avancée pour la jeunesse, mais une certaine influence a aussi été exercée sur les partis politiques, les organisations de société civile et, bien sûr,  le Ministère de l'intérieur.

Afin d'effectuer un classement plus simple de cet océan d'informations, je vais tacher de mettre en avant cinq points positifs qui nous sont déjà acquis, et trois autres qui, selon moi, sont à venir.

Qu'avons-nous gagné des manifestations contre la brutalité policière?

01. La responsabilisation de l'individu

Comme jamais auparavant, un groupe important d'individus s'est exprimé publiquement contre le Ministère de l'intérieur, l’ institution considérée comme la plus intimidante pour les citoyens libres. Que l'on se joigne à la manifestation chaque jour à 18h00 devant la statue de Mère Teresa ou que l'on choisisse simplement d'être actif par le biais de la communauté internet en publiant un logo symbolique contre la brutalité de la police sur son profil Facebook ou Twitter, les bénéfices d'une expression libre du mécontentement sont énormes. L'individu devient capable d'agir contre la peur.

02. L'union de personnalités différentes

Tout le monde s'étonne de la bonne ambiance qui règne dans les manifestations. Des citoyens continuent de dire que jamais une telle union de groupes divergents ne s'était vues été connue auparavant. Vendredi, le 5ème jour [français] de la manifestation, la force du mouvement [anglais] est devenue évidente. Plus de 3000 citoyens, jeunes pour la plupart, se sont rassemblés autour d'un même message adressé aux institutions : “Arrêtez la brutalité contre les personnes.” Le même message est venu de beaucoup de gens différents, ce qui ne s'était jamais produit auparavant. Durant les manifestations, j'ai personnellement reconnu des citoyens issus de plus de 50 organisations différentes, des gens n'appartenant à aucun parti politique ou n'ayant pas de préférence, des membres du VMRO-DPMNE (Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienne) et du SDSM (Union social-démocrate de Macédoine), des membres du DUI (Union démocratique pour l'immigration) et du DPA (Parti démocrate albanais), des membres d'autres partis politiques, mais également des citoyens qui se sont engagés socialement pour la première fois. Bien qu'il n'y ait pas eu, durant les préparatifs des manifestations, d'appels lancés vers les différentes communautés ethniques qui vivent en Macédoine, j'ai vu lors des manifestations des Macédoniens, des Albanais, des Roms, des Valaques, des Serbes, des Bosniaques, des Croates, … Les manifestations ont permis une intégration spontanée des citoyens de la république de Macédoine.

03. Éclaircissements sur le meurtre de Martin Neshkovski

Des citoyens ont réussi à rendre public un meurtre que le Ministère voulait dissimuler. La pression exercée par les citoyens a progressivement permis de faire connaitre les circonstances du meurtre de Martin. Je ne parle pas d'éclaircissement total  mais de la visibilité publique de plus en plus grande de cette affaire, qui serait certainement restée dans les dossiers secrets du Ministère de l'Intérieur si cet activisme citoyen ne s'était pas déclenché. Les tentatives des responsables publiques de dissimuler ce meurtre brutal a échoué, et chaque nouvelle déclaration du porte-parole du ministère de l'intérieur, Ivo Kotevski, contredit de plus en plus la précédente.

04. La naissance de la puissance de Twitter

Il serait présomptueux de dire que c'est Twitter qui organise les manifestations. Twitter n'est ni une organisation, ni un média qui possède des sources centralisées d'informations. Derrière Twitter se cachent des citoyens critiques qui parviennent à exprimer leurs positions avec des messages de 140 caractères. Alors que le nombre d'utilisateurs en Macédoine est peu élevé, Twitter apparaît comme une plate-forme, un réseau social qui est difficile à diriger, contrôler et censurer. Je pense que Twitter est toujours inconnu du ministère de l'Intérieur, et que c'est la raison pour laquelle personne n'a pu anticiper les manifestations et que personne ne peut y mettre un terme. Même si, au départ, Facebook est resté silencieux, après les 6 jours de manifestations, de plus en plus de citoyens se sont sentis encouragés et ont commencé à utiliser Facebook pour exprimer leur mécontentement. Le nombre de pages, groupes et évènements qui appellent à la solidarité et à la contestation est en augmentation constante. Dans le même temps, nous ne devrions pas sous-estimer l'activité sur Facebook du ministère de l'Intérieur, qui tente de censurer les appels à la manifestation (avec, heureusement, peu de résultats jusqu'ici).

05. Des citoyens au-dessus des partis politiques

“Nous ne sommes pas un parti politique”, voilà le message qui est constamment scandé durant les défilés. Ce n'est pas le propos principal de la protestation, mais c'est un mécanisme de défense qui, malheureusement, doit être répété afin d'empêcher les tentatives des partis politiques de marginaliser ou manipuler ce qui reste du pur activisme citoyen. Le caractère non partisan du mouvement a été compris et reconnu par tous les participants des manifestations; ceux qui sont membres de différents partis ainsi que ceux qui, à la base, sont en désaccord avec les principes du système démocratique pluraliste. Le message “Nous ne sommes pas un parti politique” a réussi à unifier les citoyens, de manière aussi efficace que le slogan “Non à la brutalité policière”. Comme c'est souvent le cas d'actions non partisanes, celle-ci a soutenu la domination de la citoyenneté sur une approche plus partisane et a appelé à un activisme sans violence et sans discours haineux. La manifestation non-violente contre la violence de la police peut servir d'exemple à la fois aux partis politiques et aux institutions de l'état.

Je crois que cette liste pourrait s'enrichir de nouveaux avantages gagnés au cours de cette semaine passée. Mais je crois également que cette action civile “;#protestiram #martin” ne s'arrêtera pas là et s'efforcera d'atteindre au moins trois des objectifs que je décris ci-dessous.

Il y a trois requêtes communes des citoyens, qui, si la pression se maintient, pourront, je pense, être réalisées dans l'ordre suivant:

I. Identification et sanction de tous les coupables du meurtre de Martin Neshkovski

Je crois que le ministère de l'Intérieur cédera à la pression des citoyens et prendra les mesures nécessaires pour clarifier la situation, trouver et dénoncer tous les membres des forces de police qui ont été témoins ou complices du meurtre.

II. Démission ou renvoi des responsables politiques au sein du ministère de l'Intérieur

Si les manifestations se poursuivent, je crois que la démission ou le renvoi de la ministre de l'Intérieur Gordana Jankulovska et/ou du ministre adjoint et porte-parole du ministère Ivo Kotevski suivront. La perspective a été annoncée dans l’éditorial [macédonien] du quotidien pro-gouvernement Dnevnik, de même que par le communiqué du président [macédonien] de la république, expliquant que les institutions avaient reçu le message envoyé par les citoyens.

III. Réforme des forces spéciales de police

Après les annonces par l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ) et l'Ombudsman [macédonien], une pression constante pourrait démocratiser le ministère de l'Intérieur, en passant par un plan de réformes des forces spéciales de police et son application rapide.

Enfin, même si les manifestations se poursuivent, même si le ministère demande l'interdiction de tous les groupes Facebook appelant à manifester et se décide à utiliser l’ autorité des analystes étrangers pour tuer l'activisme citoyen [macédonien], les jeunes ont remporté une victoire, peut-être la plus importante remportée en Macédoine ces 20 dernières années.

Gordana Jankulovska/Police Brutality/Murder Cover-up/Macedonia/Martin Neshkovski

Une caricature dessinée par Carlos Latuff* mettant en scène la ministre des affaires intérieures Gordana Jankulovska

Dans le même temps, des personnes participant au mouvement de contestation ont lancé en Macédoine plusieurs nouveaux blogs et sites internet, dont:

  • Justice pour Martin [macédonien]
  • Protestira.me [macédonien] (“Nous protestons”) regroupe du contenu sur les contestations à l'encontre de la brutalité policière, incluant des liens vers des articles rédigés en plusieurs langues. Un article intéressant déconstruit [macédonien] la propagande anti-manifestation, et traite du vol de l'arme d'un policier commis le 10 juin dernier par un groupe masqué qui se dissimulait dans la foule. Selon ce site internet, le cortège des manifestants était à quelques kilomètres de l'endroit où ce serait produit l'incident.
  • Tamara Atanasoska [macédonien] a crée un blog personnel pour publier [macédonien] le récit émouvant de son aventure; elle a rejoint la manifestation dès le premier jour, ultime geste pour soutenir les témoins du meurtre.

* Carlos Latuff autorise [anglais] “la libre reproduction” de ses dessins.

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