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Costa Rica : L'écrivain et femme politique Carmen Naranjo nous a quittés

Carmen Naranjo (née à Cartago au Costa Rica en 1928) est décédée le 4 janvier 2012. Écrivain, elle s’était consacrée à la politique dans les années 60 et 70, ce qui était assez rare à cette époque en Amérique latine. Nommée ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports en 1974, elle a été la première femme membre de l’Académie costaricienne de la Langue Espagnole. Figure de la culture costaricienne, elle est devenue directrice du Musée d’Art Costaricien et des Éditions Universitaires EDUCA. Elle a reçu plusieurs prix, dont l’Ordre d’Alphonse X le Sage (Espagne, 1977) et l’Ordre du mérite de l’enseignement et de la culture Gabriela Mistral (Chili, 1996). Au moins trois de ses romans sont considérés comme fondamentaux pour la littérature costaricienne : Los Perros no ladraron (« Les chiens n’ont pas aboyé ») (1966), Diario de una Multitud (« Le journal d’une multitude ») (1974) et Ondina (1983).

Carmen Naranjo représentait non seulement la capacité des femmes à occuper des postes importants dans une société traditionnelle, mais elle était aussi pionnière en ce qui concerne ses opinions sur la culture, la littérature, l’écriture et les médias. Elle a été, avant beaucoup d’autres, en faveur de l’égalité des sexes ce qui, aujourd’hui, est régi par la loi. Actuellement et pour la première fois, le Costa Rica est présidé par une femme : Laura Chinchilla.

Carmen Naranjo

Carmen Naranjo en 2008, photo cédée par Julia Ardón et publiée avec son autorisation.

En 2008, lors d’une interview, Aily Morera a demandé à l’écrivain [en espagnol] en quoi elle avait contribué à la culture, ce à quoi Naranjo a répondu :

He encontrado que lo fundamental es trabajar en términos universales dentro del país para que la cultura aunque sea un milímetro crezca en todo el territorio. Por eso encuentro que es indispensable que la cultura tenga medios modernos de comunicación. Considero la radio fundamental y también la televisión, las fuentes que fluyen del Internet y todas esas cosas que le permiten a la gente comunicarse y tener fácil acceso a la cultura, y al conocimiento universal. Todo lo que fortalezca el conocimiento debe ser implementado por eso es tan importante que las universidades se proyecten para valorar lo que las comunidades tienen y desarrollarlo. No se necesita sacar a la gente de sus sitios sino llegar a ellos y lograr encender la espiral del desarrollo.

Je me suis rendu compte que ce qui est essentiel, c’est de travailler en termes universels à l’intérieur du pays pour que la culture puisse gagner même un millimètre sur tout le territoire. C’est pourquoi je trouve qu’il est indispensable que la culture dispose de médias modernes. La radio me semble primordiale ainsi que la télévision, les sources d’information découlant d’Internet et tout ce qui permet aux gens d’entrer en communication et d’avoir facilement accès à la culture et à la connaissance universelle. Tout ce qui fortifie la connaissance doit être mis en œuvre d’où l’importance de la propagation des universités pour mettre en valeur et développer ce que les communautés possèdent. Il n’est pas nécessaire de sortir les gens de leur lieu d’origine mais plutôt d’arriver jusqu’à eux et de parvenir à faire démarrer la spirale du développement.

Étant écrivain, Carmen Naranjo a été un personnage clé lors des changements subis par le Costa Rica après les années 50, lorsque le gouvernement de Calderón Guaria s’est effondré et jusqu’au début des années 80. Au temps de Carmen, le pays était caractérisé par une société conservatrice et élitiste, très peu flexible. Le trope littéraire principal était un paysan honorable et sincère. Personnage simple et sensé, il était le reflet de l’idée que la classe dominante avait sur ses origines et son destin.

Carmen Naranjo a écrit depuis la perspective d’une nouvelle classe moyenne urbaine, en mettant perpétuellement en question l’imaginaire cher à une société qui se transformait pour toujours. Les jeunes citadins connaissaient la pression d’accepter une société différente avec des hommes politiques imprégnés de nouvelles idées, de plus en plus jeunes et ambitieux. La littérature de Carmen Naranjo était une littérature de rupture, contestation et rénovation. Michelle Soto cite un écrivain et ami, Alfonso Chase, dans La Nación [en espagnol].

La aparición de Carmen Naranjo como poeta en los años 60 fue una revelación, pero también un rompimiento con la tradición literaria costarricense. Ya el campesino no era tan Magón ni tan Aquileo. Carmen era totalmente urbana y era una hija de la Segunda República. […] Era una mujer para ahora. Hubiera sido muy interesante en estos momentos porque este es el tiempo de los indignados.

L’apparition de Carmen Naranjo comme poète dans les années 60 fut une révélation, mais aussi une rupture avec la tradition littéraire costaricienne. Le paysan n’était plus celui de Magón ou Aquileo [en espagnol]. Carmen était complètement citadine et c’était une fille de la Seconde République. […] C’était une femme pour aujourd’hui. Elle aurait été très intéressante à notre époque qui est celle des indignés.

Benedicto Víquez écrit au sujet de Carmen Naranjo dans son blog El arte literario y su teoría [en espagnol]:

Sus personajes son innominados, se convierten en voces llenas de angustia, luchando por encontrarle sentido a la vida y la muerte, rescatando los instantes de felicidad en su larga lucha por sobrevivir en una sociedad llena de prejuicios, superficialidad, vacuidad y alienante […]

Ses personnages n’ont pas de nom, ils se transforment en voix angoissées, se débattant pour trouver un sens à la vie et à la mort, arrachant quelques instants de bonheur à leur longue lutte pour survivre dans une société pleine de préjugés, superficielle, vide et aliénante […].

Enfin, Víquez écrit dans El arte literario y su teoría [en espagnol] au sujet du roman de Naranjo Los perros no ladraron :

Los personajes viven directamente la burocracia de la ciudad, se enfrentan crudamente a ella, en vivo, sufren la impotencia para resolver las más insignificantes diligencias, tales como buscar trabajo, ser atendidos por un empleado ante una solicitud, tan simple como pagar un recibo, sacar una cita, subir en un ascensor, caminar por la ciudad, aspirar a un ascenso, etc.

Les personnages vivent en direct la bureaucratie de la ville, ils y sont brutalement confrontés, ils souffrent de leur impuissance à résoudre les démarches les plus insignifiantes qui soient, comme par exemple chercher du travail ou qu’un employé s’occupe de leur dossier, ou même payer une facture, obtenir un rendez-vous, monter par l’ascenseur, parcourir la ville ou aspirer à une promotion, etc.

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