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Espagne : “Désobéissance sanitaire” contre la politique d'austérité

Ce billet fait partie du dossier de Global Voices sur l'Europe en crise.

(Liens en espagnol) Des groupes indépendants d'employés et d'usagers de la santé publique ont créé une plateforme afin de protester contre la récente réforme de la santé. Le mouvement intitulé Yo Sí Sanidad Universal (@Yosisanidaduniv), a mis en avant une proposition phare de désobéissance et d'objection au nouveau Décret-Loi 16/2012, imposé par le gouvernement dans un contexte de coupes budgétaires, d'austérité et de protestations sociales.

L'objectif du décret, qui entrera en vigueur le 1er septembre, est, selon le Ministre de la Santé publique, de “garantir le caractère universel du droit”. Comme l'a déclaré le Gouvernement du Parti Populaire, c'est un pas en direction d'un “droit réellement universel” et il “met fin au gaspillage”.

Le business de la santé

De leur côté, les détracteurs estiment que ce décret, qui privera de carte d'assuré social près de 150.000 personnes, vise à bouleverser le système de santé et à créer un nouveau système d'assurance ; ce dernier opposerait les personnes assurées et celles que ne sont pas couvertes. Il risque par conséquent de mettre fin au système de santé à la portée de tous, qui était en vigueur en Espagne jusqu'alors. La page Web de la plateforme explique la situation :

Le plus grave dans cette réforme du système de santé, c'est précisément qu'elle passe d'un système universel de droits des personnes, basé sur des valeurs comme la solidarité sociale (“Je peux rester au chômage”, “Je peux tomber malade alors que je suis au chômage”, “Aujourd'hui pour toi, demain pour moi”) et de justice sociale (“Toute personne a le droit à l'éducation et à la santé”, “Garantir des droits à tous est le meilleur moyen pour créer une société meilleure”) à un soi-disant système dans lequel chacun reçoit ce qu'il paie, et doit justifier de sa qualité d'”asssuré(e)”, qu'il possède une assurance qui le couvre face à la possibilité de tomber malade ou de recourir à des soins de santé. Le recul des droits des citoyens est manifeste, sans pour autant permettre de réaliser d'économies significatives.

Patricia, membre de la plateforme contre le décret, explique que ce dernier va donner naissance à un système “comme aux États-Unis, où la santé est un business”.

De quelle manière ? En restreignant l'accès à la carte de santé. Le décret la retirera tant aux sans papiers qu'aux personnes de plus de 26 ans qui n'ont jamais été inscrits à la sécurité sociale. Cette mesure s'ajoute à d'autres annulations de droits comme l'avance des frais médicaux ou la fin de la gratuité de certaines prestations (comme les prothèses).

Dans la pratique, bien que la réforme touche de nombreuses personnes, ceux qui risquent d'être affectés dans l'immédiat sont les sans papiers, qui seront dépourvus de toute couverture sociale à compter du 1er septembre. Les utilisateurs de Twitter ont par ailleurs commenté l'information selon laquelle le gouvernement percevra des sans papiers une cotisation santé annuelle de 700 euros (soit un montant supérieur à une assurance médicale), une décision rejetée pratiquement unanimement.

Pour Patricia, le Décret royal est non seulement inconstitutionnel mais aussi injuste. C'est d'ailleurs la principale raison à l'origine de l'objection de conscience. L'indignation populaire ne cesse d'enfler, par ailleurs, dans la mesure où le gouvernement favorise les cliniques privées au détriment de la santé publique.

La page Facebook de la plateforme numérique a publié une vidéo montrant les déclarations des personnes touchées par ces mesures et d'objecteurs, afin de faire passer le message selon lequel “nous avons tous droit à la santé”.

Instructions pour la désobéissance

En rappelant que l'objection de conscience est un droit “reconnu, même s'il est peu régulé”, et que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme reconnaît que la santé est l'un des droits essentiels, la plateforme Web prévoit de créer un réseau d'objecteurs au sein de l'espace de santé. Elle ofre à cette fin différents modèles d'objection de conscience, destinés au personnel de santé, aux infirmiers et aux autres personnels, ainsi que d'autres instructions et documents officiels et d'information.

L'idée défendue par la plateforme est que les personnels de santé et administratifs doivent collaborer, et que même les usagers dépourvus de carte de soins doivent la demander et, lorsque leur demande est refusée, “ils doivent faire appel” de ce refus. Ils mettent également en garde contre les difficultés et les problèmes que peut rencontrer éventuellement un objecteur.

Pour l'heure, près de 1000 médecins ont rejoint l'initiative de l'objection de conscience pour continuer à suivre les migrants sans papiers. De son côté, l'administration de la santé publique les a menacés de sanctions dans le cas où ils prodigueraient des soins à des sans papiers : la guerre de la santé est déclarée.

Ce billet fait partie du dossier de Global Voices sur l'Europe en crise.

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