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Funérailles nationales et manifestations pour le député tunisien d'opposition assassiné

Les manifestations ne retombent pas en Tunisie après les funérailles d'Etat du député d'opposition Mohamed Brahmi, socialiste et nationaliste arabe, tué par balles devant son domicile le jour de la fête nationale [le 25 juillet].

Deux hommes armés ont abattu M. Brahmi, un dirigeant du Front Populaire, la coalition de partis d'opposition de gauche, avant de s'enfuir à moto. C'est le deuxième assassinat, en cinq mois, après les coups de feu qui ont tué le chef de l'opposition laïque Chokri Belaid le 6 février.

Ennahdha accusée 

L'assassinat a déclenché des manifestations de rue réclamant la chute du gouvernement de coalition tripartite [d'où le nom de Troïka] mené par le mouvement islamiste Ennahdha, et la dissolution de l'Assemblée Nationale Constituante élue en octobre 2011 pour rédiger une nouvelle constitution. Les protestataires pointaient du doigt Ennahdha, qui a nié toute implication dans l'assassinat.

Brahmi's widow leading her husband's funeral procession

La veuve de Brahmi en tête du cortège funèbre de son mari

Avec la Troïka au pouvoir, la Tunisie a connu un accroissement des violences visant les personnalités politiques d'opposition, les militants et ceux qui critiquent ouvertement les Islamistes. “Jusqu'à présent, bien peu a été fait pour ouvrir des enquêtes adéquates concernant les attaques visant des membres de l'opposition, et pour traduire en justice les responsables de ces actes. Tout cela crée un climat d'impunité et augmente les divisions politiques. Une enquête est en cours sur l'assassinat de Chokri Belaid, et des suspects ont été arrêtés. Mais personne n'a été jugé.”, a écrit Amnesty International le 25 juillet, exhortant les autorités tunisiennes à “imposer la justice”.

La famille de Mohamed Brahmi a accusé Ennahdha.

Les forces de sécurité critiquées

Lors d'une conférence de presse, le ministre de l'Intérieur Lotfi Ben Jedou a indiqué que c'est le même mouvement islamiste radical qui est impliqué dans les meurtres de Chokri Belaïd le 6 février et celui, cette semaine, de Mohamed Brahmi. Le ministre a aussi affirmé que la même arme a été utilisée pour tuer les deux figures de l'opposition, et que les autorités avaient identifié 14 suspects, dont certains appartiennent à Ansar al-Charia Tunisie. Le mouvement a publié un communiqué [arabe] déniant toute implication dans l'assassinat.

Les forces de sécurité sont étrillées pour leur “incompétence” à livrer à la justice les responsables du meurtre de Belaïd et leur échec à empêcher un second assassinat.

Sarah Ben Hamadi écrit pour l'édition Maghreb du Huffington Post :

Le ministre de l’intérieur n’a pas divulgué ces détails sur les antécédents du meurtrier présumé de Mohamed Brahmi, mais a déclaré que Boubaker Al Hakim était “activement recherché dans des affaires d’introduction et trafic d’armes sur le territoire tunisien”, et “est lié à Kamel Gadhgadhi” l’assassin présumé de Chokri Belaid, toujours en fuite.

Quelques jours avant l'assassinat, les forces de sécurité avaient fait une descente dans une maison du quartier où habitait Brahmi et confisqué des armes mais sans effectuer d'arrestations. Sarah Ben Hamadi écrit :

Comment Boubaker Al Hakim, activement recherché, a-t-il alors pu revenir dans ce quartier, qui devait être théoriquement, surveillé jour et nuit, tirer 14 balles et s’enfuir?

Et de soulever des questions sur l'implication de djihadistes dans l'assassinat de Brahmi :

Mais pourquoi les salafistes djihadistes élimineraient Mohamed Brahmi? Un musulman pratiquant, loin de correspondre au profil des “ennemis de l’Islam” que combattent d’habitude les djihadistes. Un militant originaire de Sidi Bouzid, pas très médiatisé et n’ayant pas un grand poids électoral. Le connaissaient-ils vraiment? C’est possible. En véritable militant baâthiste et nassérien, Mohamed Brahmi soutenait le gouvernement du président syrien Bachar Al Assad, dont le régime est combattu depuis maintenant deux ans… par des djihadistes, y compris Tunisiens.

Un mort à Gafsa

Pendant un rassemblement en soirée vendredi, un manifestant est mort [avertissement : la vidéo peut choquer] à Gafsa, dans le sud du pays. Il aurait été touché à la tête par une grenade lacrymogène, lors des tirs par la police devant les locaux du gouverneur.

Photo : Mohamed Belmoufti, père de deux enfants, ingénieur des télécommunications et militant du Front populaire. Tombé en martyr ce soir à #Gafsa.

1 commentaire

  • med

    Il faudra encore beaucoup de temps pour que les tunisiens comprennent ce qui s’est passé. Aujourd’hui, c’est trop tôt. La crise et les auteurs du crime : ces données sont plus du côté du bruit sur facebook, du côté de la rumeur et certainement du côté de la manipulation d’Etat pour que pour que nous en ayons un vrai aperçu.

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