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Protection de l'environnement et combat contre la pauvreté ne vont pas l'un sans l'autre à Madagascar

Doté d'un nouveau président, Madagascar, fait ses premiers pas vers la sortie d'une crise politique de quatre ans depuis qu'un coup d'Etat soutenu par l'armée a renversé en 2009 le dernier dirigeant démocratiquement élu. L'heure est venue pour la nouvelle administration de s'attaquer aux plaies les plus urgentes de l'île, à savoir le taux alarmant de pauvreté chez les habitants les plus démunis et la détérioration rapide de l'environnement [anglais].

Voyons comment les deux questions, à première vue sans rapport, sont étroitement imbriquées à Madagascar. 

L'exploitation des ressources minières dans le sud

Un conflit juridique impliquant le géant minier Rio Tinto et un mouvement écologiste dans le sud de Madagascar illustre l'étroite relation entre pauvreté et problèmes environmentaux.

Lavaka (erosion gully) in Madagascar caused by deforestation via wikipedia CC-BY-2.0

Lavaka (ravinement dû à l'érosion) à Madagascar provoqué par la déforestation via wikipedia CC-BY-2.0

QIT Madagascar Minerals, propriété d'une filiale de Rio Tinto, est impliqué dans l'exploitation de plusieurs ressources minières dans le sud du pays. Le site web du projet dit ceci sur ses activités là-bas :

QIT Madagascar Minerals (QMM), détenue à hauteur de 80% par Rio Tinto et de 20% par l’Etat malgache, a mis en chantier une opération d’extraction de sables minéralisés près de Fort Dauphin à l’extrémité sud-est de Madagascar. Au cours des 40 années à venir, QMM prévoit extraire de l'ilménite et du zircon à partir des sables minéraux lourds sur une zone d'environ 6000 hectares le long de la côte. […] L'activité minière actuelle est localisée au site de Mandena sur 2000 ha, au nord du Fort Dauphin. La production de ce site augmentera pour atteindre [finalement] 750.000 tonnes par an. Les phases ultérieures se dérouleront à Sainte Luce et Petriky et la possibilité existe d’augmenter la production à 2.2 millions de tonnes par an. 

Le site Malagasyfordevelopment.kazeo.com ajoute que le projet prévoyait de créer 2.000 nouveaux emplois sur trois ans : 600 directement en rapport avec le projet, et entre 1.000 et 2.000 indirectement pendant la phase de production.

Voilà pour le bon côté. Le revers de la médaille est beaucoup plus sombre, comme l'explique Libération afrique :

 75% de la population malgache vivent avec moins de US$ 1 par jour. Le gouvernement malgache se résigne à se faire piller son sous-sol pendant 40 ans par Rio Tinto avec ses conséquences : dette, salaires de misère et environnement unique au monde détruit. Pour les trois années de construction, Rio Tinto ferait appel à des sous-traitants, dont plus de 500 ouvriers spécialisés venant d’Afrique du Sud et d’Asie alors que le chômage à Madagascar est parmi les plus importants en Afrique.

Plusieurs mouvement de défense de l'environnement ont dénoncé l'impact du projet sur la population locale et son environnement. Certaines des accusations contre le projet sont énumérées dans ce billet de Sarah-Jayne Clifton [anglais] pour les Amis de la Terre :

Les droits fonciers coutumiers n'ont pas été respectés, Les familles sans titres de propriété formalisés étant désavantagées de façon persistante dans la procédure d'indemnisation malgré l'engagement de Rio Tinto de respecter la propriété traditionnelle de la terre. Des familles ont été totalement exclues de la procédure d'indemnisation parce qu'elles n'étaient pas présentes lorsque le registre des familles requérant l'indemnisation a été établi […]

QMM a dit vouloir replanter le site minier quand l'ilménite aura été enlevée et avoir collecté des graines de la forêt pour cela. Mais 70 % de la zone sera plantée d'espèces exotiques parce que les spécialistes de QMM affirment que le sol est trop dégradé dans ces zones pour soutenir la réintroduction d'espèces natives. Il y a des inquiétudes que ceci pourrait avoir des effets dévastateurs. Des espèces exotiques comme l'eucalyptus pourraient supplanter les arbres natifs sur l'île, consommer des ressources en eau précieuses, et altérer fondamentalement la biodiversité du sol forestier.

Interrogé sur ces allégations, QMM n'a d'abord pas été vraiment communicatif, comme le montre sa réaction aux questions précises sur le problème [anglais] :

La défiance entre la société civile malgache et Rio Tinto/QMM a culminé lorsque des manifestations devant les installations de QMM ont conduit en mars 2013 à l’arrestation de 15 militants de l'environnement et des droits autochtones [anglais] de l'association Fagnomba, qui exigeaient une indemnisation pour les terres prises par la compagnie. 

Perle Zafinandro Fourquet, une co-fondatrice de l'association, a été parmi les personnes arrêtées. Sa famille a donné des détails sur les circonstances de l’arrestation :

Depuis janvier, Fagnomba installe des barrages sur l'accès à la mine et les militaires ont été diligentés pour lever ces barrages…Dernièrement, des bureaux et du materiel informatique ont été saccagés et le juge semble mettre tout cela sur le dos de Fagnomba : une affaire montée de toute pièce ! Enfin, pour montrer que l'affaire est scabreuse, la plainte a été déposée par la présidente de la CENIT (qui regroupe l'aide exterieure pour mener à bien les élections à Madagascar) qui est cousine par alliance du chef de Région…

Fagnomba indique que quelques dispositions sont nécessaires pour remédier à la situation, sur cette pétition :

Elle réclame également l'embauche de travailleurs locaux au sein de cette société qui fait venir la plupart de ses employés de la capitale. Elle lutte pour la protection de l'environnement malmené durement (les poissons disparaissent depuis l'installation d'un barrage…).

Il existe pourtant des solutions qui à la fois pourvoient aux besoins des plus nécessiteux et garantissent la protection des forêts.

Pour commencer, Anup Shah de Global Issues défend qu'un aperçu plus complet [anglais] de la question de la pauvreté est nécessaire :

Tout comme les médecins insistent sur la nécessité en premier lieu de prévention des maladies, et de recourir aux traitements quand il le faut, de même nous devons comprendre ces problèmes plus profonds de manière plus holistique. L'interconnection requiert plus de reconnaissance pour que la dégradation de l'environnement, la pauvreté et les autres problèmes généraux puissent commencer à trouver une solution.

Outre une approche plus holistique, L'évaluation du risque lié aux conséquences de la pauvreté doit également être élargie. Larry West, rédacteur pour les questions d'environnement chez About.com, explique [anglais] :

Plus le revenu est bas, plus grande est la probabilité d'être exposé à des toxiques chez soi et au travail. Plus grand est le risque de souffrir de maladies — allant de l'asthme au cancer — provoquées ou exacerbées par des facteurs environnementaux. Plus il sera difficile de trouver et de se payer une nourriture saine à mettre dans l'assiette.

Le World Wide Fund for Nature (WWF) rappelle qu'une importante proportion de gens à Madagascar et dans le monde dépend pour sa subsistance des ressources forestières [anglais], la protection des forêts fait donc partie intégrante de la lutte contre la pauvreté :

Près de 1,6 milliards de personnes dépendent des ressources forestières pour leur survie. Les ressources forestières contribuent directement aux moyens d'existence de 90 % des 1,2 milliards d'individus vivant dans l'extrême pauvreté. [..] Les dommages à l'environnement, ainsi que le manque d'eau propre et de terre appropiée à l'agriculture ou à la culture vivrière, conduisent à plus de faim, de maladie, de pauvreté et des possibilités amoindries de gagner sa vie.

Le WWF recommande le programme suivant pour atteindre ce but [anglais] :

travailler avec les communautés locales à travers le monde à :
-les aider à sécuriser leurs droits de gérer les ressources forestières dont dépendent leurs moyens de subsistance
-les soutenir dans leur gestion durable des forêts, pour leur propre bien-être autant que pour protéger l'environnement
-fournir des opportunités pour générer des revenus à long terme d'une gestion forestière, par exemple en apportant des formations à l'entreprenariat et en les reliant aux marchés national et international
-les qualifier pour l'obtention de la certification FSC et l'accès aux marchés du bois à gestion durable

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