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A Trinidad et Tobago, le ras-le-bol de la communauté chinoise face aux stéréotypes culinaires raciaux

"Pepper Mango", a beloved Trinbagonian preserved fruit delicacy that was "inspired by the Chinese". Photo by Priya Saihgal, used under a (CC BY-NC-ND 2.0 license.

“La mangue poivrée”, un fruit délicat d'origine chinoise apprécié des Trinidadiens. Photo de Priya Saihgal, utilisée sous licence Creative Commons BY-NC-ND 2.0 license.

La semaine dernière, la cuisine chinoise a fait les titres des journaux à Trinidad et Tobago, non pas pour ses savoureuses recettes à base de poulet mais plutôt à cause d'une vidéo virale diffusée sur les réseaux sociaux, montrant un homme présumé travailler dans un restaurant chinois, en train de dépecer un chien.

Quel que soit le niveau d'inquiétude soulevé par le partage de la vidéo, les autorités publiques ont rapidement amplifié les craintes à travers les médias grand public. Alors qu'une réponse mesurée provenant de la Société Trinidadienne pour la prévention de la cruauté envers les animaux (TTSPCA) indiquait procéder à des investigations plus larges pour en savoir plus sur la vidéo et les circonstances qui l'entourent et évoquait la possibilité que les auteurs de ces actes encourent une peine prévue par la loi sur les infractions sommaires qui traite de la cruauté envers les animaux, le ministre de la santé a donné une interview dans laquelle il a fait un parallèle entre la baisse de la population des chiens errants et l'augmentation des articles au menu dans les restaurants chinois.

“Je ferais plutôt attention”, a-t-il précisé au public, “car je sais qu'en Chine, on mange des rats, des chiens, des rongeurs, des chats et d'autres choses”. Il a poursuivi son propos en évoquant le fait que les immigrés chinois ont apporté leurs habitudes culturelles à Trinidad et Tobago ” et qu'on ne puisse pas faire grand chose pour mettre fin à cela”.

La réaction contre les déclarations de Khan a été presque immédiate. Les employés de plusieurs restaurants chinois ont condamné ses propos en les qualifiant d'erronés et irresponsables. Le site web satirique Wired868 a fait des gorges chaudes des déclarations du ministre de la santé :

Question : Comment transformer un problème potentiel en crise ?

Réponse : Allez demander de l'aide au ministre de la santé, le Dr Fuad Khan.

Ainsi, après avoir visionné avec curiosité un couple d'Asiatiques en train de dépecer un chien dans un endroit qui pourrait se trouver aussi bien à Trinidad et Tobago qu'ailleurs, le ministre de la santé tente d'allumer un feu avec du kérosène.

Le post poursuit :

Khan sous-entend que les Chinois mangeraient tout ce qui n'est pas traçable et seraient probablement des voleurs de chiens, masquant leur goût en les faisant passer pour autre chose et nous faisant payer pour qu'on les mange.

Tout ceci ne repose que sur une ancienne coutume pratiquée dans certains endroits en Chine, sur le fait que quelqu'un dépèce un chien et sur le fait qu'il ne rencontre que peu de chiens errants sur son chemin lorsqu'il se rend au Parlement.

[…]

C'est ce que le Président Anthony Carmona a récemment appelé la “logique de comptoir”. […] Bien que Carmona soit le chef de file de cette tendance, il n'exerce pas ce pouvoir à l'heure actuelle.

La logique de comptoir, c'est : lorsque le ministre de la santé donne une image des restaurants chinois aussi attractive que peut l'être celle d'un visa américain pour Jack Warner, à ceci près qu'il n'envoie pas de personnel sanitaire contrôler les cuisines de notre part.

La logique de comptoir, c'est : lorsque le ministre de la santé a plus de théories sur les recettes de cuisine chinoise que sur la fraude rampante qui existe au sein de la multimillionnaire autorité financière du fonds “Children's Life” (CLFA)

Cependant, quelques internautes ont mordu à l'hameçon et ont commencé à mettre tous les Chinois dans le même panier — On a regrettablement noté sur Facebook de nombreux posts, aux vues courtes, leur demandant de “rentrer en Chine” — mais les réseaux sociaux se révélant être également un merveilleux outil, ils ont servi de canaux d'expression à travers lesquels les Trinidadiens d'ascendance chinoise ont riposté contre ces stéréotypes raciaux.

Sur Facebook, Lily Kwok a posté une photo d'elle avec une pancarte sur laquelle on peut lire : “Je ne retournerai pas en Chine. Je suis Trinidadienne.” En utilisant le hashtag #IAmAPerson, elle a invité “toute personne intéressée à la rejoindre en prenant une photo qui envoie un message positif et constructif sur les réseaux sociaux pour combattre l'ignorance, la xénophobie, l'intolérance et le racisme ” :

lily

Jenny Lin Hulder a suivi l'initiative :

jenny

Lee Ann Beddoe s'est également jointe à l'initiative de Kwok et a appelé les personnes partageant le même avis à faire de même, même s'ils n'étaient pas d'ascendance chinoise. Elle a indiqué :

Les Chinois ont contribué au développement de Trinidad & Tobago depuis qu'ils sont arrivés ici il y a 200 ans et ils continuent de faire de même qu'ils soient récemment arrivés sur le territoire ou qu'ils y soient installés depuis des années.

Rhoda Bharath a remplacé sa photo de profil par celle de Kwok, en précisant :

J'invite mes amis à utiliser mon actuelle photo de profil à la place de la leur pendant quelques heures.
Le temps de prendre publiquement position contre les stéréotypes et le racisme.

Les déclarations de Khan ont ramené un flot de souvenirs à Andrea Cwh-Coutain, qui indique que “le racisme à l'encontre des Chinois n'a jamais pris fin, il est juste amplifié par un incident médiatisé !”

Ce que je trouve effarant c'est le fait qu'un ministre puisse faire des déclarations publiquement et lancer des calomnies sans que l'on procède à une enquête ? C'EST CE QUI NOUS EST LE PLUS PRÉJUDICIABLE !

EST-CE QUE LE MINISTRE KHAN A PRÉSENTÉ DES EXCUSES DEPUIS ? SI CE N'EST PAS LE CAS, IL DOIT S'EXCUSER AUPRÈS DE TOUTE LA POPULATION CHINOISE !!!  […]

Ce problème est allé au delà d'une simple affaire d’ “immigrés Chinois qui mangent du chien”, c'est devenu à présent une attaque à l'encontre du commerce chinois et de l'ensemble des Chinois.

Au moment où cet article était publié, le Ministre Khan n'avait toujours pas présenté d'excuses formelles pour ses déclarations.

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