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Adieu à l'Israélien Renen Raz, militant anti-colonies et pro-queer

Renen Raz devant le "Mur de l'Apartheid." Téléchargé depuis sur Facebook par Ronnie Barkan.

Renen Raz devant le “Mur de l'Apartheid.” Source: Photo téléchargée depuis Facebook par Ronnie Barkan.

“Je suis un peu mal à l'aise avec l'idée que ce sont mes dernières heures sur cette planète, qu'on va me coucher pour dormir, et certains d'entre vous, mes amis, allez me dire adieu, pour la dernière fois.” Ce sont les mots que le militant israélien Renen Raz a écrit à son ami et compagnon de lutte Ronnie Barkan il y a moins d'un an, le 20 décembre 2015. Il était sur le point de subir une opération vitale, et il a décidé de tendre la main aux amis et aux proches, au cas où les choses ne se dérouleraient pas comme prévu. Moins d'un an plus tard, le 24 octobre, Raz est décédé à l'âge de 28 ans.

Raz avait encore plus de choses à dire à ses amis l'année dernière:

Je sais que je n'ai pas réalisé beaucoup de choses au cours de mes 27 ans de vie, mais c'était le mieux que je pouvais faire, en regardant en arrière, je suis fier de moi-même. Si mon dernier souffle est arrivé, je voudrais qu'il puisse apporter plus aux personnes vivant dans une peur constante et qui luttent pour une vie meilleure. Pour elles ainsi que pour leur communauté. Tout comme les animaux et les humains.

Je suis fasciné par la pensée de l'écriture quand je sais que j'accepte un risque […] ce qui pourrait ne pas être la meilleure décision mais [c'est] quelque chose [qui] doit être fait, et je ne peux pas attendre. Assis sur un lit qui n'est pas le mien. En pensant quitter ce monde au-delà du fait que ce n'est pas un endroit où il fait bon vivre. Je suis encore jeune et je peux offrir beaucoup plus à mes quelques amis, et à toutes les activités auxquelles je participe. Que ce soit la la lutte en Palestine, pour l'égalité, la justice, le BDS [Boycott, Désinvestissement, Sanctions]. Pour ma vie en tant que LGBT …

Je n'ai jamais été amoureux, ou peut-être seulement dans les derniers temps. Je sentais que je faisais partie de quelque chose, d'une communauté, d'un groupe d'amis, que l'amour me faisait du bien, et nous nous respectons les uns les autres. […]. Mais je me sens fort à l'intérieur de moi, tout comme beaucoup d'autres fois dans ma vie, je suis fort parce que je m'efforce d'être un homme meilleur.

L'histoire de Raz a commencé comme celle d'un garçon qui grandit dans le kibboutz Dorot près de la frontière avec Gaza. Il est devenu plus tard anti-colonies et ouvertement militant gay. Dans une interview [fr] en 2014, Raz a rappelé comment son éducation à Dorot a affecté son combat politique :

Le kibboutz était entouré de cactus, et il y avait des ruines aussi. Des ruines de l’ancien village palestinien qui était là avant qu’Israël ne soit créé et qu’on expulse les Palestiniens. On ne parlait jamais de ça, des Palestiniens qui étaient là avant. Lorsque j’ai découvert pour la première fois ces ruines, on n’a pas répondu à mes questions. J’ai donc cherché par mes propres moyens et j’ai compris que nous occupions un pays, que l’endroit où je vivais se situe sur des terres volées !

Raz était un refuznik, terme historiquement associé aux Juifs soviétiques qui se sont vu refuser la permission d'émigrer en Israël, mais qui l'est maintenant aux Juifs israéliens qui refusent de s'enrôler dans les Forces de défense israéliennes (FDI) pour protester contre son rôle dans l'occupation israélienne. Par exemple, en 2014, un groupe de 43 soldats de Tsahal a écrit une lettre ouverte au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, en disant qu'ils refusaient de “servir” dans les territoires occupés. En 2002, 27 pilotes de réserve ont publié une lettre [fr] déclarant leur refus d'effectuer des sorties aériennes meurtrières à Gaza après que 14 civils, dont des enfants, ont été tués [fr]. Bien que la pratique ne soit pas nouvelle en Israël, elle est rare.

En tant que membre de l'association israélienne “Boycott From Within“, soutenant l'appel palestinien [fr] pour le Boycott, le désinvestissement et des sanctions contre Israël, ainsi que du collectif Anarchistes contre le mur [fr], Raz organisait des “tours de l'apartheid” de sensibilisation à l'occupation. Une fois, il a écrit une lettre ouverte à une compagnie de théâtre qui envisageait de faire une tournée en Israël, en leur disant :

Je vous écris parce que je suis obligé d'agir en solidarité avec mes amis palestiniens, qui vivent sous l'occupation israélienne et l'apartheid. […]

Rappelez-vous que mes amis palestiniens qui vivent sous occupation militaire israélienne ne pourront pas assister à votre spectacle parce qu'ils ne sont pas autorisés à entrer en Israël!

S'il vous plaît ne collaborez pas avec l'oppression et le racisme.

S'il vous plaît ne jouez pas pour l'apartheid.

S'il vous plaît choisissez la justice pour nous tous.

Renen Raz lors d'une manifestation en Israël-Palestine. Photo téléchargée de Facebook par Ronnie Barkan.

Renen Raz lors d'une manifestation en Israël-Palestine. Photo téléchargée de Facebook par Ronnie Barkan.

Raz défendait également les droits des LGBTQ et était au courant des pratiques de pinkwashing (“homo-blanchiment“) [fr]  du gouvernement israélien. Comme l'explique le collectif Queers Undermining Israeli Terrorism (Homosexuels contre le terrorisme israélien) explique [fr]: le “pinkwashing fait partie de la campagne de relations publiques de la marque Israël qui tente de détourner le mouvement gay pour promouvoir le nettoyage ethnique du peuple palestinien.” Ce discours, comme l'explique l'universitaire juive Ashley Bohrer, lesbienne et co-fondatrice du mouvement “Juifs pour la Justice en Palestine” cherche à convaincre les Américains blancs et les Européens que le soutien à Israël est un impératif pour les femmes, les personnes identifiées comme LGBTQ, et leurs alliés.

En avril de cette année, le magazine 972mag a rapporté [fr] l'exemple suivant de pinkwashing:

La communauté LGTBQ en Israël menace d'organiser, cette année, une grande manifestation à la place de la Tel Aviv Pride Parade de renommée internationale. La grave menace est le résultat d'une annonce que le Ministère du Tourisme programmait de budgéter 11 millions de nouveaux shekels (2,9 millions de dollars) pour promouvoir l'événement à l'étranger – 10 fois le budget annuel combiné de toutes les organisations de LGTBQ en Israël.

En janvier de cette année, Raz a tweeté:

Pourquoi la plupart des militants #bds ne sont pas conscients du #pinkwashing de l'#apartheid? Les droits des #lgbt sont des #droitshumains

Le voici parlant de pinkwashing devant BDS Autriche le 11 septembre 2015.

Et ici, il parle de militarisme, d'ultra-nationalisme et d'homophobie :

Dès que la nouvelle de sa mort s'est répandue sur les médias sociaux, les militants israéliens et palestiniens ont exprimé leurs condoléances à ses amis ainsi qu'à sa famille, et célébré son militantisme.

Le collectif israélien, palestinien et international de photographes ActiveStills a publié une déclaration observant que “Renen était engagé dans la lutte contre l'occupation israélienne, assumant un rôle de premier plan dans la campagne Boycott From Within.” Ils ont partagé deux photos de Raz, une de son arrestation par l'armée israélienne lors d'une manifestation contre l'occupation du village cisjordanien de Nabi Saleh en 2011, et l'autre alors qu'il prenait part à la Pride Parade à Jérusalem-Ouest en 2010.

We are deeply saddened by the loss of activist Renen Raz, who passed away today of illness. Our deepest condolences to his family #AATApic.twitter.com/2JOnDEK38L

Nous sommes profondément attristés par la perte du militant Renen Raz, qui est décédé aujourd'hui suite à une maladie. Nos plus sincères condoléances à sa famille

Taoufiq Tahani, Président de l’Association France Palestine Solidarité, le définit comme un :

Militant infatigable, il est rapidement devenu un contact important pour nos missions en Palestine, particulièrement pour le groupe jeunes de l’AFPS.

Mohammed Matter, le fondateur de la Gaza Youth Breaks Out, se souvient affectueusement de Raz :

Renen était un merveilleux anti-colonialiste, anti-fasciste, féministe, végétalien et activiste anti-apartheid, en dépit de la maladie, il ne restait pas en silence et ne cessait de dénoncer les atrocités de l'occupation sioniste. Parmi ses nombreuses autres activités de solidarité, Renen se joignait aussi à plusieurs des nôtres aussi.

Le mouvement “One Democratic State” (un seul État démocratique), qui plaide pour une solution du conflit israélo-palestinien par la création d'un Etat unique, a écrit:

Notre camarade Renen Raz est décédé aujourd'hui après une longue lutte contre une maladie difficile. Son bon cœur se révoltait contre toutes les formes d'injustice et de violence.

Younes Arar, de Hébron, a dit à ses plus de 40.000 fans sur Facebook :

RIP Renen Raz, tu étais un vrai combattant pour la liberté, la paix et la justice, engagé avec amour pour notre juste cause, tu nous manqueras et nous nous souviendrons de toi … Mes sincères condoléances à la famille, 24 octobre 2016.

Haitham Khatib, un photographe indépendant de Ramallah, a fait de même pour ses fans :

René était avant tout un homme gentil et un ami ainsi qu'un militant extraordinaire qui a visité Bil'in plusieurs fois pour soutenir notre lutte pour la liberté palestinienne ! Nous avons eu la chance qu'il nous ait rejoints et nous le gardons dans notre mémoire ainsi que dans nos cœurs ! Sois béni Renen ! Que la paix, l'amour et la joie soient avec toi dans l'au-delà !

Hamde Abu Rahma, un autre photographe de Ramallah, a écrit :

Reposez en paix yaa habibi, comme il avait l'habitude de m'appeler quand nous nous rencontrions avant les manifestations contre l'occupation israélienne.

Yoav Beirach, un militant israélien et membre de Boycott From Within, a écrit :

נשמה יקרה עדינה ומתוקה כל כך
עזב אותנו הבוקר אחרי מאבק ארוך במחלה קשה

Une âme douce et délicate nous a quittés ce matin après une longue bataille avec la maladie

Enfin, la militante des droits humains Dalia VK a écrit une lettre d'adieu pleine d'émotion sur son blog dont voici un extrait :

Rappelle-toi lorsqu'en marchant le long de la plage de Tel-Aviv, tu as sentis mon cœur lourd en regardant la mer et tu m'as dit que cette mer appartenait à tous les Palestiniens et un jour nous serions tous capables de le voir à nouveau ensemble?

Rappelle-toi quand tu m'as dit que ton combat ne cesserait pas tant que la Palestine ne serait pas libre ?
Pour toi, je ne m'arrêterai pas.

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