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Le blogueur algérien Merzoug Touati encourt 25 ans de prison pour une entrevue sur Youtube avec un responsable israélien

La police face aux manifestants lors des émeutes de 2011. Photo: Magharebia, partagée sur Flickr sous une licence Creative Commons.

Les autorités algériennes ont accusé le blogueur Merzoug Touati d'avoir échangé des renseignements avec une puissance étrangère après l'apparition d'une vidéo publique dans laquelle il s'entretenait avec un porte-parole du Ministère israélien des Affaires Étrangères.

Selon la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l'Homme (LADDH), la police a procédé à l'arrestation de Touati le 18 janvier et lui a confisqué son ordinateur ainsi que sa caméra. Les avocats de l'organisation sont actuellement en train de se mobiliser pour défendre Merzoug Touati lors de son futur procès.

Ikken Sofiane, une avocate de la LADDH, a rapporté au site d'information algérien El-Watan que M.Touati a été inculpé en vertu de l'article 71 du Code Pénal prévoyant une condamnation pouvant aller jusqu'à 20 ans d'emprisonnement pour quiconque accusé “d'échange de renseignements avec des agents d'une puissance étrangère pouvant porter atteinte au statut diplomatique et militaire de l'Algérie ou de ses intérêts économiques vitaux”.

Merzoug Touati pourrait encourir une peine supplémentaire de 1 à 5 années d'emprisonnement pour “incitation de la population au port d’arme contre l’Etat et incitation à l’attroupement armé contre l’Etat”. La date de son procès n'est cependant pas encore fixée.

Merzoug Touati. Photo partagée sur la page Facebook de son blog Alhogra.

Le 9 janvier, Touati avait publié, sur Youtube et sur son blog Alhogra, un entretien vidéo avec Hassan Kaabia, le porte-parole du Ministère israélien des Affaires Étrangères pour les médias arabophones. L'entretien était consacré aux réactions publiques suite à l'adoption de de la loi de finances de 2017 prévoyant des hausses de la TVA, de l'impôt sur le revenu et de l'impôt foncier, ainsi qu'une réduction des subventions pétrolières. Lors de la ratification de la loi le 1er janvier, des mouvements de grèves et des émeutes éclatèrent dans la province de Bejaia au nord du pays ainsi qu'ailleurs.

Un ministre du gouvernement algérien a récemment accusé certaines puissances étrangères d'ingérence dans les affaires intérieures du pays et d'avoir également participé à l'orchestration des manifestations. Durant l'entretien Touati demanda à Kaabia de clarifier les allégations proférées par le gouvernement algérien à l'encontre d'Israël et ce dernier dénia toute implication de son gouvernement dans cette affaire.

Kaabia déclara également qu'avant les années 2000, des “communications” eurent lieu entre ces gouvernements respectifs mais qu'il ne pouvait cependant pas confirmer si l'Algérie avait précédemment accueilli une délégation diplomatique israélienne. L'Algérie et d'autres pays membres de la Ligue Arabe, à l'exception de l'Égypte et de la Jordanie, ne reconnaissent pas officiellement l'Etat d'Israël et n'entretiennent que de piètres relations diplomatiques avec ce dernier en raison de son occupation des territoires palestiniens. En dépit de ces tensions, certains gouvernements s'efforcent de maintenir des contacts directs avec Israël ou bien au travers de délégations représentatives. De telles relations sont souvent tenues secrètes par les gouvernements arabes en raison du soutien populaire à la cause palestinienne dans cette région du monde.

Sur son blog Alhogra, M.Touati traite régulièrement des manifestations contre les mesures d'austérité, des mouvements de grève et des atteintes aux droits de l'homme perpétrées par les autorités algériennes. Le 22 novembre 2016, il avait publié un entretien avec Tilelli Bouhafs dont le père, Slimane Bouhafs, purge actuellement une peine de 3 ans d'emprisonnement pour insulte à l'Islam dans l'une ses publications en ligne.

Avec l'arrestation de Touati, l'Algérie démontre une fois de plus qu'elle continue de sévir contre les opposants au régime et ceux qui cherchent à exercer leur droit à la libre expression sur internet. En décembre 2016, cette campagne a ainsi coûté la vie au blogueur Mohammad Talmat, précédemment tombé dans un coma suite à une grève de la faim d'une durée de deux mois en protestation contre sa détention pour avoir publié un poème critique à l'encontre du Président algérien Abdelaziz Bouteflika.

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