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Russie : L'écrivain-guerrier et le prêtre assoiffé de sang

Photo: Pixabay.

Zakhar Prilepine n'est pas seulement un écrivain russe contemporain de premier plan, c'est aussi un bruyant idéologue politique. Adhérent du parti national-bolchevique, il anime un talk-show sur la chaîne nationaliste et ultra-conservatrice Tsargrad TV. Prilepin est aussi le rédacteur-en-chef de Svobodnaïa Pressa, un organe de média pro-Kremlin centré sur les sujets politiques, militaires et économiques.

Le 13 mars, Prilepine est apparu dans une surprenante vidéo en ligne.

C'est au courant de ce mois qu'il a annoncé la formation d'un nouveau bataillon de volontaires pour combattre en Ukraine orientale du côté de l'auto-proclamée “République populaire de Donetsk.” Le bataillon “fera son entrée sur un cheval blanc dans chaque localité que nous [les Russes] avons abandonnée”, déclarait-il.

Sur la vidéo, publiée par le tabloïd pro-Kremlin Life.ru, Prilepine, face à la caméra, montre une feuille de papier avec le symbole de la paix maladroitement dessiné. Il déclame alors d'une voix monocorde :

“Tous les écrivains du monde ont toujours été pour la paix. Shakespeare, Chenderovitch [animateur radio et télé et écrivain satirique], Dante, Andreï Makarevitch [rocker célèbre] — tous sans exception. Moi aussi je suis pour la paix. Merci à vous tous”.

Avec une expression d'extrême ennui, il demande alors au caméraman s'il a terminé, avant de se tourner vers un gros canon anti-aérien monté sur un camion derrière lui. “Au travail !” hurle-t-il, et l'artilleur tire plusieurs salves retentissantes vers l'horizon.

Le même jour, Prilepine publiait une tribune sur le site d'information pro-Kremlin REN-TV, où il anime un second talk show. Dans ce texte, il s'efforçait d'éclaircir le sens de sa “vidéo sur la paix”.

“La paix n'est pas un cadeau”, écrit mystérieusement Prilepine. “La paix est un travail. Quand il n'y a pas de paix, il faut se battre pour elle”.

Et d'affirmer sa confiance d'avoir l'histoire de son côté sur ce sujet. “Il est absolument évident que Léon Tolstoï, tout comme Pavel Katenine, Mikhaïl Lermontov, et des dizaines d'autres poètes étaient assurément engagés dans des ‘guerres de conquête’”, explique Prilepine, avant de nommer une autre poignée de poètes et écrivains célèbres : Pouchkine, Baratynski, Garchine, Batiouchkov, Sloutski et Loukonine.

“Je suis pour la paix. J'ignore pour quoi vous êtes”, dit Prilepine a ses lecteurs. “Et sincèrement ça m'est indifférent”.

Environ une semaine plus tard, il s'est fendu d'une autre tribune, cette fois pour la télévision russe de propagande RT (précédemment “Russia Today”), où il déclarait que “la littérature n'est pas de l'humanisme” et explique qu'il quitte de temps en temps sa base d'opérations de Donetsk pour gagner de l'argent en Russie. Il consacre le revenu qu'il en tire à l'achat de fournitures militaires pour les séparatistes, écrit-il.

En mars, l'écrivain-guerrier russe s'est trouvé une âme-sœur chez son compatriote prêtre-guerrier. Le 9 mars, Vsevolod Tchapline, l'ancien porte-parole de l'Eglise orthodoxe russe, a écrit un court texte sur Facebook énonçant le sort que le pays devrait selon lui réserver aux “traîtres”.

Réagissant à la nouvelle de l'assassinat de Kim Jong-nam en Malaisie, et comparant son traitement médiatique aux articles de 2006 sur celui d'Alexandre Litvinenko dont sont soupçonnés des agents russes, Tchapline déplorait que les “traîtres et félons” sèment à nouveau l'hystérie.

Arguant que ces vils individus devraient être privés de leur “confort psychologique”, Tchapline en déduit trois recommandations extrêmes : lever le moratoire de la sur la peine de mort en Russie, créer des“unités spéciales pour exécuter les verdicts des tribunaux”, et autoriser des “frappes de missiles guidés” contre les traîtres.

Les internautes russes se sont évidemment amusés de voir un prêtre plaider pour le meurtre d’État. Lentach, une communauté satirique populaire, a rappelé sur le ton du badinage à Tchapline un aspect négligé du christianisme appelé le cinquième commandement (“Tu ne tueras point”).

Ce n'était pas la première fois que Vsevolod Tchapline cautionnait le meurtre. En août dernier, il a parlé sur la radio Ekho Moskvy pour dire qu'il est parfois nécessaire d'“éliminer certains ennemis intérieurs”. Invité à préciser sa pensée, Tchapline a expliqué que certains individus “peuvent et doivent indiscutablement être tués”, dans l'intérêt de la société.

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