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L'Azerbaïdjan gère une «lessiveuse» de 2,9 milliards de dollars, mais c'est la faute de Soros et des «lobbies arméniens»

Le président Ilham Aliyev aux Jeux européens de 2015. Creative Commons.

[Article d'origine publié le 9 septembre 2017]

Dans le cadre d'une série de nouvelles investigations, un réseau de journalistes-enquêteurs a découvert que le gouvernement de l'Azerbaïdjan gérait un fonds secret de 2,9 milliards de dollars de pots de vin et commissions, qui l'a vraisemblablement aidé à s'entendre avec des politiciens européens.

Ce fonds secret [en anglais], surnommé «le “Laundromat” azerbaïdjanais», est entré en activité entre 2012 et 2014, selon les données de l'OCCRP (Centre de recherche sur la corruption et le crime organisé):

«Азербайджанский “ландромат”» — сложносочиненная схема по отмыванию денег, через которую за два года благодаря четырем зарегистрированным в Великобритании подставным компаниям прошло 2,9 миллиарда долларов. С 2012 по 2014 год казнокрады из азербайджанской правящей элиты выкачивали деньги через счета этих компаний в эстонском банке. Их реальные владельцы тем временем были скрыты за никому не известными акционерами офшоров.

«Le “Laundromat” azerbaïdjanais» désigne un schéma complexe de blanchiment d'argent, qui a fait transiter en deux ans 2,9 milliards de dollars via quatre sociétés écrans domiciliées en Grande-Bretagne. De 2012 à 2014, les élites dirigeantes kleptocrates de l'Azerbaïdjan retiraient les fonds détournés via le compte de ces compagnies dans une banque estonienne. Leurs propriétaires réels se dissimulaient derrière les identités secrètes d'actionnaires offshore.

Des sommes versées sur les comptes d'hommes politiques européens ont-elles contribué à convaincre l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) de voter en 2013 contre un rapport critiquant l'Azerbaïdjan et demandant une résolution sur les prisonniers politiques ? Il n'y a pas de preuves…

L'OCCRP donne les explications suivantes:

Схемы наподобие «ландромата» часто встречаются в бывших советских республиках и нередко глубоко врастают в экономическую систему. С их помощью чиновники, представители оргпреступности и даже обычные компании скрывают происхождение тех или иных средств, уклоняются от налогов или обходят санкционные требования, платят взятки, избегают таможенных сборов, переправляют деньги в Европу и другие регионы, а также незаконно присваивают средства.

Основное предназначение азербайджанской «мегапрачечной» также, судя по всему, заключается в сокрытии происхождения и назначения грязных денег. Кроме того, ее использовали в качестве «черной кассы» для выплат взяток лицам (как в самой стране, так и за ее пределами), которые действовали в интересах бакинской политической элиты, а также для приобретения предметов роскоши и перевода денег за границу для самых разных целей.

Des schémas comparables au «laundromat» se rencontraient souvent dans les anciennes républiques soviétiques, et il n'était pas rare que ces pratiques fassent partie intégrante de leur système économique. Elles permettaient aux fonctionnaires, aux représentants des organisations criminelles et même à des sociétés ordinaires de dissimuler la provenance de certaines sommes, de contourner taxes et sanctions, de payer des pots-de-vin, d'éviter les frais de douane, de réinjecter l'argent en Europe ou d'autres régions, et aussi de s'approprier des fonds illégalement.

Cette «mégablanchisserie» azerbaïdjanaise a pour but premier d'opacifier la provenance et la destination de sommes d'argent sale. Elle sert aussi de «caisse noire» pour verser des pots-de-vin à des personnalités (à l'intérieur ou à l'extérieur du pays) agissant dans le sens des intérêts de l'élite politique de Bakou, pour acquérir des objets de luxe et transférer des fonds à l'étranger aux fins les plus diverses.

Plus important encore, l'OCCRP déclare ceci :

В частности, на эти деньги было куплено молчание [европейских политиков]. За вышеуказанный период азербайджанские власти отправили за решетку более 90 правозащитников, оппозиционеров и журналистов <…> на основании политически мотивированных обвинений.

Plus précisément, ce qui a été acheté avec cet argent, c'est le silence [d'hommes politiques européens]. Pour la période citée, les autorités azerbaïdjanaises ont envoyé en détention plus de 90 avocats, opposants et journalistes… pour des raisons politiques.

Les trolls à l'assaut

Suite à la publication de l'enquête de l'OCCRP, des trolls nationalistes ont orchestré un buzz en ligne pour accuser les journalistes de diffuser des informations non vérifiées et d'être liés à un certain «lobby arménien».

Toural Ismaïlov: Une «enquête» absurde: n'importe quel possesseur d'ordinateur peut élaborer ce genre de schéma et le diffuser. Cet article semble avoir été pondu par des journalistes arméniens ou qui n'aiment pas l'Azerbaïdjan. L'un de ses auteurs s'appelle d'ailleurs Dina Nahapétian (elle est arménienne).

Movsoun Miralissada: Hum, encore une hystérie inepte et des arguments infondés contre un petit pays en voie de développement et de modernisation intensive, peuplé surtout de musulmans, ce qui a le don d'énerver l'Occident. Je ne serai pas surpris si j'apprends que c'est l'OCCRP lui-même qui a reçu de l'argent de lobbyistes (vraisemblablement arméniens) pour noircir la réputation de l'Azerbaïdjan à tout moment

Eldakhan Kalouzadé: «Enquête» stupide : n'importe quel possesseur d'ordinateur peut élaborer ce genre de schéma et le diffuser. Cet article semble avoir été pondu par des journalistes arméniens ou qui n'aiment pas l'Azerbaïdjan. L'un de ses auteurs s'appelle d'ailleurs Dina Nahapétian (elle est arménienne).

Seïkhoun Akhmedli: Il est évident que les lobbies arméniens, Georges Soros et ses hommes de main mènent une campagne sordide contre le président de l’Azerbaïdjan et sa famille. Le fait que l'un des auteurs de l'article publié dans The Guardian soit Dina Nahapétian, d'origine arménienne, montre bien que c'est rien de plus que les calomnies habituelles des Arméniens partout dans le monde.

Tourané Hesguerli: Si des politiciens et des personnalités européennes reconnues expriment des jugements positifs et objectifs qui soutiennent les décisions de l'Azerbaïdjan, vous n'en tenez pas compte et vous basez vos impressions sur une information non objective. Pourquoi n'écrivez-vous pas sur le million de réfugiés azerbaïdjanais qui ont perdu leur patrie à cause de la politique d'occupation arménienne ? Pourquoi n'écrivez-vous pas sur la contrebande illégale sur les terres azerbaïdjanaises occupées par l'Arménie ?

Karim Abdoullaïev: Les mecs, pourquoi vouloir à toute force montrer que tout ceci ne porte pas la «patte arménienne»? Sardar, si tu crois que réclamer des preuves objectives revient à soutenir quelqu'un, tu fais une grossière erreur.

Karim Abdoullaïev: Au fait, où sont-elles, ces données ? L’auteur de l'article s'y réfère sans cesse, mais personne ne les a vues. Les déclarations sont très sévères, mais pour le moment aucune preuve fiable n'a été présentée. L'article publié dans The Guardian est signé Nahapétian (une journaliste arménienne). Ce qui montre bien la source et la cause d'une telle haine envers l'Azerbaïdjan.

Certains de ces trolls patriotes ont repris les mêmes textes en commentaire sous l’article partagé sur Facebook par l'OCCRP.

La position adoptée par les trolls est presque un copié-collé de celle des fonctionnaires azerbaïdjanais, qui pour faire bonne mesure ont bloqué l'accès au site de l'OCCRP.

Le vice-président de l'Azerbaïdjan trouve que l'affaire du «laundromat» de l'OCCRP relatée dans «The Guardian» est «fallacieuse, provocatrice et dénuée de fondement».

Les autorités azerbaïdjanaises ont bloqué l'accès au site de l'OCCRP après la publication de l'article sur l'affaire du «laundromat». Si on ne peut pas leur graisser la patte, on les ferme ?

Entre-temps, l'attaché de presse du ministère des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan avait exprimé son émotion :

Soros a financé une campagne de fausses informations et de désinformation contre l'Azerbaïdjan, menée par The Guardian, Berlingske et certains soi-disant défenseurs corrompus des droits de l'homme.

L'animosité envers Soros est compréhensible si l'on se rappelle que le milliardaire philanthrope Georges Soros a subventionné via l'OCCRP le fonds pour une «Société ouverte». Mais Khadjiev aurait pu demander au centre de presse présidentiel de supprimer cette photo de sa page officielle avant le début de la vaste campagne de dénigrement à l'encontre de Soros.

Si la stratégie de communication de l'Azerbaïdjan consiste à attaquer Soros, ils devraient peut-être enlever sa photo du site présidentiel.

Hésitations en Europe

Pendant que les autorités azerbaïdjanaises étaient occupées à réfuter tout lien avec ce rapport, des gens influents à Bruxelles exigeaient des enquêtes sur les actes de personnalités et d'hommes politiques mentionnées dans ces investigations.

Nous exigeons une enquête complète sur le scandale du «laundromat». Les banques et le personnel politique doivent en assumer la responsabilité!

Azerbaïdjan: @TheProgessives réclament au Parlement européen une enquête sur l'affaire du «laundromat».

Le Conseil de l'Europe@CoE a débuté une enquête interne sur la corruption du «„laundromat“ azerbaïdjanais».

Aujourd'hui, la commission des affaires juridiques de l’Assemblée parlementaire de l'Europe s'est attaquée au problème de la corruption et du blanchiment d'argent en Azerbaïdjan.

De plus, le parquet bulgare a ordonné [en anglais] l'ouverture d'une nouvelle information sur les mouvements de fonds effectués par des compagnies azerbaïdjanaises sur le compte de Kalin Mitrev, le représentant de la Bulgarie au conseil des directeurs de la Banque européenne de reconstruction et de développement.

La Bulgarie enquête sur des accusations de blanchiment de 3 millions de dollars qui visent l'Azerbaïdjan.

«Le „laundromat“ azerbaïdjanais» et la Hongrie de Victor Orban.

L'OCCRP a publié [en anglais] la liste complète des réactions au projet du 8 septembre.

Sachant que le gouvernement azerbaïdjanais repose sur la corruption, corruption qui gangrène ses relations avec l'Occident, on ne s'étonnera pas que les journalistes et les organisations qui s’intéressent à la question se heurtent à de sérieux obstacles, et risquent même la prison.

En 2015, Khadija Ismayilova, une journaliste d'investigation qui a mené à l'aide d'une série de documents l'une des enquêtes les plus importantes sur le «laundromat», a été condamnée à plus de sept ans de demi de réclusion à partir de fausses accusations. Bien qu'elle ait été libérée après un an et demi, les accusations portées contre elle n'ont pas été retirées.

Transparency International, qui est sans doute l'organisation anticorruption la plus connue dans le monde, a annoncé ce mois-ci la fermeture [en anglais] de son bureau à Bakou, après l'adoption de lois plus restrictives destinées à gêner le financement par l'étranger des ONG installées dans le pays.

Reste à savoir si les dirigeants européens feront barrage de manière analogue à l'argent sale provenant d'un certain Etat ex-soviétique du Caucase du Sud qui a beaucoup de pétrole…

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