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Pour ceux qui cherchent un refuge à Trinité-et-Tobago, le soutien de l'État est insuffisant

Capture d'écran de la vidéo sur YouTube de la vidéo du Tour 2017/2018 des Human Rights Law Clinic Schools.

L'histoire des Caraïbes a toujours été ancrée dans la migration. Les Premiers Peuples ont voyagé d'île en île pour subvenir à leurs besoins. Les Européens ont traversé l'Atlantique pour la conquête et la colonisation. Les esclaves et les travailleurs sous contrat ont été amenés dans la région depuis l'Afrique et l'Inde. Et à l'ère moderne, il y a eu des mouvements dans toutes les îles dans l'esprit de la Communauté Caribéenne (CARICOM) [fr], une stratégie de développement qui permet la libre circulation des ressortissants qualifiés de la CARICOM [fr] comme moyen d'approfondir l'intégration économique régionale.

Mais à Trinité-et-Tobago, cette histoire ne signifie pas que les structures essentielles ont été mises en place pour accueillir ceux qui migrent. En ce qui concerne les réfugiés et les demandeurs d'asile, Trinité-et-Tobago ne dispose actuellement d'aucune législation pour les traiter, indépendamment de son adhésion à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés [fr]. Malgré un projet de cadre légilslatif de 2014 , les réfugiés et demandeurs d'asile ne peuvent légalement travailler, avoir un compte bancaire ou obtenir un permis de conduire. En outre les réfugiés et demandeurs d'asile ont des difficultés d'accès aux soins de santé, à un logement abordable et à de nombreux droits, y compris les droits à réparation si un crime est commis contre eux.

Le sort des migrants à Trinité-et-Tobago a récemment été mis en évidence grâce à l'histoire d'un groupe de migrants cubains campant dans la rue en signe de protestation devant le bureau local du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) [fr]. Et au fur et à mesure que la crise dans le Venezuela voisin s'approfondit [fr], on s'inquiète de plus en plus que la région des Caraïbes connaisse un afflux de réfugiés comme jamais auparavant.

Dans un article paru en octobre 2017 dans la Forced Migration Review, les auteurs Rochelle Nakhid et Andrew Welch ont donné un aperçu de la question des demandeurs d'asile et des réfugiés à Trinité-et-Tobago :

Les demandeurs d'asile et les réfugiés à Trinité-et-Tobago proviennent de six pays principaux – Cuba, Venezuela, Syrie, Bangladesh, Jamaïque, Colombie et Nigeria – représentant une combinaison de réfugiés régionaux et extra-régionaux. Autrefois, la majorité était originaire de Cuba et de la Syrie, mais à partir de 2017, les Vénézuéliens sont devenus le deuxième plus grand groupe de demandeurs d'asile.

Nakhid coordonne le projet Living Water Community du ministère chargé des Réfugiés et des Demandeurs d'Asile, une agence d'exécution pour le HCR qui fournit un soutien essentiel à un nombre toujours croissant de personnes cherchant refuge dans le pays.

En vertu de la loi sur l'immigration de Trinité-et-Tobago, lorsque les demandeurs d'asile s'enregistrent auprès du HCR par l'intermédiaire de LWC, la Section de l'immigration leur accorde une ordonnance de surveillance assortie d'une obligation de déclaration.

Cependant, une affaire récente devant la Haute Cour de Trinité-et-Tobago a indirectement remis en question la légalité de l'utilisation actuelle des ordonnances de surveillance pour les demandeurs d'asile et les réfugiés. Les parties prenantes doivent se rencontrer pour discuter des implications de cette décision et envisager des solutions alternatives.

Dans son éditorial du dimanche 17 décembre 2017, le journal Trinidad Express a appelé à une mise à jour du dispositif sur les réfugiés :

C'est une chose de déclarer que les portes et les bras sont ouverts aux personnes dans le besoin, mais l'accueil doit être ancré dans un système de soutien intégré et efficace qui aborde le logement, l'éducation, la santé physique et mentale, le soutien financier et les services de toutes sortes.

Au lieu de les laisser se débrouiller seuls avec le soutien de leur famille et de leurs amis, l'État aurait dû jouer un rôle primordial dans le suivi, le soutien et la facilitation continus.

“Les droits de l'homme sont intrinsèques à tous les êtres humains”

La perception selon laquelle certains réfugiés et demandeurs d'asile sont responsables d'une augmentation de la criminalité, de la perte d'emplois pour les nationaux ou d'un “fardeau pour l'État” peut conduire à la discrimination et à la persécution des personnes déplacées en général.

Les défenseurs des droits de l'homme se sont efforcés de changer cette perception à Trinité-et-Tobago.

Le blogueur Jean-Marc Morris, avocat et défenseur des droits de l'homme, a abordé la question sous l'angle des droits de l'homme :

Les droits de l'homme sont intrinsèques à tous les êtres humains. Les droits de tous les êtres humains, en particulier ceux des plus vulnérables, par exemple les réfugiés, doivent être protégés sans crainte. Heureusement, le grand public ici à Trinité-et-Tobago n'est pas tombé dans la rhétorique non informée selon laquelle les réfugiés et les migrants sont ici pour voler des emplois et augmenter le taux de criminalité. Pour l'essentiel, on peut dire que nous avons été très accueillants. Intégrer les réfugiés et les migrants dans notre société, dont beaucoup sont des professionnels hautement qualifiés et des entrepreneurs expérimentés, aura sans aucun doute un impact positif sur notre société et notre économie.

Mais il a été signalé que les demandeurs d'asile et les réfugiés ont subi des violences, du harcèlement et même des humiliations (de la police de Trinité-et-Tobago). Ils ont été confrontés à la discrimination raciale et religieuse et exploités comme travailleurs clandestins dans l'économie souterraine.

Les manifestations des Cubains devant le bureau du HCR à Port of Spain peuvent même finir par alimenter le potentiel de stigmatisation négative associée aux migrants. Nakhid, dans un récent entretien avec un journal, a déclaré que les réfugiés cubains avaient une “excellente” solution pour leur hébergement au monastère du Mont St Benoît, où ils payaient 500 $ TT (environ 74 dollars US) par mois pour huit à dix personnes. Cependant, ils ont “profité de la situation” en faisant du bruit, en faisant la fête ou en étant “irrespectueux”, et ils ont reçu un préavis de deux mois pour partir. Nakhid a expliqué : “Le groupe veut que nous [LWC] fassions tout pour eux. Nous les encourageons à être autonomes. “

L'article poursuit en disant qu'un porte-parole du groupe a déclaré au journal avoir récemment obtenu un entretien avec le HCR, mais mais qu'ils refusaient de partir tant qu'ils ne verraient pas du nouveau dans le traitement de leurs dossiers.

La question controversée de l'acceptation des “étrangers” dans le pays n'est pas nouvelle. Après le passage de l'ouragan Maria en septembre 2017, un débat national a débuté après que le premier ministre, le Dr Keith Rowley, a offert des logements aux victimes de l'ouragan dont les maisons avaient été détruites.

Éduquer le public sur les demandeurs d'asile

En 2017, la Human Rights Law Clinic of the Hugh Wooding Law School (Clinique des droits de l'homme de l'école de droit Hugh Wooding), qui collabore avec LWC dans divers projets visant à renforcer le plaidoyer sur la question de l'intégration nationale des réfugiés et des demandeurs d'asile, a choisi ce thème pour l'année académique 2017/2018.

Parmi ses projets figurent la création d'un programme d'orientation culturelle pour les demandeurs d'asile ; un site web fournissant des informations essentielles sur la demande d'asile ainsi qu'un espace sécurisé permettant aux migrants d'obtenir des possibilités d'hébergement, de santé et d'éducation; et un documentaire explorant les difficultés d'accès à l'éducation pour les enfants migrants.

Les étudiants de la clinique ont visité huit écoles à Trinité-et-Tobago pour discuter – dans un format convivial – du concept des droits de l'homme en relation avec ceux qui ont été contraints de fuir leur pays d'origine :

Les étudiants en droit ont également défendu les droits des demandeurs d'asile et des réfugiés à la télévision locale :

Enfin, les futurs avocats ont créé une série de messages d'intérêt public dans le but de dissiper les idées fausses concernant les réfugiés et les demandeurs d'asile à Trinité-et-Tobago. Mais si l'éducation de la population reste essentielle pour aider les migrants persécutés à s'intégrer dans la société, une responsabilité substantielle repose sur les épaules de l'État pour s'assurer que les obligations nationales sont respectées:

Nakhid et Welch ont conclu:

On peut soutenir que, comme tout autre État, Trinité-et-Tobago devrait veiller à ce que les obligations juridiques fondamentales soient respectées et que l'accès à l'asile soit facilité, même si une législation nationale n'a pas encore été mise en place. Il devrait fournir une aide humanitaire aux personnes dans le besoin en respectant la dignité et la sécurité de chacun.

Tout en utilisant ses capacités et les ressources existantes pour garantir efficacement et effectivement la protection des réfugiés et de toutes les personnes sur son territoire, il convient de reconnaître ses propres limites en tant que petit État insulaire en développement, sans oublier la récession en cours. Là où Trinité-et-Tobago ne parvient pas à assurer la protection du nombre croissant de demandeurs d'asile, la communauté internationale devrait réfléchir à la manière de fournir un soutien approprié et adéquat pour garantir que ces besoins de protection sont satisfaits. Les États des Caraïbes pourraient certainement bénéficier dans leur ensemble d'un soutien international supplémentaire.

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