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Une agression par des vigiles municipaux en Ukraine témoigne des menaces croissantes envers les journalistes

Un employé de la «Sûreté municipale» agresse un journaliste avec du gaz lacrymogène. Photo de l'utilisateur Tomikage, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

[Article d'origine publié le 6 juin 2018] On peut d'ores et déjà affirmer que l'année 2018 n'aura pas été facile pour les journalistes ukrainiens.

Le 4 juin, le représentant de l'OSCE pour la liberté des médias Harlem Désir a fait une déclaration publique [en] où il condamne le porte-parole du parquet ukrainien pour avoir publié une liste de «traîtres» à l’État, parmi lesquels deux journalistes indépendants. M. Désir a qualifié cet acte d'«inacceptable et dangereux» et a exhorté les autorités à intervenir pour s'assurer que tous les organes gouvernementaux respectent les mesures de protection de la liberté des médias.

Un récent incident, au cours duquel des journalistes ont subi une agression de la part d'employés de la «Sûreté municipale», rappelle qu'il peut toujours y avoir des tentatives de la part des autorités publiques et de leurs contractants pour étouffer les médias. A Odessa, une dispute a opposé un cabinet local d'avocats et quelques représentants de la «Sûreté municipale», un groupe d'employés d'un service de sécurité sans lien avec les forces de l'ordre qui dépendent de la municipalité d'Odessa.

Le 13 juin, trois journalistes sont arrivés sur les lieux du différend, où quarante employés de la «Sûreté municipale» avaient été envoyés sur décision municipale pour démonter des barrières de stationnement. Une querelle s'est élevée entre les employés de l'entreprise municipale et les collaborateurs du cabinet d'avocats, qui soutenaient qu'elles appartenaient à leur société.

Les employés de la «Sûreté municipale» ont ouvertement attaqué les journalistes à coups de matraques en caoutchouc et de gaz lacrymogène. La vidéo ci-dessous montre une partie de ce qui s'est passé ensuite. Le rédacteur en chef du journal «Crimes irrésolus» a été filmé en train d'être agressé par les employés de la «Sûreté municipale», et Vitali Tkatchenko, du journal Obshestvennyi Priboi («le Ressac social»), a été frappé plusieurs fois au visage.

Un salarié de la «Sûreté municipale», Alexandre Gratsevitch, a crié à la caméra :

Вали отсюда, чё ты меня снимаешь?! Я тебе сейчас фотоаппарат разобью, ещё лицо разобью!

Dégage de là, qu'est ce que t'as à me filmer ? Ta caméra, je vais te la péter, et ta gueule avec!

Denis Pazdorojnyi, inspecteur du département de sécurité de la «Sûreté municipale», a dit ceci aux journalistes :

У пацанов команда, понимаешь — им надо эти  или сделать кровью, или сделать нормально!

Les gars sont en équipe, alors soit il faut que ça saigne, soit ça se passe normalement.

Le journaliste Miroslav Bektchiv, du journal «le Ressac social», a été traîné de force dans une voiture, et finalement transféré au commissariat. Dans la voiture, il a été passé à tabac et a reçu toutes sortes de menaces de la part de Youri Savtchenko, le chef adjoint de la «Sûreté municipale» du conseil de la ville d'Odessa, et Evgueni Mirochnitchneko, le chef adjoint de la «Sûreté municipale».

Dans la vidéo, on entend Youri Savtchenko dire ceci :

Забирай его на**р в полицию. Давай в машину!

Embarque ce connard chez les flics. Allez hop, en voiture!

On entend ensuite Evguéni Mirochnitchenko :

Слышь ты, урод бл*дь! Я сейчас тебя не в полицию отвезу, б**, я с тобой по-другому разберусь! Я тебя сейчас в другое место отвезу, от меня не возвращаются!

Ecoute-moi, ducon! Je ne vais pas t'emmener chez les flics, putain, on va s'expliquer d'une autre façon! Tu vas te retrouver dans un endroit d'où on ne revient pas!

Par la suite, Bektchiv a été conduit à l'hôpital, où les médecins ont diagnostiqué un traumatisme crânien, des signes d'asphyxie et des brûlures oculaires.

Le 18 juin 2018, le tribunal du district côtier de la ville d'Odessa a placé deux des employés de la «Sûreté municipale», Pavel Oleïnik et Alexandre Gratsevitch, en résidence surveillée. Ils ont été informés qu'une procédure judiciaire allait vraisemblablement être ouverte contre eux en vertu l'article 296 paragraphe 2 (hooliganisme), de l'article 171 (entrave à l'activité professionnelle légale des journalistes) et de l'article 345-1 (menaces ou violences à l'encontre d'un journaliste) du code pénal ukrainien.

Bien qu'inquiétant pour les habitants d'Odessa, l'incident n'était pas une surprise : ce n'était pas la première fois que des employés de la «Sûreté municipale» agissaient de la sorte.

Si «la Sûreté municipale» détient une licence pour mener ses activités de sécurité et est financée par les contribuables d'Odessa, elle n'a aucun lien avec les forces de l'ordre ukrainiennes. Selon la loi, elle n'a pas d'autres droits que celui de garantir la sécurité. Sauf que dans ce cas, ce sont les autorités municipales qui ont donné des ordres précis à ces employés.

Cet incident apporte un éclairage supplémentaire à la détérioration de la sécurité des journalistes ukrainiens. Selon les données du Conseil national des journalistes d'Ukraine, en 2017 aucune poursuite n'a été engagée [en] à la suite des 90 agressions de journalistes qui ont eu lieu en 2017. Pendant que la société civile attend des nouvelles de Miroslav Bektchiv, dont l'état reste préoccupant, les problèmes liés à la défense des travailleurs des médias face à des menaces croissantes causent toujours plus d'inquiétude.

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