Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

La valse des premiers ministres se poursuit en Australie

Sit-in prayer vigil at Scott Morrison's office 2014Love Makes a Way

Veillée de prières devant les bureaux de Scott Morrison en 2014 – Image aimablement communiquée par le compte Flickr Love Makes a Way (CC BY-SA 2.0)

Le premier ministre Malcolm Turnbull vient d'être déposé à l'issue d'une acrimonieuse semaine de querelles politiques intestines en Australie. Son successeur, Scott Morrison, est le sixième premier ministre du pays depuis la défaite de John Howard à l'élection générale de 2007. C'est la quatrième fois de suite qu'un premier ministre est renversé par une révolte interne de son parti.

Le drame s'est joué sur l'incapacité du gouvernement à obtenir le soutien des députés de base à sa proposition de Garantie énergétique nationale (NEG), dont les objectifs étaient la sécurité énergétique, une baisse des prix de l'électricité et une réduction de 26 è 28 % des niveaux de 2005 d'émissions de carbone de l'Australie à l'horizon 2030. Dans les faits, certains parlementaires libéraux voulaient sortir de l’accord de Paris sur le climat.

M. Turnbull, encore en poste, a réagi en provoquant un vote secret surprise pour la direction du gouvernement le mercredi 22 août, qu'il remporta par 48 voix contre 35. Son challengeur malheureux était le ministre de l'Intérieur Peter Dutton, qui annonça sa démission — et son intention de rester dans la course au poste suprême.

Le chaos s'ensuivit avec démissions de ministres et retournement de vestes de personnalités politiques de premier plan. Invoquant le soutien du chef du gouvernement au mariage des personnes de même sexe, une des ministres de M. Turnbull, Concetta Fierravanti-Wells, démissionna de son ministère en l'accusant d'ignorer la base conservatrice du parti, mais sans être suivie par tous ses collègues libéraux.

Décision sans précédent, M. Turnbull riposta en demandant les signatures de la majorité des 43 membres de son groupe parlementaire libéral avant de convoquer une réunion spéciale. Le groupe parlementaire est composé de tous les élus du Parti libéral à la Chambre des représentants et au Sénat australiens.

M. Turnbull a aussi saisi pour avis le Procureur général au sujet de la capacité constitutionnelle de M. Dutton en tant que parlementaire, une manœuvre secondaire qui s'est avérée non concluante :

D'après le Procureur Général, Peter Dutton ‘n'est pas incapable'… Ça n'est pas merveilleux, une double négation avant le premier café du matin ?

A la suite de la déclaration du premier ministre qu'il ne serait pas candidat si la réunion adoptait une spill motion [dans la politique australienne, cela consiste à déclarer ouverte à l'élection la direction d'un parti, NdT] , Scott Morrison, le trésorier du parti, et Julie Bishop, qui a été ministre des Affaires étrangères et vice-présidente du Parti libéral, se sont tous deux déclarés candidats dans cette éventualité. Tous deux avaient été des soutiens de M. Turnbull.

Bien que considéré comme un politicien clivant peu populaire hors de son important État d'origine, le Queensland, les médias traditionnels prophétisèrent la victoire de Dutton. Ministre chargé de l'immigration, il a irrité de nombreux Australiens qui ont trouvé inhumain son traitement des réfugiés et demandeurs d'asile. En particulier, la détresse des détenus délocalisés sur Nauru et l'île de Manus en Papouasie-Nouvelle Guinée a fait polémique. Un des détenus, le journaliste iranien Behrouz Boochani, a tweeté plusieurs fois pendant la semaine son opinion sur les actes du ministre :

Tandis que Peter Dutton brigue le poste de premier ministre, une autre enfant de 12 ans lutte pour sa vie sur Nauru. Cette fillette devrait être è l'école en ce moment et pas sur un lit d'hôpital. C'est ça la vraie Australie, et non le visage souriant de Dutton à la télé nationale

Dutton était le fer de lance de la droite conservatrice de son parti, dont beaucoup étaient opposés à la NEG. A l'inverse, ils soutiennent les centrales thermiques au charbon et s'opposent aux actions pour le climat et aux objectifs d'émissions. Dutton a été attaqué comme étant une marionnette de l'ex-premier ministre Tony Abbott, dont Turnbull a pris la place lors d'un vote du groupe parlementaire libéral en 2015. Leur rivalité est ancienne : dans un précédent putsch interne en 2009, Abbott avait déposé Turnbull de son poste de chef de l'opposition à propos d'un système proposé d'échange de quotas d'émissions.

Le politologue Chris Pepin-Neff désigne Abbott comme le méchant :

J'espère que l'histoire retiendra que c'est la vengeance de Tony Abbott qui a imprégné l'échec du spill libéral de Dutton. Il a sabordé le gouvernement Gillard, son propre gouvernement et le gouvernement Turnbull. C'est sans nul doute l'affaire de la semaine. Comment un seul homme a mis à la poubelle 3 premiers ministres. Politique australienne

L'acteur Rhys Muldoon a au même moment clairement exprimé le sentiment de nombreux électeurs :

Tony Abbott vient de faire exploser le Libéral. Son benêt d'acolyte, Dutton, n'a été que la grenade à main. La haine dans cette salle du parti aurait pu servir de source d'énergie alternative.

Ce ne sont pas seulement les éminents journalistes et commentateurs politiques qui ont interprété le défi Dutton comme une revanche des pro-Abbott : d'autres parlementaires libéraux ont émis des appréciations similaires sur le premier ministre sortant et ses amis du parti.

Dutton défait par un supporter-même de Turnbull, il semble que le premier ministre assiégé ait déjoué ses adversaires et eu le dernier mot. En 2015, le camp Abbott s'est cru trahi, convaincu que Scott Morrison ne l'avait soutenu que du bout des lèvres, tout conservateur chrétien qu'il soit.

Autre couteau dans la plaie, lorsque Julie Bishop n'a pas voulu de la vice-présidence, son remplaçant a été Josh Frydenberg, le ministre en charge du système avorté d'énergie nationale.

Certains utilisateurs de Twitter ont ironisé à la fois sur Turnbull et sur Dutton. En début d'année, les deux hommes avaient accusé le gouvernement stable du Victoria d'inaction contre la violence supposée de gangs de jeunes Africains dans la capitale de l'État; Melbourne. Dutton avait même insinué que les gens avaient peur de sortir dans les restaurants :

Les gens ont trop peur pour aller dîner dehors à Canberra. il y a des gangs de vieux hommes blancs en cravate bleue qui se poignardent mutuellement dans le dos. Il faut qu'ils retournent d'où ils viennent.

Il n'a certes pas échappé aux soutiens des demandeurs d'asile que Scott Morrison fut l'architecte de la politique de barrage aux bateaux de Tony Abbott :

On oublie le degré de méchanceté atteint par Morrison dans son ignoble cruauté envers les demandeurs d'asile. Sa foi religieuse ne pèse rien quand il s'agit des désespérés qui luttent pour une vie plus sûre à l'abri de la guerre.

Malgré le changement de chef, pour de nombreux Australiens cela reste du pareil au même. La nouvelle sénatrice des Verts Mehreen Faruqi a tweeté :

Morrison premier ministre, ce sera plus des mêmes cadeaux aux entreprises, des mêmes ratages sur le changement climatique et de la même cruauté envers les demandeurs d'asile.

L'écologiste Sam Regester du collectif militant GetUp a été plus cinglant :

Rappel : Scott Morrison est en tous points aussi nocif que Peter Dutton, il donne seulement moins la chair de poule. Sa cruauté comme ministre de l'Immigration était inimaginable.

Kyle Bolto a résumé la réaction dominante des Australiens dans ce tweet :

La peste soit sur eux ! Sérieusement, ça devient embarrassant à expliquer aux gens quand on voyage à l'étranger.

Les électeurs sont d'accord sur une chose : les premiers ministres devraient avoir la possibilité de gouverner pendant la durée de leur mandat de trois ans, et être écartés par l'électorat plutôt que par leurs collègues parlementaires :

Depuis que je suis en âge de voter, pas un seul premier ministre n'est allé au bout de son mandat… Cette blague. Quelle ironie de parler des jeunes adultes comme de génération “Flocons de neige” à qui tout est dû alors que ce sont eux les plus émotifs, inconsistants et égocentriques de tout ce pays.

C'est un vieux cliché qu'Il peut s'en passer des choses en une semaine dans le monde de la politique, mais vu que la prochaine élection fédérale ne doit pas se tenir avant le milieu de 2019, cela pourrait bien sembler une éternité avant que les électeurs aient leur mot à dire sur qui va les gouverner.

Les prochains épisodes peuvent être suivis sur Twitter en recherchant le mot-clic #libspill, ou le surnom du nouveau premier ministre :#ScoMo.

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
* = required field
Non merci, je veux accéder au site