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Ce que les peuples autochtones colombiens reprochent à leur président, Ivan Duque

Capture d'écran de la vidéo partagée par le conseil régional autochtone du Cauca. La vidéo présente des images des manifestations qui ont eu lieu dans le sud-ouest du pays au mois d'avril.

Les communautés autochtones, afro-colombiennes et paysannes organisent à travers la Colombie des manifestations massives contre le plan de développement national du président Ivan Duque. Elles s'opposent à un ensemble de directives qui devraient encourager les investissements étrangers dans les industrie minières et agroalimentaires, et donc susceptibles de menacer les territoires autochtones.

En mars 2019, les communautés autochtones ont bloqué une grande route dans la région du Cauca pendant 25 jours. Le 25 avril, ils ont été rejoints par d'autres mouvements sociaux pour mener une grève nationale. Outre les menaces contre les droits des autochtones, les grévistes ont protesté contre les coupes budgétaires dans l'éducation et la lenteur de la mise en œuvre des accords de paix de 2016 – dont Ivan Duque, élu il y a moins d'un an, est un farouche opposant.

Les peuples autochtones ont qualifié les manifestations de “mingas”, terme quechua signifiant “travail collectif”, largement utilisé dans les mouvements de protestation en Amérique du Sud.

#GrèveNationale | Les communautés autochtones, les agriculteurs et les Afros de Tado se mobilisent dès les premières heures de la matinée tout au long de la route reliant Pereira à Quibdo dans le cadre de la grève nationale #CaVautLaPeineDeManifester

Le plan de développement national prévoit des réformes dans différents secteurs, tels que l'éducation, l'énergie et l'agriculture. Alors que Duque prétend que ses réformes sortiront 3,4 millions de Colombiens de la pauvreté, ceux qui s'y opposent affirment que ce plan profitera principalement aux entreprises privées. Les dirigeants autochtones de la minga sont particulièrement préoccupés par les aspects du plan susceptibles de remettre en cause leur droit à une consultation préalable sur les projets de développement menés sur leurs territoires.

Bien que le gouvernement ait accepté de négocier ce plan avec les dirigeants autochtones, un accord final n'a pas encore été trouvé. Selon le journal El Espectador, les terres que le gouvernement est disposé à protéger au nom des peuples autochtones sont bien en dessous de ce que les communautés exigent.

La diferencia entre lo que ofrece el gobierno de Iván Duque y lo que piden las comunidades indígenas para despejar la vía Panamericana es abismal. El Ejecutivo habla de 1 500 hectáreas para resolver las necesidades de todas las organizaciones que integran la minga, mientras que el requerimiento de los organizadores de la protesta es de 40 000 hectáreas

La différence entre ce que propose le gouvernement d'Iván Duque et ce que demandent les communautés indigènes pour ouvrir l'autoroute panaméricaine est abyssale. Le président parle de 1 500 hectares pour répondre aux besoins de toutes les organisations qui composent la minga, alors que les exigences des organisations protestataires sont de 40 000 hectares.

Accords de paix

Signés entre l'ancien président Juan Manuel Santos et les dirigeants des Forces armées révolutionnaires de Colombie, le plus important groupe de guérilla du pays, les accords de paix de 2016 ont mis fin à cinquante années de guerre civile, en proclamant un cessez-le-feu définitif en échange de la participation d'anciens membres des FARC aux institutions politiques.

Les accords de paix ont également créé des garanties pour empêcher l'accaparement de terres par des individus et des sociétés étrangères dans les zones rurales. De plus, ces accords donnent la priorité à la redistribution des terres et ont désigné quelques zones réservées aux communautés autochtones, afro-colombiennes et agricoles gravement touchées au cours du conflit. L’inégalité de la propriété foncière dans les zones rurales était l’une des principales raisons pour lesquelles les FARC ont pris les armes dans les années 1960.

Cependant, la mise en œuvre intégrale de l'accord a été écartée, car de nombreux secteurs conservateurs en Colombie étaient fermement opposés à ces conditions. Pendant ce temps, des petits groupes armés sont restés actifs dans les campagnes, où ils ont mené des raids meurtriers pour le contrôle des anciens territoires des FARC. En conséquence, le nombre de leaders sociaux tués dans les zones rurales a explosé depuis la signature des accords. Alors que les chiffres varient en fonction de la définition du «leader social», le bureau du Médiateur colombien a déclaré que 460 leaders sociaux avaient été tués entre 2016 et le 31 mars 2019.

Duque, avec son principal allié, l'ancien président Álvaro Uribe, fait partie des détracteurs les plus virulents de l'accord de paix. Au cours des derniers mois, il a tenté d'affaiblir l'autorité de la juridiction spéciale pour la paix (JEP), un organe judiciaire créé par les Accords pour juger les acteurs de la guérilla et des gouvernements soupçonnés de crimes de guerre. De nombreux groupes sont scandalisés par ces mesures, qui pourraient selon eux affaiblir les chances d'une véritable réconciliation.

Les gens ont partagé leurs raisons de se joindre à la grève du 25 avril avec le hashtag #VamosAlParoPor (Nous allons à la grève Parce que) et #MingaNacionalPorLaVida (Minga nationale pour la Vie).

Nous allons faire la grève pour les minga indigènes, parce que nous demandons la protection des leaders sociaux et des anciens combattants, et que nous sommes en faveur du PEC et de la mise en œuvre des accords de paix. Nous voulons de meilleures conditions de travail pour les enseignants et les centrales ouvrières.

La Pulla, chaîne YouTube commentant l’actualité politique, a exacerbé les tensions avec une vidéo intitulée “Voici ce qu’il se passe lorsqu'un gouvernement ignore son peuple”, où elle examine le mépris du gouvernement pour les campagnes, en particulier dans les départements de Cauca, Nariño, La Guajira et Catatumbo. Le journaliste déclare :

La minga nos recuerda que eso no es el único lugar donde viven incumpliendo la gente y le hacen pistola cada vez que pueda. Vemos cuatro regiones del país que el estado ignora por completa.

La minga nous rappelle que ce n'est pas le seul endroit où les gens vivent avec des promesses non tenues, le gouvernement les rejetant chaque fois qu'il le peut. Nous voyons quatre régions du pays que l’État ignore complètement.

A l'heure actuelle, aucune réponse définitive n'a été donnée aux revendications des mingas et des grévistes, de sorte que les manifestations vont probablement se poursuivre dans les mois à venir.

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