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Géorgie-Russie : Où en sont les relations interethniques ?

Voir aussi la couverture spéciale de Global Voices (en anglais) sur la crise d'Ossétie du Sud

shupaka, qui vit à Tbilissi, décrit sur LiveJournal (en russe), quel effet cela fait d'être d'origine russe à Tbilissi en ce moment :

Aujourd'hui on m'a de nouveau demandé comment on traite les Russes [en Géorgie] ? Est-ce que ça ne va pas leur attirer des ennuis s'ils parlent russe à Tbilissi ?

Ma mère est russe et ma belle-mère aussi. Je leur ai demandé, juste au cas où, comment on les traite ici ? Est-ce qu'on ne vous persécute pas ? Mes mamans disent : “non, on ne nous persécute pas”.

Elles sont citoyennes géorgiennes, mes deux mamans, et l'administration russe leur apporte autant de difficultés qu'à tous les autres citoyens géorgiens.

C'est plus facile pour ma belle-mère – ses parents vivent en Ukraine ; pour maman, c'est plus dur – son père et ses soeurs vivent en Sibérie.

Maman parle géorgien au travail, dans la rue, dans les magasins et les transports en commun. Avec un accent, cependant, et pas toujours sans fautes, les gens qui ne la connaissent pas lui demandent souvent : «Saddauri har ?», c'est-à-dire, “d'où êtes-vous ?” Les Géorgiens adorent quand un non-Géorgien parle le géorgien. 

Et ma belle-mère parle russe la plupart du temps. Et elle enseigne aussi le russe aux enfants – plusieurs fois par semaine, le soir, elle lit du [Kornéï Choukovski] et du [Nikolaï Nosov] (en anglais) aux enfants du voisinage. Et le nombre de ses élèves n'a pas baissé – elle en a autant qu'avant l'occupation.

J'ai mené aujourd'hui une expérience extrêmement stupide : je me suis adressée aux gens en russe. Dans un bus, j'ai dit «Ostanovite, pojalouysta» [«arrêtez-vous ici s'il vous plaît»] au lieu de «gaacheret», dans un magasin j'ai demandé «boutylkou borjoma» [«une bouteille d'eau minérale de Borjomi»] au lieu de «erti bordjomi», dans un drugstore… et ainsi de suite. Je n'ai remarqué aucune réaction négative.

Plus tôt dans le mois, le 12 août, sur LiveJournal, voinodel (Vadim Rechkalov, le correspondant de guerre russe de Moskovski Komosomolets) a publié ce «monologue» (en russe) de Mme Lobjanidze, une habitante de Vladikavkaz, la capitale de l'Ossétie du Nord, en Russie :

Mon gendre est Ossète. Mon petit-fils de 8 ans serait Ossète lui aussi – c'est-à-dire du côté de son père. Moi, je suis russe. C'est-à-dire, par le sang. Mais sur mon passeport, je suis géorgienne. Ils ont supprimé maintenant la ligne «ethnie» dans les passeports, mais mon nom de famille est géorgien, j'en ai hérité de mon défunt mari. Mon fils est aussi géorgien sur son passeport, et par le sang également – si bien entendu vous regardez du côté de son père. Il est marié à une Arménienne. Avec tout ça, qui suis-je – mon petit-fils est ossète, alors que ma petite-fille est géorgienne – si bien entendu vous regardez du côté de son père à elle ?

Mais je suis surtout inquiète pour mon fils. Tout peut arriver à présent. Les Ossètes du Sud vont maintenant revenir de la guerre en colère. Et ils vont commencer à… Je ne sais même pas à quoi m'attendre…

J'ai pensé que j'étais paranoïaque. J'ai appelé [la police]. J'ai demandé ce que je devrais faire dans cette situation. Voyez-vous, mon fils est géorgien. Une policière a demandé où il est enregistré, quelle est sa citoyenneté ? J'ai dit qu'il est enregistré à Vladikavkaz, la capitale de l'Ossétie du Nord, et citoyen russe. Il est né ici, n'a jamais été en Géorgie. Il désapprouve la politique de Saakashvili. Mais notre nom de famille est Lobzhanidze. Que devons-nous faire ?

La femme m'a écoutée attentivement et a dit : prenez toutes les précautions. Nous avons été submergés par toutes sortes de gens, a-t-elle dit. Essayez de le protéger. Ne le laissez pas sortir seul dans la rue. Quel âge a votre fils ? Il a déjà 30 ans, ai-je répondu. Comment puis-je l'empêcher de sortir ? Et la policière a continué : oui, je vous comprends, la situation est tendue, mais nous ne pouvons pas donner à chacun un policier pour le ou la protéger. Je demande s'il y a déjà eu des incidents. Elle a répondu que non, pas encore…

P.S.

Toute la famille de [Mme Lobzhanidze] reste à la maison depuis le 8 août. Ils ne vont même pas au travail. Mais il ne s'agit que de la famille du côté de son mari. La famille arménienne et russe semble n'avoir rien à craindre. Pas encore.

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