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Mandat d'arrêt contre Omar al-Bachir : “Des mots, rien que des mots…”

La Cour Pénale Internationale a délivré mercredi [4 mars] un mandat d'arrêt contre le Président soudanais Omar al-Bachir, faisant de lui le premier chef d'Etat en exercice à être inculpé de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Ces charges sont basées sur la guerre civile au Darfour. Dans ce billet, nous examinons les opinions et réflexions des blogueurs soudanais. Certains d'entre eux se placent dans l'expectative, tandis que d'autres estiment que les expériences passées montrent qu'en réalité il ne se passera rien. «Vous dansez et parlez fort… des mots, rien que des mots…,» écrit Ras Babi. Un blogueur note qu'Omar al-Bachir ne sera pas appréhendé de force par les gouvernements occidentaux, et que par conséquent, s'il «reste chez lui», il sera à l'abri. Un autre attend que le «spectacle» commence. (Tous les blogs cités sont en anglais)

Mimz demande aux habitants du Soudan d'arrêter de paniquer, parce qu’ «à mon avis, le scénario le plus probable, c'est : il ne se passera rien !» et que «L'Egypte n'a pas besoin d'être envahie par plus de monde.»

Soit le pays est mis sens dessus dessous, soit tous nos problèmes s'évaporent (trrrès improbable), soit, et c'est à mon avis le scénario le plus probable, il ne se passe rien ! Soudanais, vous qui vivez au Soudan… arrêtez de paniquer ! Et arrêter de faire vos valises ! Je connais tellement de gens qui sont réellement partis à présent, parce qu'ils ont peur de ce qui pourrait arriver si le mandat était lancé. Je vous le dis, l'Egypte n'a pas besoin d'être envahie par plus de monde !

Il n'arrivera rien, et ce n'est pas que je sois dans le déni, je ne fais que réfléchir à la suite la plus raisonnable des événements. Vous ne vous ferez pas agresser dans votre propre maison, vous n'allez pas perdre tous vos biens de valeur et vous ne trouverez pas un proche mort devant chez vous. Ne dramatisez pas comme ça !

Sudanese Thinker lance un fil ouvert pour discuter de la décision de la CPI. Il conclut son billet par ces mots : «Que le spectacle commence» :

Chers amis soudanais, placez un lien vers votre propre blog dans la section des commmentaires, pour que cela soit remarqué par les médias. Il y a bon nombre de journalistes qui m'envoient des courriels, et ils s'intéressent tous à ce que nous, blogueurs soudanais, avons à en dire.

Et tous les autres, partagez vos avis, si vous en avez. Ceci est potentiellement l'histoire en train de se faire. D'ici là, je vais me chercher du pop-corn. 

Que le «spectacle» commence.

Sudanese Optimist se contente de dire : «Je me le demande… pourquoi fallait-il que John Garang meure ?»

Dying in the Dust [note de la traductrice : «Mourir dans la poussière»] commence son billet en se demandant si c'est le commencement de la fin. Le blogueur pense qu'al-Bachir sera en sécurité «aussi longtemps qu'il restera chez lui» :

Est-ce que ça va être le commencement de la fin ? Aujourd'hui, la Cour Pénale Internationale de La Haye a lancé un mandat d'arrêt international contre Omar Hassan al-Bachir pour la campagne de violence de cinq années au Darfour. C'est la première fois qu'un chef d'Etat en exercice est inculpé de crimes de guerre par ce tribunal international.

Il sera très intéressant de voir comment cela va se jouer dans le monde, au Soudan et surtout, dans les villages du Darfour. Voilà mes deux questions préalables : 

* Est-ce que cela suffira ? Ce n'est qu'un mandat d'arrêt et il n'y a aucune chance que le Soudan livre tout simplement son chef d'Etat. Aucun gouvernement occidental ne soutiendra une éviction forcée de Bachir – aussi longtemps qu'il restera chez lui, il sera probablement à l'abri. Néanmoins, la pression internationale et la mauvaise presse amèneront-elles Bachir à réformer ses méthodes ? J'aimerais pouvoir dire oui, pour le bien de mes amis et de leurs familles qui souffrent, mais l'histoire ne plaide pas pour l'espoir en telles circonstances.

* Le Darfour subira-t-il un choc en retour ? Comment Bachir et les tribus qui lui sont loyales réagiront-ils ? Je sais qu'ils s'en prendront à la CPI et aux puissances «coloniales» occidentales – mais ce qui m'inquiète, ce sont les représailles contre les hommes, femmes et enfants du Darfour, sous forme de violences et de souffrances encore plus grandes. L'ONU a déjà averti son personnel d'être particulièrement prudent dans les prochains jours. Les soldats de l'Union Africaine peuvent-ils protéger les millions de réfugiés ?

Ras Babis exprime ses pensées dans un poème, dans lequel il dit qu'il ne croit pas au droit international et que «… quand il s'agit d'un homme comme alBachir/vous dansez et parlez fort/pas d'actes/pas de justice/des mots rien que des mots/pour les Soudanais…» Il débute son poème par une citation d'al-Bachir disantà la CPI de manger son mandat d'arrêt :

Omar alBachir dit :
la CPI peut manger son mandat d'arrêt
il a souri et dansé
et ses partisans par milliers avec lui
il a dit que le mandat ne vaut
pas l'encre pour l'écrire
……
Tu te rappelles, Soudan…
comment tes généraux, soutenus par al-Tourabi
ont pendu un grand maître dans ton pays ?
Mohmoud Mohamed Taha était un maître
Oh Soudan
Oh mon si beau Soudan
Il y a des différences par milliers entre
un maître et un tueur
….
dans ce monde nous vivons toujours de contradictions et d'injustice
il est facile de juger qu'un homme ordinaire 
est un héros véritable
ou n'importe qui de nous
les lois sont faites pour contrôler les masses
et protéger les puissants
je suis devenu incroyant
je ne crois pas en votre droit international
….
qui a tué Che Guevara ?
Qui a tué Lumumba ?
Et qui a tué Taha ?
C'est votre droit international
voilà pourquoi
quand il s'agit d'un homme comme alBachir
vous dansez et parlez fort
ni actes
ni justice
des mots rien que des mots
pour les Soudanais…

Kizzie, qui a écrit son billet avant le communiqué de la CPI, révèle que le parti de Bachir est divisé sur la question :

Certains «spécialistes» du Soudan prédisent une crise soudanaise d'envergure, la désintégration de l'Etat soudanais. Andrew Natsios, l'ancien émissaire améicain au Soudain s'inquiète d'une situation à la somalienne avec une intervention à l'afghane.

Les dirigeants arabes et africains se solidarisent contre la décision de la CPI. Quand le mandat sera lancé, ils resteront tout à fait silencieux. Le parti de Bachir est déjà divisé. La plupart de ses conseillers lui ont demandé de démissionner. Ce qu'il ne fera pas.

Attendons les événements.

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