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Algérie: l'état des lieux des médias citoyens avec Faycal Anseur d'Algérie Focus

Algerie-Focus est un journal en ligne interactif algérien, créé le 1 novembre 2008. Algerie-Focus fonctionne selon le principe de l’internet 2.0. Les lecteurs ont la possibilité d’échanger entre eux et avec nos invités en temps réel qui dispose aussi d’une multitude d’options multimédias. Algerie-Focus s’applique à offrir à la communauté algérienne locale, à la diaspora, à la communauté maghrébine, et plus largement à tous ceux que cela intéresse, un lieu commun de partage d’informations et de débats. Thalia Rahme de Global Voices a interviewé son fondateur Fayçal Anseur pour comprendre leurs objectifs et faire un état des lieux des médias citoyens en Algérie.


Fayçal Anseur d'Algerie Focus

Thalia: Comment et d’où est née l'idée d'Algérie Focus ? Comment travaillez-vous ?Votre équipe est-elle composée de bénévoles ou d'employés …Comment relayez vous les informations depuis l'Algérie ? Qu'est ce qui distingue Algérie Focus des autres medias en lignes et qui sont sur la même voie ?

Faycal: Algerie-Focus a été lancé le 1er novembre 2008. Nous avions un gros défi à relever alors : démontrer que l’on peut créer un journal algérien sur internet avec peu de moyens financiers (150 euros comme capital) et humains (5 journalistes et un webmaster), mais qui serait capable, malgré tout, d’intéresser les lecteurs grâce à son contenu nouveau proposé dans l’esprit de l’internet 2.0.
Etant donné que notre choix éditorial s’est porté dès le départ sur l’information de type revue et magazine, c’est à dire des dossiers, des papiers de fond, des interviews, etc, nous sommes arrivés à fidéliser un lectorat hétéroclite, mais avec une forte composante  d’étudiants, de cadres et d’universitaires.

 


Nous proposons une information décloisonnée : moins d’actualité algéro-algérienne, et plus d’information mondialo-algérienne, si je puis dire. Nous essayons de proposer un contenu en adéquation avec l’esprit internet, cette fenêtre ouverte sur le monde, ses interconnexions et ses mutations.

Les internautes algériens arrivent graduellement à intégrer cette réalité, à savoir que l’Algérie n’est pas un village isolé, mais qu’elle fait partie d’un tout, par conséquent les décisions des uns (les puissants de ce monde), affectent directement ou par ricochet l’avenir des autres (les pays en voie de développement et du tiers monde principalement).

Cette manière de traiter l’information, c'est-à-dire rassembler les pièces du puzzle, en recoupant des informations, en apparence déconnectées les unes des autres, mais qu’une fois « connectées », offrent une vue d’ensemble sur une situation donnée qui permet in fine une meilleure appréhension des soubresauts qui secouent  notre monde.
Algerie-Focus.com c’est aussi des exclusivités et une quarantaine de dossiers traités avec, à chaque fois, un invité, des articles, des caricatures et un sondage d’opinons. Nous avons donné la parole à des personnalités connues, comme à d’autres controversées, décriées voire censurées ailleurs. Nous ne sommes pas forcément d’accord avec nos invités, mais notre objectif final est d’informer, provoquer des débats, crever des abcès. En somme promouvoir la liberté d’expression en faisant modestement du journalisme professionnel, tout en encourageant le journalisme citoyen : le lecteur devient aussi acteur du moment que nous lui offrant la possibilité d’interroger nos invités et nos journalistes à travers nos forums interactifs, et de participer à la rédaction via notre tribune libre.  (Lire Etude sud-africaine sur le journalisme citoyen et la démocratie au Maghreb : “Algerie-Focus.Com est un bon exemple”)
Néanmoins, en absence de financements, car le journal est quasi boycotté par les annonceurs -conséquence prévisible de l’indépendance de sa ligne éditoriale-  notre rédaction se retrouve aujourd’hui constituée de deux journaliste (moi même établi en France, et un ami vivant en Algérie)

Thalia: Quel est l'état des lieux actuellement de la blogosphère et des medias sociaux et citoyens en Algérie ? Quelles sont les tendances actuelles ? Ont-ils été affectes par le printemps arabe ou pas vraiment ? Assiste-t-on a leur émergence ou pas vraiment ?

Faycal: La tendance de la blogosphère algérienne est plutôt vers la hausse, mais reste insuffisante et concentrée sur certains supports d’expressions de prédilection au détriment du reste. Ainsi, selon un récent rapport publié par un groupe de travail auquel a pris part la Tunisienne Yamina Mathlouthi, chercheur associé à l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (Irmc, Tunisie), l’Algérie occupe la 6 ème place dans le classement du monde arabe, concernant l’utilisation de Facebook,. 2,1 millions d’Algériens y sont abonnés, plaçant ainsi l’Algérie au 52e rang des utilisateurs de ce réseau, selon une étude réalisée par Younes Grar, expert algérien en Technologies de l’information et de la communication (TIC). Il est clair que le « printemps arabe » a agi comme un catalyseur et que ce vent de libération a crée une dynamique d’émulation chez les algériens, qui à l’instar des autres peuples, réclament le changement, le progrès et l’ouverture.

Ils  essayent de se fédérer via internet pour s’organiser et militer ensemble. Toutefois, plusieurs lacunes restent à combler.  Le nombre de connectés reste relativement faible par rapport à la population globale (plus de 36 millions d’algériens(nes)) ; le taux de pénétration de l’internet dans les foyers algériens est bas étant donné le coût assez élevé du service (environ 2300 DA/mois, alors que le smig qui a été augmenté récemment de 12000 à 15 000 DA), qui est le monopole le l’état. L’internet est un média nouveau dans une Algérie fermée au monde. Par conséquent, les algériens ont besoin d’un temps d’adaptation pour rattraper le retard, avant tout en recouvrant un droit élémentaire, celui de la liberté d’expression, dont ils ont été privés jusqu’à maintenant (décennie noire, état d’urgence, difficulté pour obtenir des visa et voyager, etc)

Cela dit, la nouvelle génération des 20-30 ans (majoritaire en Algérie)  arrive a prendre le train en marche et assimiler plus au moins rapidement les techniques pour une utilisation optimale de ce média, notamment en observant les autres faire (tunisiens, égyptiens,…).

Thalia:  Qu'est ce qui a ton avis distingue ces medias sociaux des autres plateformes dans les pays arabes ? Quel est leur particularité ? Quels sont leurs sujets d'intérêts ? Sont-ils plutôt attires par l'actualité locale ou se penchent-ils également aux développements sur la scène internationale et régionale ? Quelle est leur langue favorite ? Est plutôt le Français …. y- a- t-il une tendance de s'exprimer en langue berbère dans les blogs? Twitter? Facebook ou autre ?

Faycal: Les médias algériens sont des nouveaux nés, ils sont dans la phase d’apprentissage : les internautes algériens parlent beaucoup, ce qui est normal quand on a été longtemps privé de parole. Les sujets sont divers et variés mais s’articlent généralement autour de l’Algérie et ses problèmes. Certains arrivent à se parler déjà. Et avec le temps tous finiront pas s’écouter pour enfin s’entendre et agir en conséquence. L’arabe est la première langue pratiquée en Algérie, sur internet les sites arabophones sont les plus visités. Les vidéoblgeurs sur dz-youtube s’expriment dans la langue de la rue (en berbère notament). Les francophone sont concentrés plutôt sur facebook, le lieu « in » pour le moment.
Thalia: Quels sont les défis auxquels font face ces medias citoyens et sociaux ? Le gouvernement exerce-t-il une pression sur les bloggeurs, usagers de twitters ? y a t-il eu des personnes arrêtées a cause d'un billet de blog ou tweet ? Les politiciens utilisent-ils ces plateformes eux aussi pour communiquer avec l'opinion publique ?

Faycal: Le premier défi c’est continuer de s’exprimer, et surtout s’organiser et éviter les manipulations. Abderaouf Madani, un membre du Comité national pour la défense des droits des chômeurs, a été arrêté, en septembre à Ouargla, ville du sud algérien, alors qu’il était en train de filmer une manifestation de chômeurs organisée dans le complexe administratif de la ville. Les smart-phone et internet, échappent à la censure, le pouvoir on est conscient, l’information finit d’une manière ou autre sur la Toile.
Avec le printemps arabe, le gouvernement algérien a pris conscience de l’importance que prend internet en tant que média libre et son danger potentiel. Il a légiféré pour essayer d’encadrer internet , voire le contrôler. D’autres on essayer avant lui, dans d’autres pays (Tunisie, Egypte, Syrie, …) ça n’a pas marché. Néanmoins, il garde le monopole sur l’accès à internet, il peut recourir au filtrage de certains sites d’opposition qui le dérangent, des cas de « censure  technique » ont été signalés.
Privés des médias d’état, et parfois des médias privés, l’opposition essaye de s’organiser sur internet. Les politiciens du gouvernement, comme l’opposition officielle, sont peu friands de ce média dont ils ignorent le fonctionnement, ils passent par les médias lourds qui touchent encore la majorité des algériens (télé, radio, journaux proche du pouvoir, etc)

Thalia: Quel est l'attitude des medias traditionnels vis a vis de ces sites ? Y a t ils des journalistes qui se sont eux aussi mis a ces medias ? ( a l'étranger les journaux ont leur propres pages blogs ou leur employés sont invites a collaborer ).

Faycal: Les journalistes algériens ne sont pas à l’origine de la dynamique sur internet, ils ont été dépassé par leurs lecteurs. On ne compte guère qu’une vingtaine de blogs animés par les journalistes, la majorité suivent le mouvement à défaut de le déclencher. Ils sont sur facebook pour la plus part et rares ceux qui se prêtent au jeu des questions réponses avec leurs lecteurs. On reproche souvent à l’élite algérienne sa démission, internet accentue cette absence.

Pour plus d'infos :
Quand algerie-focus.com inaugure le journalisme interactif (El Watan)

Algerie-Focus.com sur El Watan. (Interview)

Entretien (censuré) avec Fayçal Anseur, fondateur et rédacteur en chef du journal électronique « Algerie-Focus.Com »

Presse en Algérie : la liberté passe par le Net

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