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Les médias libériens boycottent la présidente pendant deux semaines

[Liens en anglais] Les journalistes indépendants libériens ont mis fin à presque deux semaines sans couverture de l'actualité de la présidente du pays, Mme Ellen Johnson Sirleaf, un black-out médiatique qu'ils avaient placé sur la chef d'Etat pour n'avoir pas condamné les propos de son directeur de la sécurité qualifiant les journalistes de “terroristes”.

La confrontation entre les médias et Mme Sirleaf a débuté lorsque des journalistes libériens ont rejoint d'autres journalistes du monde entier dans la ville portuaire libérienne de Buchanan pour célébrer la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai 2013. Mais les participants furent choqués d'entendre Othello Warric, directeur de l'unité de sécurité présidentielle Service de Protection de l'Exécutif (EPS) annoncer que son unité n'hésiterait pas à poursuivre les journalistes qui “s'immisceraient dans les affaires de la présidence”.

“Faites attention lorsque vous questionnez l'intégrité des Libériens. Faites attention, parce que vous avez votre plume et nous avons nos armes à feu. Et si vous portez atteinte au caractère ou à l'intégrité des Libériens tel que moi-même, nous vous poursuivrons” aurait déclaré M. Warrick lors de cette manifestation.

Après ce vendredi noir, les médias libériens indépendants ont imposé un black-out médiatique sur la présidence qui a été levé suite à l'intervention du parlement.

La menace faite par le chef de la garde présidentielle et le black-out médiatique ont déclenché des débats en ligne vifs, particulièrement sur la page du groupe Facebook Discutons du Libéria [Ndr : Discutons du Liberia est un groupe fermé. Son contenu est utilisé avec sa permission]. Le débat a entre autres tourné autour de la question de la liberté de la presse et de la relation entre l'Etat et les médias privés au Liberia.

Pres.Sirleaf speaking in Margibi,Liberia.Photo courtesy Cyrus Wleh Badio the Press Secretary to Pres.Sirleaf.

La présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf à Margibi, Libéria. Photo avec la permission de Cyrus Wleh Badio, porte-parole de Mme la Présidente Sirleaf.

Peter Bemah, un chercheur libérien qui travaille au Sénat libérien, s'est dit indigné par le silence de la présidente sur cette question :

Le silence de la présidence sur cette question est troublant et inquiétant. J'espère que la présidente prendra les mesures disciplinaires nécessaires en la matière.

Tom Winston Monboe explique la position de la présidente sur cette question :

La présidence a une position sur cette question, mon frère. La présidente a déclaré que le black-out médiatique pouvait durer autant que les médias le souhaitaient. Aussi choquante que soit cette déclaration, elle demeure jusqu'à présent la position de la présidente sur le sujet.

Tamba Siaffa défend le directeur de la sécurité M. Warrick en ces termes :

Si la presse au Libéria a le droit et la liberté de rendre compte de toutes sortes d'histoires dont 50% sont des mensonges sans poursuite ou intimidation, pourquoi un citoyen ne pourrait-il pas jouir du même droit et de la même liberté d'exprimer ses sentiments à propos de la presse ? Le syndicat de la presse a poussé le bouchon trop loin. La présidente est la présidente et doit être respectée en tant que Présidente de la République. Elle dispose de collaborateurs qui parle en son nom la plupart du temps. Le ministre de l'Information et le porte-parole de la Présidente parlent en son nom. Ils ont fait des déclarations mais la presse souhaite que la présidente s'exprime à titre personnel d'abord. Ce n'est pas juste.

Media Hit. Photo courtesy of frontpageafricaonline.org

Image aimablement fournie par frontpageafricaonline.

Par solidarité avec leurs collègues et le principe de liberté d'expression, l'Association des journalistes ouest-africains a écrit une lettre officielle à la présidente libérienne résumant les raisons pour lesquelles elle condamne les propos menaçants de M. Warrick :

Ces déclarations sont aussi le signe d'une interférence inquiétante avec la libre circulation de l'information orchestrée par l'Etat, une volonté d'interférer illégalement avec le traitement de l'information et des idées sans recours possible à ou respect pour aucune forme de procédure légale.

Cela voudrait dire par conséquent que votre gouvernement n'a pas l'intention de promouvoir la libre circulation des idées et des opinions divergentes. En tant que figure publique et en qualité de chef d'Etat et de gouvernement, en vertu du droit international, il est normal que vous soyez l'objet d'une plus grande attention et de plus de critiques de la part de la presse que l'ordinaire des autres citoyens et que vous vous soumettiez avec bonne volonté à ce plus haut niveau d'attention et de critique.

Nous souhaitons également porter à votre attention notre soutien inébranlable au syndicat de la presse du Libéria, aux journalistes indépendants et aux partenaires médiatiques au Libéria. WAJA [l'Association des journalistes ouest-africains] se porte solidaire de chacune et de toutes les positions prises par le PUL [Syndicat de la presse libérienne] jusqu'à présent et se réjouit d'avance de la résolution de cette crise.

Phillip Blamo, un prêtre libérien, a lui posté ce qu'il rapporte comme étant les mots de la présidente lorsqu'elle a été interrogée à propos du black-out médiatique :

J'APPRECIE cet abandon sans conséquence, j'espère que cela va continuer encore longtemps.

James Blackie ne pense pas que le black-out médiatique sur la présidente soit la solution :

Est-ce que le back-out sur notre présidente va résoudre les problèmes ? Cherchons d'autres moyens parce que nous, en tant que citoyens ordinaires, avons besoin de savoir ce que la présidente fait quotidiennement pour pouvoir la critiquer ou la féliciter. S'il vous plaît, cherchons un autre genre de punition pour eux.

Afin de répondre à l'argument de Blackie et de souligner la nécessité d'une presse indépendante, Siezie Siefa fait la remarque suivante :

ECOUTER LBS [la radio du service public libérien] SI VOUS ETES EN MANQUE DE NOUVELLES DU CLOWN… MAIS ON NE PEUT PAS FAIRE SEMBLANT DE S'INTERESSER A LA LIBERTE DE LA PRESSE ET ETRE CONDESCENDANT EN MEME TEMPS… LES JOURNALISTES NE SONT PAS DES JOUETS A QUI L'ON PARLE COMME DE LA MERDE. De même LE REGIME DOIT ETRE SANCTIONNE EN NE LEUR ACCORDANT AUCUNE IMPORTANCE. Les psychologues VOUS DIRONT QUE C'EST LA REPONSE APPROPRIEE POUR UN REGIME SANS LEGITIMITE INTERIEURE.

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