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Pakistan : La jeune femme qui mène la lutte des étudiants pour l'indépendance du Baloutchistan

Banuk Karima Baloch, chairperson of the Baloch Student Organization-Azad (BSO-Azad) at a rally in Karachi. Screenshot from YouTube.

Banok Karima Baloch, présidente de l'Organisation étudiante Baloutche-Azad (BSO-Azad) à une manifestation à Karachi en juin. Capture d'écran d'une vidéo YouTube postée par DeraBugtichannel.

[Liens en anglais] Cela étonnera peut-être ceux qui suivent l'actualité du Pakistan dans les médias traditionnels : l'une des organisations étudiantes les plus contestataires du pays est menée par une femme.

Banok Karima Baloch est la présidente de la Baloch Student Organization (BSO-Azad, Organisation étudiante Baloutche), la plus grande représentation des étudiants baloutches au Pakistan, interdite en 2013 pour activité “terroriste”.

L'organisation dirigée par Karima joue un rôle essentiel dans la mobilisation des jeunes dissidents et séparatistes au Baloutchistan, la province du sud-ouest gangrenée par la pauvreté, la violence religieuse et une insurrection contre l'Etat pakistanais. 

La BSO-Azad a été fondée en 2002 par Allah Nazar Baloch, un célèbre combattant séparatiste, aujourd'hui à la tête du hors-la-loi Front de Libération Baloutche (BLF), le groupe rebelle le plus actif dans la résistance armée contre l'Etat pakistanais. 

A côté de ces réalités de terrain très prégnantes, les femmes sont confrontées au Baloutchistan à des difficultés supplémentaires : elles vivent dans la province la moins développée du Pakistan, où les hommes dominent la vie publique ; la mortalité maternelle y est parmi les plus élevées d'Asie et le taux d'alphabétisation féminine de la province est le plus bas du pays. 

Pourtant, depuis quelques années, les femmes baloutches sont en pointe pour tenter d'attirer l'attention sur les “disparus” du Baloutchistan, un des aspects les plus cruels et les moins connus de l'insurrection. Rien qu'en 2013, 116 corps ont été retrouvés à travers la province, dont 87 identifiés par les familles, qui accusent les services de sécurité pakistanais d'avoir enlevé leurs proches. D'après la Commission indépendante des Droits de l'Homme du Pakistan, depuis 2010, les corps de centaines de disparus du Baloutchistan ont été retrouvés, portant des marques de torture. 

En mai, Karima a parlé des femmes baloutches, de leur rôle dans la lutte actuelle pour la liberté et de ses aspirations pour le Baloutchistan, dans un entretien mené en ourdou. L'auteur du présent article a traduit en anglais l'entretien d'origine pour son blog Collateral Damage. En voici un extrait. 

Pour la première fois une femme préside une organisation étudiante au Baloutchistan. Comment vivez-vous d'avoir été appelée à la tête de la BSO-Azad ?

Banok Karima Baloch (BKB) : Il n'y a pas de discrimination par le genre dans notre organisation, hommes et femmes participent donc à la lutte nationale côte à côte. Pendant mon mandat à la tête de l'organisation, je ne me suis jamais sentie différente ou inférieure du fait d'être une femme. Mais je suis heureuse que la participation de mes soeurs baloutches à la lutte pour la liberté ait changé la conception qu'a des femmes la société baloutche. La résurrection du mouvement national a fait disparaître beaucoup de traditions conservatristes. Par rapport au passé, les femmes baloutches sont beaucoup plus libres et actives.

Dans la situation actuelle, où la marge se rétrécit de plus en plus pour les activités politiques légales au Baloutchistan, quelle stratégie prévoyez-vous d'adopter ?

BKB : Pour nous, la lutte pacifique a été transformée en poison mortel. Dans les trois dernières années, beaucoup de nos adhérents ont été assassinés et des milliers, enlevés. Il y a deux mois, le président de mon organisation a été enlevé sous mes yeux. Avant cela, en 2009, le vice-président de notre organisation Zakir Majeed a été enlevé par les services secrets pendant qu'il était dans la foule d'une procession. On ne l'a pas revu. Aux côtés de la BSO-Azad, la famille de Majeed s'est démenée sans relâche pour sa libération mais en vain.

Ce que je veux dire, c'est que la corde se resserre autour de notre cou. Cela ne nous arrêtera pas. Même si l'Etat continue à agir envers nous comme s'il n'avait aucune conscience, nous ne céderons rien de notre lutte juste et pacifique. La lutte pacifique est notre droit selon la loi internationale. Plus l'Etat sera brutal, plus nous continuerons à résister, persévérer et nous lever.

Le rôle des femmes du Baloutchistan est important dans la campagne pour les disparus. Quel effet aura ce phénomène sur le mouvement nationaliste baloutche ? Comment la société baloutche réagit-elle à la participation des femmes aux activités politiques ?

BKB : Comme je l'ai dit, les attitudes envers les femmes dans la société baloutche ont changé de façon évidente. Aujourd'hui, les gens sont fiers que les femmes participent au mouvement national. Banuk Farzana, Banuk Sami Baloch et toutes les autres soeurs, par leurs actes de courage, sont considérées comme les symboles du mouvement national. Pensez, notre population est petite et géographiquement dispersée ; les femmes, moitié de notre population, ont donc joué un rôle essentiel dans la consolidation de notre mouvement.

Je veux aussi souligner que l'Etat et ses services sont déroutés devant cette tendance. Ils essaient de trouver de nouveaux moyens de harceler et menacer les femmes baloutches pour entraver leur progrès et les empêcher de participer au mouvement national. L'an dernier, le Lashkar-e-Jhangvi, dans la région baloutche de Quetta, a exécuté un attentat à la bombe à l'intérieur d'un lycée de jeunes filles. La création d'un nouveau mouvement islamiste au Panjgur récemment et les menaces de fermer l'enseignement féminin sont d'autres exemples de la politique étatique. L'an dernier à Turbat, les services secrets et la police du Pakistan ont fait des descentes dans des établissements d'enseignement, détruit tout le matériel éducatif, puis vendu ces institutions. Ces établissements où l'éducation et le progrès des femmes étaient encouragés et privilégiés.

Que pensez-vous de la situation économique et sociale actuelle de la femme au Baloutchistan ? Quels sont les principaux défis et comment les surmonter ?

BKB : Bien que richement doté en ressources naturelles, le Baloutchistan est l'une des régions les moins développées au monde. Les femmes ne sont pas les seules affectées par le régime colonial que nous impose le Pakistan ; chacun des Baloutches est contraint à une vie de citoyen de seconde classe. Selon les statistiques de l'administration elle-même, 52,2 % de la population du Baloutchistan souffre de malnutrition. Mais en réalité, un nombre bien plus grand est sous-alimenté. En outre, le Fonds des Nations Unies pour la Population a relevé que le taux de mortalité infantile atteint des niveaux extrêmement dangereux. Toutes les 20 minutes, une femme meurt en accouchant.

Ce que j'essaie de faire comprendre, c'est que si les gens subissent tant de souffrances, c'est à cause du système d'oppression que le Pakistan nous impose et de l'ignorance qu'en ont les gens. Si le Baloutchistan ne se libère pas de la domination pakistanaise, il continuera à subir la pauvreté, le dénuement et la décomposition sociale et culturelle.

Y a-t-il un personnage féminin en particulier dans l'histoire du Baloutchistan qui est votre modèle ?

BKB : Dans l'histoire baloutche, j'honore Hatun Bibi et ses sacrifices dans la lutte contre les occupant du Baloutchistan en Iran. Elle a combattu avec courage avec sa famille, notamment Dad Shah, contre l'ennemi.

Avez-vous en vue des actions pour contacter les organisations étudiantes d'autres provinces, notamment au Sindh, en vue d'élargir votre base de solidarité ?

BKB : Diverses organisations étudiantes nous ont aidés dans notre campage réclamant la remise en liberté du président de la BSO-Azad Zahid Baloch. A Karachi et ailleurs, ils ont tenu des manifestations et rassemblements pour nous soutenir. En beaucoup d'endroits, les mouvements de droits humains nous ont montré une profonde solidarité ainsi qu'avec Lateef Johar, en grève de la faim jusqu'à la mort. Nous nous efforçons d'accroître notre collaboration avec ces mouvements ; au moins sur le terrain de la solidarité, nous devons rester associés et poursuivre nos relations.

Quel message voudriez-vous transmettre, en particulier aux femmes du Pakistan ?

BKB : Je voudrais que les Baloutches, et surtout les femmes, se focalisent sur l'éducation et deviennent partie prenante au combat contre la tyrannie et l'esclavage, de sorte que le Baloutchistan puisse être libéré et transformé en nation exemplaire où il n'y aura pas de discrimination basée sur l'ethnie, la caste, le genre, la classe, etc.

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