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Israël / Palestine : une schizophrénie française ? (2ème partie)

2ème volet d'une tribune de Charlotte Loris-Rodionoff, doctorante en anthropologie à l'University College of London, spécialisée sur le Moyen-Orient. Le 1er volet se trouve ici.

Les lieux saints : Esplanade des mosquées et Mur des lamentations, l'un des enjeux du conflit via wikipedia - CC BY-SA 3.0

Les lieux saints : Esplanade des mosquées et Mur des lamentations, l'un des enjeux du conflit via wikipedia – CC BY-SA 3.0

 

La mémoire de la Shoah ne devrait pas servir d’excuse à la France pour soutenir Israël, au contraire elle devrait être sa raison de le condamner

Ce qui paraît encore plus étonnant dans un tel contexte est le discours de commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv’ du premier ministre français qui parle d’ « une jeunesse (…) sans conscience de l’histoire » pour décrire ceux qui se sont rendus à la manifestation du 19 juillet en soutien à Gaza. On est en droit de se demander aux vues de la situation en Palestine si ce n’est pas M. Valls et la classe politique française qui sont « sans conscience de l’histoire »… Car l’injonction lancée à l’humanité après la Shoah est : « plus jamais ça ! ». Et « plus jamais ça ! » n’est pas une injonction exclusive, c'est un cri universel et humaniste qui signifie : plus jamais de déshumanisation systématique de l’Autre, plus jamais de camps et de ghettos, plus jamais de meurtre programmé et calculé d’une population enfermée sur critères religieux et/ou ethniques dans des camps et ghettos. Dire « plus jamais ça ! » c’est dire plus jamais de politique raciste, plus jamais d’apartheid, plus jamais de politique militariste aux velléités impérialistes et de camps fermés dans lesquels on peut tuer en toute impunité. C’est donc en la mémoire de la Shoah, mémoire que la classe politique française se tient à honorer, au nom de l’injonction « plus jamais ça !», que la France et la classe politique française devraient s’opposer à ce qui se passe aujourd’hui en Palestine. C’est en ce nom même que l’on devrait s’élever contre le ghetto-Gaza, contre l’arrestation, la torture et le meurtre en masse des Palestiniens, ainsi que contre leur déshumanisation systématique par l’État israélien – contre les velléités génocidaires qui sont de plus en plus clairement exprimées depuis que les bombardements de Gaza ont commencé. « Plus jamais ça ! », c’est avant tout un cri pour la dignité humaine, et pour que les droits de l’homme soient respectés partout dans le monde, et tous devraient être capables de se rallier à ces mots d’ordre. C’est pour ces mêmes raisons que soutenir les Palestiniens devraient être l’affaire de tous, au-delà de toute appartenance politique, nationale et religieuse .

Mur israélo-palestinien côté Palestine, entre Yérushalaim et Beitlehem. via JDesplats CC BY-SA 3.0

Mur israélo-palestinien côté Palestine, entre Yérushalaim et Beitlehem. via JDesplats CC BY-SA 3.0

Il est temps que la culpabilité des politiques français et la responsabilité de l’État français dans la Shoah ne servent plus d’excuse pour ignorer les violences génocidaires commises contre les Palestiniens et pour criminaliser les pro-Palestiniens et assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme voire au négationnisme. Car c’est d’une lutte commune que l’on parle ici, une lutte que tous devraient embrasser : une lutte pour la dignité humaine. C’est au nom de ce principe et de l’injonction « plus jamais ça !» que la France aurait du s’opposer depuis longtemps au non-respect des nombreuses sanctions imposées par l’ONU à Israël, c’est pour cela qu’elle devrait s’opposer aux crimes contre l’humanité commis en toute impunité par Israël, et c’est pour cela qu’elle doit aujourd’hui condamner le meurtre de la population de Gaza et demander la fin de l’occupation et de l’apartheid en Palestine. C’est en ce même nom que le Président français ne devrait pas féliciter et encourager un premier ministre raciste et criminel qui plus est délibérément d’extrême droite. Et si ce n’est ni au nom du droit international, ni au nom des droits de l’homme, dont la France se dit le pays, c’est au nom de la mémoire de la Shoah que les hommes politiques français viennent de définir comme centrale à notre pays que l’on devrait s’opposer au meurtre massif et planifié de la population du ghetto-Gaza. Finalement, c’est pour cette même raison que les organisations juives de France devraient être les premières à dénoncer les crimes d’Israël.

Il est peut-être encore temps – pour ne pas être à nouveau coupable de collaboration dans la perpétration de crimes contre l’humanité – de sortir de cette schizophrénie franco-française et de réformer cette société rongée par un racisme structurel et une islamophobie galopante. Il est temps que ce ne soit plus seulement la société civile qui appelle au respect de la loi internationale et à la condamnation des crimes contre l’humanité mais que la classe politique française le fasse aussi. Il est temps de voir, comme aux Etats-Unis, les organisations juives de France s’opposer massivement aux attaques criminelles et aux appétits génocidaires d’Israël. Et il est sans doute temps de donner un peu plus de crédibilité à ceux qui manifestent pour le droit des Palestiniens et de reconnaître qu’être « pro-Palestinien » ou « antisioniste » n’est pas être antisémite et négationniste.

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