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Les Premières dames d'Asie Centrale : entendues, mais invisibles ?

From left Azizmo Asadullayeva (wife of Tajik President Emomali Rahmon) Raysa Atambaeva, Tatiana Karimova and Sara Nazarbaeva. Images mixed by author.

De gauche à droite: Azizmo Asadullayeva (femme du Président tadjik Emomali Rahmon), Raisa Atambaeva, Tatiana Karimova et Sara Nazarbaeva. Images de l'auteur.

[Tous les liens mentionnés sont en anglais, sauf indication contraire]

Au sein de l’Asie centrale soviétique, les femmes étaient, officiellement du moins, les camarades et les égales des hommes. Hommes et femmes occupaient les mêmes emplois aux salaires similaires, et les pratiques pré-soviétiques, considérées comme restrictives à l’encontre des femmes, étaient bannies. Silent Bride, un célèbre film soviétique, dans lequel une jeune Turkmène était réduite à communiquer par le langage des signes avec sa belle-famille, parodiait l’obéissance attendue de la part d’une jeune épouse par les familles kazakhes, kirghizes, tadjiks, turkmènes ou ouzbèkes. Des mœurs considérées comme une barrière au progrès socialiste.

L’Union Soviétique n’a jamais fait figure de modèle pour la majorité des féministes à travers le monde – seulement trois femmes ont été présentes au politburo, l’organe politique le plus puissant de l’Union. Cependant, nombreuses sont celles qui affirmeront que les cinq anciennes républiques communistes d’Asie Centrale, aux populations majoritairement musulmanes, ont fait un pas en arrière quant à l’égalité des sexes, depuis leur indépendance.

President of Tajikistan Emomali Rahmon and his family. Adopted from http://club.osinka.ru/topic-80993?start=210

Président du Tajdikistan Emomali Rakhmon et sa famille. 

Cette réalité saute aux yeux. Récemment, au Tadjikistan, un groupe « d’experts médico-légaux » ont fait pression pour que les femmes tadjiks subissent un examen prouvant leur virginité avant le mariage. Au Kirghizistan, un pays à la plus grande proportion de parlementaires féminines, le mariage par enlèvement a fait un retour en force [français], des experts affirmant même que cette pratique est plus répandue que par le passé, lorsque les Kirghizes étaient un peuple nomade. Les dots ont également fait leur réapparition, surtout au Turkménistan.

Et pourtant, l’héritage soviétique demeure important, surtout en ce qui concerne l’éducation féminine, qui est presque universelle dans la région. Une situation qui laisse les femmes de pouvoir des cinq républiques dans une position embarrassante : poursuivre une carrière tout en se conformant aux stéréotypes locaux. Cette contradiction est particulièrement pertinente pour les épouses des présidents de la région, qui doivent apparaître de façon traditionnelle devant les populations qui attendent d’elles qu’elles adoptent un certain comportement, mais qui en vertu de leurs positions, semblent posséder une influence significative. 

Les Premières Dames, ces “éminences grises”

Dans un récent article pour Politico consacré à la représentation des figures publiques féminines aux Etats-Unis, Sarah Kendzior écrit que les médias américains cataloguent les femmes de pouvoir en deux catégories : les « manipulatrices machiavéliques et les pom-pom girls mangeuses de cupcakes ». Bien que les cupcakes ne soient pas répandus en Asie Centrale, la première est certainement due aux rumeurs entourant les premières dames des deux pays les plus puissants de la région, Tatiana Karimova d’Ouzbékistan, et Sara Nazarbayeva du Kazakhstan. 

An old photo of Uzbek President Islam Karimov and his wife Tatiana. Widely shared.

Une ancienne photo du Président ouzbèk Islam Karimov et sa femme Tatiana. 

Les médias russes ont surnommé Nazarbayeva « l’ingénieur économiste » – en référence à ses études universitaires – sous-entendant que ses relations ont permis à un clan du centre du Kazakhstan, où elle est naît, de contrôler les positions clés du gouvernement et de l’industrie. Nazarbayeva est cependant moins apparue en public ces dernières années, de même que l’épouse du président ouzbèk Islam Karimov, Tatiana Karimova.

Néanmoins, à en croire le blog Zamondosh:

На самом деле, Т. Каримова – серый кардинал узбекской политики и экономики. Многие источники сообщают, что Татьяна Каримова принимает самое непосредственное участие в управлении страной. Ни одно решение, касающееся кадровых перестановок, политики, или финансово-экономических вопросов, не принимается без ее участия.

En réalité, T. Karimova est l’éminence grise de la politique et de l’économie ouzbèk. De nombreuses sources attestent que Tatiana participe directement à la gouvernance du pays. Aucune décision concernant le recrutement, la politique ou les finances ne sont entreprises sans son accord.

Mayram Akayeva, l’épouse du premier président du Kirghizistan Askar Akayev, est également perçue de la même manière par ses détracteurs, qui la surnommaient le « département des ressources humaines » jusqu’à la chute d’Akayev en 2005.

Les Premières dames, “ces femmes réprimées de l’Est”

Sur fond de rumeurs concernant un divorce officieux avec Sara Nazarbayeva, Nursultan Nazarbayev, le président kazakh, est apparu de plus en plus souvent en public avec un garçon présenté comme étant son plus jeune fils. Etant donné l’âge de Sara (73 ans), les suppositions vont bon train quant à l’identité de la mère du jeune homme. En réalité, il n’est pas rare que de riches hommes d’Asie Centrale aient plusieurs partenaires, en dépit de l’interdiction de la polygamie dans ces cinq pays. Et peu de personnes peuvent se vanter d’être plus riches que le président de la puissance pétrolière.

En commentaires sur YouTube à une vidéo s’opposant aux “autres femmes” de Nazarbeyv, rkenzh a fait une plaisanterie cruelle quant à la corruption supposée du régime de Nazarbeyv : 

У него три жены. Тогда почему он нас ебет.

Si [Nazarbayev] a 3 épouses, pourquoi continue-t-il de nous entuber ?

Des bruits similaires entourent Gurbanguly Berdymuhamedov, le président du Turkménistan, pays riche en gaz. Selon un câble diplomatique américain relayé par Wikileaks :

Une rumeur circulant parmi les habitants d’Ashgabat affirment que Berdymuhamedov a une maîtresse, en plus de sa femme turkmène, qui serait très conservatrice. La maîtresse supposée serait une Russe ethnique répondant au nom de Maria. Elle serait infirmière dans une clinique dentaire dans laquelle Berdymuhamedov a travaillé au début de sa carrière, et aurait eu une fille de 14 ans avec le président. L’épouse de Berdymuhamedov vivrait à Londres depuis 2007.

Berdymuhamedov n’a jamais été vu en compagnie de sa femme ni de sa supposée maîtresse au cours de ses huit années au pouvoir, à l’instar de son prédécesseur, le notoire Sapurmurat Niyazov, qui n’a presque jamais été aperçu avec son épouse Muza Niyazova. Le président du Tadjikistan, Emomali Rakhmon, garde également sa femme loin des yeux du public.

Commentant ces découvertes, un internaute, эльфа, remarque sur un forum russe populaire que les filles du président semblent avoir une meilleure vie que leurs mères :

мда… как говорят ” забитые женщины Востока”, но по крайней мере дочери уже вполне современны. 

Ouais… les soi-disant “femmes réprimées de l’Est”, mais au moins leurs filles sont relativement modernes.

L’épouse de l’actuel président du Kirghizistan Almazbek Atambaev, Raïssa Atambaeva, médecin retraitée, est probablement la Première dame ayant effectué le plus d’apparitions publiques en Asie Centrale.

Rencontre à Pékin : la première dame du Kirghizistan Raïssa Atambaeva, le Président kirghize Almazbek Atambaev et le Président chinois Hu Jintao.

Alors que la presse kirghize a minutieusement enquêté sur l’origine ethnique de Raisa – elle est Tatare, et non Kirghize – elle semble assez populaire parmi les internautes, et peut vivre une vie publique active sans être dépeinte comme étant une fourbe Lady Macbeth.

Toutefois, étant donné l’histoire moderne, dans laquelle les épouses des présidents et les proches sont perçus comme trop puissants, de nombreux Kirghizes demeurent prudents dans leur admiration. C’est ainsi que note un lecteur du site web kirghize RFE/RL :

Как бы не сглазить ….

 J’espère qu’elle ne sera pas touchée par le mauvais œil…

Aux confins de l’Asie Centrale soviétique, en Afghanistan, l’épouse chrétienne du nouveau président afghan Ashraf Ghani, Rula Saade, doit faire face à ce qui semble être son plus grand défi : obtenir la reconnaissance d’une société hautement conservatrice. Le prédécesseur de Ghani, l’expérimenté politicien Hamid Karzai, a caché sa femme aux Afghans pendant ses trente années de pouvoir.

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