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Combien de temps encore avec ces présidents à vie ?

Burundian president Pierre Nkuruzinza. Photo released under Creative Commons by the World Economic Forum.

Pierre Nkuruzinza. Photo Creative Commons World Economic Forum.

Une nouvelle étude d’Afrobaromètre [fr], un projet qui mesure les attitudes du public en Afrique subsaharienne, suggère que la plupart des Africains soutiennent les limites de mandats présidentiels à deux termes pour leurs présidents.

Le rapport, basé sur des enquêtes dans 34 pays africains, soutient que:

Cela est vrai même dans les pays qui n'ont jamais eu des limites du nombre de mandats et ceux qui les ont modifiés au cours des 15 dernières années. La poursuite des efforts pour l'adoption des limites de durée révèle ainsi un décalage important entre les dirigeants africains et leurs citoyens sur cette question, soulignant l'héritage persistant de la règle de grand-homme sur le continent et la fragilité des démocraties africaines.

Le rapport examine le phénomène d'extension de limite de durée dans la politique africaine:

À la fin du 20e siècle, de nombreux pays africains ont adopté des limites au nombre de mandats présidentiels comme partie (sic) d'un ensemble plus large de règles constitutionnelles qui ont accompagné la transition d'un régime personnel et autoritaire à des modes de gouvernance pluraliste. Alors que la limitation du nombre de mandats a largement obtenu l'adhésion du grand public africain, cette règle est, ces dernières années, de plus en plus critiquée par les chefs d'état en exercice qui cherchent à prolonger la durée de leur présidence. Rien qu'au cours des six premiers mois de 2015, les présidents du Burundi, du Bénin, de la République démocratique du Congo et du Rwanda ont, soit personnellement soit par l'intermédiaire de leurs partisans, exprimé l'intention de modifier ou de contourner les dispositions des constitutions afin d'obtenir des mandats supplémentaires.

Ces tentatives sont souvent présentées dans un langage qui dépeint le désir du leader de rester plus de temps en fonctions comme une réponse à la volonté populaire. Un exemple frappant est la tentative en 2014 de Blaise Compaoré de briguer un troisième mandat au Burkina Faso, qui a été arrêtée par les manifestations populaires qui ont forcé le président non seulement à faire marche arrière, mais à quitter le pays. Mais, d'autres dirigeants ont eu plus de succès dans leurs efforts pour éviter de renoncer au pouvoir.

David Shinn, ancien ambassadeur des États-Unis au Burkina Faso et en Éthiopie, soutient que les résultats en matière de limites du nombre de mandats dans la politique africaine est “mitigé”:

Au début de 2008, trente-trois des 48 pays de l'Afrique subsaharienne avaient des constitutions qui contenaient des dispositions limitant le nombre de mandats. Certains dirigeants africains ont volontairement remis le pouvoir en conformité avec ces obligations constitutionnelles. Parmi eux plus, récemment, on trouve les anciens dirigeants du Botswana, du Bénin, du Cap Vert, du Mali, du Mozambique, de São Tomé e Príncipe et de la Tanzanie. Nelson Mandela en Afrique du Sud a démissionné après un seul mandat. Jerry Rawlings du Ghana et Daniel arap Moi du Kenya ont respecté la limite constitutionnelle du nombre de mandats sous la contrainte.

Plusieurs dirigeants africains ont essayé, mais ont échoué à changer la limite constitutionnelle du nombre de mandats afin qu'ils puissent continuer à exercer le pouvoir. Frederick Chiluba de la Zambie, Bakili Muluzi du Malawi et Olusegun Obasanjo du Nigeria, ont finalement cédé aux dispositions du système politique et l'ont acceptée.

D'autres présidents africains ont réussi à changer la constitution afin qu'ils puissent avoir au moins un mandat supplémentaire. Les leaders actuels ou récents au Burkina Faso, au Tchad, au Gabon, en Guinée, en Namibie, au Togo, en Ouganda et en Algérie sont parmi ceux qui ont changé avec succès les limites constitutionnelles du nombre de mandats afin de prolonger la durée de leur maintien au pouvoir.

En 2008, le parlement du Cameroun a éliminé la limite à deux mandats (de sept ans chacun) pour le Président Paul Biya. J'étais en fonction à l'ambassade américaine à Yaoundé lorsque M. Biya est devenu pour la première fois président en 1982. Il pourra à nouveau se présenter en 2011, après 28 années en tant que président. Le président du Niger est entrain d'essayer de changer la Constitution afin qu'il puisse briguer un troisième mandat.

Au total, 18 pays africains ne disposent pas de limite du nombre de mandats présidentiels. Le Soudan présente un cas unique; bien que le Président Bashir ait été au pouvoir depuis 1989, sa réélection plus tôt cette année – quand il a obtenu 94 pour cent des suffrages – est techniquement, seulement son second mandat, après la sécession du Sud-Soudan en 2011, après un référendum national.

Lors de la réunion de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), le mois dernier à Accra, au Ghana, les dirigeants ouest-africains ont renoncé [fr] à l'idée d'instituer la limite à deux mandats présidentiels dans la région, après que la Gambie et le Togo, les seuls états membres sans la limitation des mandats, s'y soient opposés. Les utilisateurs d'Internet en Afrique de l'ouest étaient largement critiques envers ce renoncement.

Un conflit au Burundi se poursuit aujourd'hui, déclenché par la décision du Président Pierre Nkurunziza [fr] de se présenter pour un troisième mandat [fr]. Les émeutes se sont propagées [fr] dans tout le pays en signe de protestation. Le Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a même chargé le Président ougandais Museveni d'une médiation. Lors d'une réunion impromptue de la Communauté d'Afrique de l'Est [fr], l'ancien général de l'armée Godefroid Niyombare (qui avait été suspendu quelques mois plus tôt) a organisé un coup d'état dans une tentative d'évincer M. Nkurunziza.

Les événements au Burundi et dans d'autres pays tels que la République démocratique du Congo, le Burkina Faso et le Rwanda sont de plus en plus débattus parmi les africains sur la limitation du nombre de mandats.

Par exemple, en Ouganda, où les électeurs sont confrontés à la même situation d'un président qui est à la recherche d'un cinquième mandat, les internautes ont célébré le coup d'état au Burundi:

Les Ougandais célèbrent le coup d'état dans le minuscule Burundi, pendant que @KagutaMuseveni est sur le point de commencer son 7ème mandat.

Maintenant, je comprends ce que les Burundais voulaient dire quand ils criaient #Nkurunziza va en Ouganda, s'il voulait la présidence à vie

Beaucoup de blagues ont même été faites au sujet du coup d'état au Burundi. Allan Senyonga, un journaliste ougandais travaillant au Rwanda, a déclaré:

L'ancien Président du #Burundi: Pierre N-coup-runziza. (Le deuxième P est muet)

Nkurunziza: Dieu m'a dit de me présenter pour un “second mandat” – Dieu: N'utilise pas mon nom en vain si tu ne peux même pas compter correctement

Simon Kaheru a sondé les lecteurs sur les meilleurs hashtags créés pour se moquer de M. Nkurunziza:

Découragés comme nous pouvons l'être, je dois demander: quel hashtag les gens utilisent pour se moquer

C'est ainsi que le caricaturiste du Daily Monitor a créé ceci:

Alors que le monde attend de voir ce que va faire Kurunziza, résumons avec notre caricature hebdomadaire.

Le premier Président de l'Ouganda, le Dr Milton Obote, a été évincé d'une manière similaire à la tentative de coup du général Niyombare, alors qu'il prononçait un discours lors d'une réunion du Commonwealth à Singapour en 1971.

Milton Obote doit se marrer de Nkurunziza dans sa tombe pour ne jamais avoir appris de l'histoire de la CEA

Benjamin Rukwenge a exprimé sa méfiance vis-à-vis des présidents d'Afrique de l'est:

Si les informations en provenance du #Burundi sont vraies, j'espère que ces gars n'ont pas perdu de vue #Nkurunziza et l'ont emmené à Dar, sachant qu'il serait évincé.

Denis Juuko a condamné ceux qui célébraient le coup:

Si vous vous réjouissez du  #BurundiCoup, c'est que vous êtes des ennemis de la démocratie

Au Zimbabwe, où le président Robert Mugabe est au pouvoir depuis 1980, une personne nommée Hungwe a commenté un article paru dans le New Zimbabwe, en plaisantant:

Minimum 4 mandats bien sûr! Le premier pour se remplir les poches personnelles. Un autre pour la famille. Le troisième pour celles des parents et amis, et probablement un autre pour examiner les questions d'intérêt national pour rester au pouvoir.

Un autre zimbabwéen, “William Docteur,”  se demande:

Alors pourquoi la limite à 2 mandats a si bien réussi aux États-Unis? Et pourquoi l'Afrique enregistre un tel échec lamentable?

“Political Analyser,” (Analyste politique), apparemment basé en Zambie, se demande tout simplement:

N'acceptez jamais que ce dictateur revienne pour un troisième mandat

“Bants-a-nius Dante”, note:

Moments difficiles pour Mugabe,Hayatou [Hayatou est le président de la Confédératin africaine de football]

Un autre internaute a fait valoir que le problème est non seulement avec les présidents africains, mais aussi avec les candidats en plusieurs reprises de l'opposition aux élections présidentielles, comme c'est le cas en Zambie:

A quoi d'autre vous attendez-vous de HH [Haikainde Hichilema] 6 élections, Nawakwi 6, Nevers Mumba 2, s'il vous plaît laisser la place à d'autres; vous avez souffert le cauchemar électoral, c'est assez.

Cependant, commentant un article à propos du Président rwandais Paul Kagame, qui a dit qu'il était prêt à quitter le pouvoir, Abullah Omar a écrit:

Je ne comprends pas cette fixation de limite du nombre de mandats pour un élu. Si les gens optent pour la continuité pourquoi leur refuser leur choix.

Le Professeur Nshuti Manasseh a exprimé des points de vue similaires:

Mais les rwandais veulent qu'il reste pour assurer la stabilité et le développement d'un pays très fragile. Le Rwanda est à 21 ans du génocide. Donc, si les rwandais lui demandaient de les diriger pour plus de deux mandats, n'est-ce pas cela la démocratie?

“Eng.Murenzi Daniel” pense que le Rwanda et le Burundi présentaient des scénarios politiques très différents à propos de troisième mandat:

“Leader” et “dictateur” Kagame forcé par son peuple pour un 3e mandat (Leader) Nkuruzinza s'imposant à son peuple pour un 3e mandat. (Dictateur)

Raymond Maro, basé en Tanzanie, était plus optimiste:

La Tanzanie a été le premier pays de l'Afrique subsaharienne à mettre une limite au nombre de mandats présidentiels. En 2017 tous les états africains devraient adopter cette #DGTrends

Le blogueur kényan Ken Opalo pense les que présidents qui tentent d'étendre leurs mandats sont susceptibles d'y réussir:

Ce que nous montrent, donc, les données existantes, c'est qu'à condition d'essayer “ouvertement” de mettre au rebut les limites de mandats, les chefs d'Etat africains ont plus de chances de réussir que d'échouer (9 succès, 6 échecs). Cette observation ne nous dit rien, cependant, sur les présidents qui n'ont pas envisagé formellement d'extension des limites de leur mandat. Ainsi, les présidents du Kenya (Moi) et du Ghana (Rawlings) n'ont pas lancé de débat formel sur le sujet mais sont largement crédités par la rumeur d'avoir essayé de le faire. Aussi, on peut probablement dire que les présidents ayant le plus de chances de réussir s'auto-sélectionnent pour initier formellement un débat public sur le thème de l'extension des limites du nombre de mandats, et font ainsi pencher la balance. Et si vous ajoutez à cela les pays qui ont connu plus d'un épisode de présidents limités dans leur mandat qui quittent leurs fonctions, soudain les probabilités paraissent bonnes d'une consolidation de la norme des limitations de mandat en Afrique sub-saharienne.

Il conclut sur une note optimiste:

Je ne voudrais pas exclure, dans la prochaine décennie, l'adoption d'une résolution de l'Union africaine (semblable à celle contre les coups) qui sanctionne les chefs d'État qui violent les limites du nombre de mandats constitutionnels.

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