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Les Muppets iraniens sont de retour

Mr. Host with the puppets of Kolah Germezi. Screenshot from YouTube.

M. L'Hôte (“Aghaye Mojri”) avec les marionnettes de Kolah Germezi. Capture de YouTube.

Article et reportage audio d’Ashley Cleek [tous les liens sont en anglais] et Denise Hassanzade Ajiri pour The World, publié pour la première fois sur PRI.org le 29 juin 2015, et reproduit ici dans le cadre d'un partenariat.

Un rideau de velours rouge s'ouvre sur une petite scène. Il y a des cactus et des chapeaux de cowboys. L'une des marionnettes est habillée comme un shérif, et l'autre se prend pour John Wayne. C'est un western spaghetti joué par des marionnettes. C'est ça, Kolah Germezi.

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Kolah Germezi signifie « chapeau rouge » en référence au personnage principal, un malicieux petit garçon qui refuse d'étudier, adore le chocolat, et qui s'attire toujours toutes sortes d'ennuis avec ses amis. Un peu comme dans Sesame Street [série télévisée éducative américaine, adaptée en France sous les noms de 1, rue sésame, Sésame, ouvre toi et 5, rue Sésame], il y a « M. L'hôte » – ou Aghaye Mojri – l'adulte qui éduque mais, évidement, qui apprend aussi des marionnettes. Comme dans Le Muppet Show, l'émission Kolah Germezi est une suite de sketchs et de chansons, dont la ligne éditoriale est l'humour.

« Cette année, la télévision d'État iranienne a comptabilisé 35 millions de spectateurs pour notre émission », précise Hamid Modaressi, qui la produit avec 80 autres producteurs, écrivains, acteurs et marionnettistes, « mais je pense qu'il y en a eu encore plus ».

Les enfants ne sont pas les seuls à regarder cette émission. Tout le monde la regarde. Kolah Germezi est apparu pour la première fois en 1992.

Maryam Manzoori, 37 ans, journaliste à Voice of America à Washington DC, regarde Kolah Germezi depuis qu'elle a 15 ans. « Je suis une grand fan. Cette émission est tellement géniale, tellement géniale ! », s'exclame-t-elle. Elle explique que quand l'émission est apparue, dans les années 90, l'Iran était encore sous le choc émotionnel de la guerre Iran-Irak : les gens avaient besoin de rire. A l'époque, alors que la plupart des émissions diffusées à la télévision iranienne s'attachaient à enseigner la bonne morale, Kolah Germezi transgressait les règles. Les marionnettes plaisantaient, elles parlaient en argot, et toute la fratrie de Maryam Manzoori, allant de son grand frère à sa sœur la plus jeune, pouvaient s'identifier à l'un des personnages.

« Sérieusement, même moi, j'attends avec impatience la prochaine saison. C'est vraiment drôle à regarder », déclare Maryam Manzoori. « Si vous êtes un enfant, ça vous donne des leçons. Si vous êtes un adulte, ça vous apprend toujours des choses, en les tournant en dérision. »

L'émission a été arrêtée un temps après un changement dans le management de la chaine de télévision d'État. En 2009, Kolah Germezi a repris, plus populaire que jamais.

Le gouvernement iranien reconnait cette popularité.

« D'après le ministère de l'éducation, Kolah Germezi est l'un des programmes les plus éducatifs. Ils nous ont écrit un document de 30 pages pour expliquer pourquoi ces personnages sont si géniaux », rit Hamid Modaressi. « Les enfants adorent apprendre de ces personnages. Même en ce qui concerne la santé, le ministère de la Santé apprécie nos programmes. »

Par exemple, il y a un épisode où le mouton est tellement déchiré entre ses deux amours — un cœur de laitue et un radis — qu'il se met à chanter au radis la chanson “Lady in Red”.

Les adultes entendent une chanson sur l'amour et le désir, sujets qui ne sont pas souvent abordés à la télévision en Iran. Mais pour les enfants, la chanson parle seulement de légumes.

Comme Kolah Germezi est diffusé une chaine d'État, les réalisateurs de l'émission essaient de rester dans les règles définies par la République Islamique, et généralement, ils y parviennent.

« Il n'y a rien que vous puissiez ne pas aimer dans Kolah Germezi. Le succès phénoménal de cette émission tient au fait qu'elle n'est ni à droite, ni à gauche », ajoute Hamid Modaressi. « D'un côté, le chef du Parlement déclare que c'est son émission préférée, et de l'autre les artistes et intellectuels disent que Kolah Germezi est ce qu'il y a de mieux ».

Cet équilibre est fragile. Par exemple, en Iran, les instruments de musique ne peuvent pas être montrés à la télévision d'État. Ainsi, quand le mouton chante le thème musical de Titanic, c'est a capella, accompagné d'un chœur composé d'hommes et de femmes.

Mais tout le monde ne trouve pas Kolah Germezi si éducatif.

« Nous recevons beaucoup d'avertissements », explique Hamid Modaressi.

L'un des plus récents date du printemps, après que les marionnettes et acteurs aient chanté ensemble la chanson de Dean martin, « Sway ». Les officiels du gouvernement se sont plaints, déclarant que les paroles étaient trop scandaleuses.

Puis, il y a un mois, un membre de l'Association nationale des psychologues d'Iran a écrit une lettre, accusant les marionnettes de comportement immoral et demandant à ce que l'émission soit restreinte à un public adulte.

Mais pour les iraniens, les personnages de Kolah Germezi sont devenus des références culturelles. Ils sont littéralement des monuments de la culture iranienne : des statues en leur honneur ont été construites dans plusieurs villes.

Les marionnettes de Kolah Germezi continuent à conquérir les cœurs. Les fans sont beaucoup plus nombreux que les détracteurs. Alors, peut être que ces détracteurs, à l'image de l'un des personnages qui chante en faisant du moonwalk à travers la scène, pourraient « dégager » [« beat it » dans la version d'origine de l'article, en référence à Beat it, l'une des chansons de Michael Jackson, dont le titre signifie en français « Dégage »] — ou “baaah da,” en persan.

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