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Au Venezuela, le gouvernement bloque le référendum révocatoire, l'opposition crie à la dictature

"Danger: High Pressure." Photo by Flickr user Alejandro Forero Cuervo. Used under licence (CC BY 2.0)

“Danger Haute Tension” Photo sur Flickr d'Alejandro Forero Cuervo. Utilisée sous licence CC BY 2.0

Tout au long de 2016, le calendrier politique vénézuélien aura tourné autour d'un possible référendum révocatoire contre le président Nicolás Maduro. Une issue désormais verrouillée — définitivement selon toute apparence — par le gouvernement, qui a averti à maintes reprises qu'il ne le laisserait pas advenir.

La route du référendum révocatoire a été pavée d'obstacles. Le Conseil national Electoral vénézuélien (CNE) a multiplié les embûches de procédure, repoussé les délais légaux et créé des exigences qui ne figuraient pas à l'origine dans les textes. Malgré cela, les tenants de la révocation ont finalement réussi à ce que le Conseil national Electoral convoque la phase suivante de la procédure : la collecte des signatures de 20% des électeurs pendant la semaine du 24 octobre 2016.

Mais, coup de théâtre, la pétition a été suspendue le 20 octobre lorsque, suite aux décisions simultanées de six tribunaux, l'autorité électorale annonça sa décision de “se conformer par des mesures conservatoires” et d'ajourner le processus sine die.

La mesure controversée intervient alors que le CNE a décidé unilatéralement de suspendre jusqu'en 2017 les élections régionales — celles des gouverneurs fédérés — , qui en vertu des délais constitutionnels auraient dû intervenir cette année.

Pour le journaliste Alberto Rodríguez, inutile de tourner autour du pot :

Il faut dire les choses telles qu'elles sont, les appeler par leur nom.
Bien sûr qu'il y a une dictature au Venezuela.
Faut-il une preuve de plus ?

Dans un contexte de crise sociale, politique et économique, avec les taux de criminalité et d'inflation les plus élevés du monde (on prédit que l'inflation terminera l'année à 500 %), et sur fond de sévères et inextricables pénuries de nourriture et de médicaments, nombre de Vénézuéliens voyaient dans un référendum révocatoire le seul moyen pour le pays de recouvrer ses institutions à la dérive et de fonder un pacte de gouvernement.

Chef de l'opposition et gouverneur de l'Etat de Miranda, Henrique Capriles a qualifié de “coup d'Etat” la décision de mettre fin au référendum. Pendant ce temps, peu de temps avant d'annoncer la suspension de la procédure de destitution et juste avant de s'envoler pour une tournée en Iran, Azerbaïdjan, Arabie Saoudite et au Qatar, le Président Nicolás Maduro a exhorté dans un discours ses partisans à ne pas accepter “d'autres élections où l'oligarchie pourrait réussir un triomphe”.

Francisco Toro, rédacteur en chef du site web d'information Caracas Chronicles, a souligné dans une tribune pour le Washington Post l'effet de surprise pour la majeure partie du Venezuela :

Les Vénézuéliens ont beau être aguerris, ç'a été un vrai choc. une vaste opération de recueil de signatures pour activer officiellement le vote sur la révocation était prévue pour la semaine prochaine. Les militants d'opposition se préparaient activement à convaincre leurs électeurs de signer. Personne, pas même l'armée, ne paraît s'être attendu à ça.

Le président de l'Assemblée Nationale, Henry Ramos Allup, déclarait quant à lui par son compte Twitter :

Un gouvernement démocratique consulte le peuple. Une dictature fuit la consultation électorale. Ils tuent le RR (référendum révocatoire) parce qu'un gouvernement narco-corrompu c'est la dictature.

En réaction à la suspension, différentes parties du pays ont connu des manifestations tout le week-end, et l'Assemblée législative nationale, contrôlée par une coalition de partis d'opposition, s'est réunie en session extraordinaire dimanche dernier 23 octobre. Mais la séance du congrès a été interrompue par l'incursion dans l'hémicycle de groupes d”agitateurs pro-gouvernement.

Plusieurs partis de la coalition d'opposition ont demandé aux gens de s'unir en désobéissance civile. Dans le contexte du débat, les citoyens ont appelé les responsables politiques à se centrer sur les questions d'intérêt national :

Le problème n'est ni “la faim”, ni “le peuple”, ni “la majorité” ; c'est l'Etat de droit qui n'existe pas. Veuillez vous concentrer, MM. et MMes les députés.

Pendant la séance, l'Assemblée Nationale a décidé de procéder à la nomination immédiate des nouveaux conseillers du CNE et magistrats du Tribunal Suprême — premières étapes dans le processus de la possible mise en accusation de Nicolás Maduro. Mais il ne faut pas oublier que le Tribunal Suprême avait auparavant déclaré par avance nulles et non avenues toutes les dispositions prises par l'Assemblée Nationale.

L'accord approuvé par l'Assemblée Nationale comporte une série de points visant à restaurer l'ordre institutionnel du pays :

Tweet: Qu'établit l'accord que vient d'approuver l'Assemblée Nationale ?

Image: Accord pour la restitution de l'ordre constitutionnel

  1. Déclare la rupture de l'ordre constitutionnel et le coup d'Etat par le gouvernement Maduro.
  2. Demande l'activation des mécanismes internationaux.
  3. Officialise une plainte devant la Cour Pénale Internationale contre les fonctionnaires responsables de la suspension du référendum révocatoire.
  4. Procède immédiatement à la désignation des conseillers titulaires et suppléants du CNE.
  5. Procède immédiatement à la désignation des magistrats du Tribunal Suprême pour garantir l'indépendance des pouvoirs.
  6. Commence la procédure d'examen de la situation de Maduro à la Présidence.
  7. Forme une commission parlementaire spéciale pour le suivi du présent accord.
  8. Exige de la Force Armée qu'elle n'obéisse ni n'exécute aucun ordre à l'encontre du peuple vénézuélien.
  9. Appelle le peuple vénézuélien à défendre activement, constamment et courageusement la Constitution.

Ces dispositions n'ont pas satisfait certains citoyens qui trouvent insuffisante la riposte de l'Assemblée Nationale :

On a vendu aux gens qu'aujourd'hui serait la mère de toutes les batailles contre le régime à l'AN. elle méritait de se déclarer en session permanente

En réaction à la session extraordinaire de l'Assemblée, le député et homme fort du pouvoir Diosdado Cabello a écrit :

Le show de l'AN a pris fin : Maduro continue à être président, le pouvoir législatif touche le fond, le peuple chaviste a le moral et est combatif

L'autorité de l'Assemblée Nationale, dominée par la coalition d'opposition depuis les élections de 2015, est ignorée par le parti au pouvoir, qui contrôle les quatre pouvoirs publics restants et a même décidé d'approuver le budget national 2017 la semaine dernière sans l'autorisation de l'organe législatif.

L'avenir politique immédiat du Venezuela semble devenu une partie d'échecs où il reste très peu de possibilités de mouvements.

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