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Joue-la comme Poonam : des adolescentes indiennes défient le patriarcat sur un terrain de football

Photographie : Pixabay

Cet article a initialement été publié sur Video Volunteers, une organisation internationale primée, centrée sur les médias communautaires et basée en Inde. Une version éditée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un accord de partage de contenu.

Poonam est une adolescente de Varanasi, une grande ville de l'état de l'Uttar Pradesh, dans le nord de l'Inde. Elle croyait fermement que les filles devraient rester chez elles et se marier un jour. « Aujourd'hui, je pense que les filles devraient avoir une liberté complète », affirme-t-elle. Qu'est-ce qui a changé pour Poonam ? En un mot : le sport. Elle a appris à jouer au football avec un groupe de filles de sa communauté.

Rekha Chauhan est la directrice du projet Mahila Swarojgar Samiti (MSS), une organisation qui aide les adolescentes de Varanasi à asseoir leur identité et leur sexualité et à gagner en confiance à travers le football. Elle explique :

When these girls play, they play very freely: they don’t care if anyone is staring at them, their breasts. It’s an expression of complete freedom as if they are flying in the playground!

Quand ces jeunes filles jouent, elles jouent librement : elles ne font pas attention à quiconque pourrait les regarder, à leur poitrine. C'est une expression de complète liberté, comme si elles avaient des ailes sur le terrain de sport !

La discrimination sexuelle systématique implique que les adolescentes font face à de multiples défis. Les jeunes filles sont bien plus nombreuses que les garçons à abandonner leurs études secondaires. Les grossesses et mariages précoces posent de sérieux risques, et elles sont également plus nombreuses à souffrir de malnutrition et d'insuffisance pondérale que les garçons. Plus de la moitié des indiennes entre quinze et dix-neuf ans sont anémiques.

En plus de ces obstacles, les restrictions sociales limitent la mobilité et la liberté des femmes.

Faire du sport est souvent considéré comme une activité masculine, et les femmes qui remettent cette situation en question font souvent face à la pression sociale. Même lorsque leurs familles les soutiennent, les jeunes filles sont souvent négligées par les institutions et doivent abandonner leurs rêves de devenir des athlètes professionnelles. Pourtant, des succès hors du commun, comme celui de la jeune Cachemirie Tajamul Islam, médaillée d'or du kickboxing à huit ans (et dont Global Voices a déjà rapporté les exploits sportifs), peuvent être d'une grande inspiration pour les filles.

Le programme de MSS veut faciliter des succès de ce genre en créant un espace où les jeunes filles peuvent faire du sport et encourager d'autres à faire de même.

MSS a ainsi créé vingt-cinq groupes féminins qui se réunissent régulièrement pour parler de genre, patriarcat, sexualité et santé reproductive et, bien entendu, pour jouer au football. Chaque groupe compte vingt adolescentes issues de familles économiquement marginalisées de Varanasi.

Neha travaille pour MSS et supervise ce programme. Elle explique comment elle a vu de ses propres yeux le football aider les jeunes filles à prendre confiance en elles.

It energises their whole body and boosts health and also plays a crucial role in shaping their sexuality.

Ca donne de l'énergie à tout leur corps, stimule leur santé et joue aussi un rôle crucial dans le développement de leur sexualité.

Au début, les parents et les jeunes filles elles-mêmes ont questionné la décision d'apprendre le football. Rekha Bharati est l'une de ces adolescentes :

I had never even seen a football before in my life! I want to change my parent’s perspective so that they stop differentiating between sons and daughters.

Je n'avais jamais vu de ballon de football de ma vie ! Je veux changer l'opinion de mes parents pour qu'ils cessent de faire une différence entre les fils et les filles.

Les trois-quarts des adolescentes de ces groupes vont à l'école. Cinq sont déjà mariées. Elles viennent toutes de communautés Dalit [“intouchables”] ou musulmanes. Certaines expliquent que depuis qu'elles ont rejoint le programme, elles ont pu prendre des mesures concrètes pour changer l'attitude de leurs familles. Plusieurs ont réussi à ne pas se faire marier encore adolescentes : un exploit remarquable dans les communautées pauvres, bien que les mariages de mineurs soient techniquement illégaux en Inde.

Rekha explique comment une activité qui peut sembler aussi anodine que le football peut générer de profonds changements sociaux : « Le football demeure un domaine masculin incontesté. Quand [elles] réussissent dans un domaine soi-disant masculin, leur confiance en elles augmente. Elles voient qu'elles sont capables d'accomplir ce qui était pour elles un tabou, et cela leur donne envie de faire tomber d'autres barrières. »

Effectivement, des études dans le monde entier ont confirmé que le fait de participer à un sport d'équipe est une façon efficace d'augmenter l'estime de soi des adolescentes, en particulier de celles issues de milieux défavorisés. Des groupes comme MSS espèrent pouvoir ouvrir la voie à ces communautés dans tout le pays.

La vidéo de cet article a été produite par Video Volunteers avec le soutien de Vikalp Sangam. Video Volunteers tient à remercier tout particulièrement leur membre Shabanam Begum du village de Cholapur dans le district de Varanasi. Shabanam participe à et donne diverses formations à Sahbhagai Shikshan Kendra. Cet article a été écrit par Madhura Chakraborty.

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