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Des opposants burundais disent que seule la campagne pour le « oui » est permise pour le référendum qui prolongerait le pouvoir du président

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Le président sud-africain Jacob Zuma (gauche) aux côtés du président Nkurunziza (droite) en visite au Burundi, le 25 février 2016. Photo par GovernmentZA. sur Flickr CC BY-ND 2.0

En 2015, le président burundais Pierre Nkurunziza a obtenu un troisième mandat, en dépit du fait que la constitution était largement interprétée comme imposant une limite de deux mandats. Sa victoire controversée a déclenché des manifestations, un coup d’État raté, et des attaques rebelles sporadiques, qui ont poussé des centaines de milliers de personnes à fuir, tout comme de nombreux opposants politiques, militants de la société civile, et journalistes.

Le gouvernement est maintenant en train de préparer un référendum, prévu pour mai, sur des changements constitutionnels qui pourraient permettre au président Nkurunziza de rester au pouvoir jusqu’en 2034. Les prochaines élections sont prévues pour 2020.

Les amendements cherchent à autoriser au président actuel deux mandats supplémentaires, à prolonger la durée des mandats présidentiels de 5 à 7 ans, et à réduire la majorité parlementaire requise pour adopter ces lois. Une possible interdiction des coalitions d’indépendants serait une disposition d'importance, vu qu’en 2015 la coalition d’indépendants Amizero y’Abarundi était l’opposition principale au parlement.

Les opposants voient dans ces changements proposés et les élections de 2020 la consolidation du contrôle des « durs » du parti au pouvoir, y compris Nkurunziza, sur les institutions étatiques. Dans une lettre, plusieurs partis politiques ont demandé une action internationale, et la coalition d’opposition CNARED a appelé au boycott et au retrait du projet.

Pourtant, les officiels ont rejeté ces critiques comme des manipulations, en arguant qu’il s’agit d’un exercice démocratique pour mettre à jour la constitution.

En outre, les opposants ont dénoncé l’intimidation et des arrestations visant à étouffer les tentatives de faire campagne pour le  « non » au référendum.

En 2014, des changements similaires ont été proposés pour la constitution de 2005, qui ont échoué de justesse à être adoptés au parlement. Après quoi, les ministres ont déclaré que le premier mandat de Nkurunziza, de 2005 à 2010, n’avait pas fait partie de cette limite constitutionnelle parce qu’il a été élu indirectement par les députés au lieu de l'être par le vote populaire, et que le mandat de 2015 à 2020 serait son dernier.

La Cour Constitutionnelle, sous des pressions intenses selon des témoins – le vice-président de la cour, Sylvère Nimpagaritse, avait fui le pays – a validé cette position en mai 2015, à l’approche des élections que Nkurunziza a ensuite gagnées avec près de 70% des voix.

Le référendum a été annoncé en octobre dernier, et les ministres disent que les amendements proposés sont les recommandations des citoyens eux-mêmes, les produits du « dialogue national » mené par le gouvernement. Pourtant, l’International Crisis Group, basé en Belgique, avait décrit ce dialogue comme un « simulacre de débat » qui s’est fait l’écho des arguments officiels, vu le « climat de peur » entourant la discussion politique, comme l’a dit Human Rights Watch.

Comme beaucoup d’opposants, le porte-parole du CNARED, Pancrace Cimpaye, a eu des mots durs. Il a affirmé que les changements nuiraient à la constitution et à l’Accord d’Arusha, un document clé dans les efforts pour mettre fin à la guerre civile (1993- 2005), mais qui est regardé avec scepticisme par les dirigeants du parti au pouvoir :

Entre-temps, des questions fondamentales, y compris sur la transparence gouvernementale et l’inclusion économique, ont toujours besoin de solutions.

Une campagne limitée

Le contexte actuel pourrait poser des défis pour la légitimité populaire du référendum, avec les divisions diplomatiques, le dialogue infructueux, et le fait que 400.000 Burundais se trouvent dans des camps de réfugiés. Le gouvernement, cependant, rejette les chiffres avancés par l’agence humanitaire de l’ONU, en l’accusant de manipulation.

De plus, de nombreux rapports ont documenté des assassinats, de la torture, et des attaques rebelles, ainsi que la répression systématique de l’opposition et des médias.

En décembre 2017, le président Nkurunziza a averti que faire campagne ou agir contre le référendum avant la période désignée par le gouvernement franchirait une « ligne rouge », et le vice-président Gaston Sindimwo  a dit que cela sèmerait le « désordre ». La campagne actuelle du gouvernement, pourtant, aurait pour seul but d'« expliquer » les changements.

La période désignée pour faire campagne pour ou contre sera les 14 jours précédant le référendum, et toute campagne antérieure est illégale, selon Prosper Ntahorwamiye, le porte-parole de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). Pourtant, il a aussi expliqué que la CENI est incapable d’interdire aux membres du gouvernement de faire campagne pour le « oui », sans campagne d'opposition.

Et des voix officielles ont déjà soutenu le « oui », y compris Thérence Ntahiraja du Ministre de l'Intérieur et l'Ombudsman Édouard Nduwimana. SOS Médias Burundi, un collectif de journalistes, a rapporté que le gouverneur provincial Gad Niyukuri  avait mis en garde les « détracteurs » et les campagnes pour le « non », en menaçant d'arrestations.

Agathon Rwasa, Vice-Président de l’Assemblée Nationale et figure de l’opposition, a dénoncé le harcèlement intensifié des opposants politiques. Nombre de ses sympathisants ont été arrêtés, accusés de vouloir faire campagne pour le « non ». Dans une lettre, il a dénoncé les étiquettes, comme “anti-souveraineté”, qui sont collées à ceux qui s’opposent aux amendements proposés.

Le 5 janvier, un groupe d’organisations de la société civile – toutes radiées, suspendues, ou non-agréées par le gouvernement, y compris Aprodh, Ligue Iteka, et Focode – a lancé une contre-campagne depuis l’exil nommée « Teshwa ute », traduit par le journal Iwacu comme « arrêtez, n’osez pas ». Le Ministère de l’Intérieur l’a rejetée, la qualifiant de désinformation qui s’inspire d'informations mensongères.

Crowdfunding ou contributions forcées ?

Une autre controverse a entouré l’ordonnance de décembre 2017, qui a annoncé des contributions de la part des citoyens pour le financement des élections – ou « crowdfunding » comme l’a appelé le blogueur de Yaga Alain Amrah Horutanga. Les ministres ont dit qu’elles seraient volontaires, mais les chiffres ont été fixés selon des catégories d’emploi, et les fonctionnaires ont été appelés à écrire une lettre explicative s’ils ne veulent pas contribuer.

L’opposant Léonce Ngendakumana a dit qu’elle avait un « caractère obligatoire », et il y a eu des signalements de contributions « forcées ». Plusieurs syndicats ont signé une lettre pour protester contre les plans du gouvernement de prélever les « contributions » directement sur les salaires.

En 2015, les donateurs étrangers se sont retirés des élections controversées, et depuis le président a dit que l’autofinancement des élections est un signe de indépendance du pays. Pourtant, cette mesure arrive dans un contexte où l’insécurité et les sanctions ont atteint la vie quotidienne, avec l’inflation forte, des pénuries de carburant, et les budgets nationaux d’austérité.

Exercice démocratique de souveraineté ou consolidation d’un pouvoir autoritaire, les amendements constitutionnels proposés et le processus du référendum risquent, dans le contexte actuel, de renforcer les divisions qui sous-tendent l’insécurité continue.

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