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Le lynchage d’un Adivasi dans l’État indien du Kerala expose les préjugés contre les minorités

Madhu Chindakki, 30 ans, a été tué par une populace dans l’État du Kerala. Capture d’écran d’une vidéo mise sur YouTube par Crazywoods

Le lynchage brutal d’un homme Adivasi (autochtone de l'Inde) dans l’État indien du Kerala, le 22 février 2018, a choqué la région et tout le pays.

Madhu Chindakki, 30 ans, a été roué de coups pendant plus de quatre heures par une bande d’au moins 15 assaillants, à la suite d’une accusation de vol. Des policiers l’ont emmené dans un hôpital local, où il a succombé à ses blessures.

Sa mort s’ajoute à une série d’attaques violentes par des bandes au Kerala ces dernières années, qui prennent pour cible généralement les femmes et les groupes minoritaires dépourvus de poids politique, comme les personnes transgenres, les communautés indigènes Adivasis (ou Aborigènes de l'Inde), les hors-castes ou Dalits (“opprimés”), les travailleurs migrants, et les musulmans. Les auteurs de ces crimes prennent souvent des photos et enregistrent les lynchages, et puis diffusent ce contenu sur les médias sociaux.

La police du Kerala aurait arrêté plus de dix personnes en relation avec le meurtre :

Dix personnes, y compris l’homme qui a pris un selfie avant le lynchage d’un homme tribal, arrêtées au Kerala

Certains ont accusé les grands médias d’avoir ignoré l’affaire avant que les protestations se multiplient sur les réseaux sociaux.

Tweet: quelques questions…

Image: Bonjour, vous connaissez mon nom ?
Avez-vous entendu parler de ma mort ?
Est-ce que cela a ébranlé votre foi dans l’humanité ?

« Une violence systématique perpétrée contre diverses communautés marginalisées »

Magare Bhupali, une représentante élue de la Commission pour la sensibilisation au genre contre le harcèlement sexuel, de l’Université Jawaharlal Nehru à Delhi, a écrit sur Facebook au sujet de la mort de Chindakki et a contextualisé cette tragédie :

Sharing message received from Sunija (Student from TISS)..
Madhu Chindakki, 27-year-old Adivasi youth, was brutally murdered by a violent mob for alleged theft on Thursday, 22-02-2018 in Agaly, Attappadi, Kerala. The perpetrators clicked selfies with the victim before beating him to death. These photos are being circulated in social media as well. […]
Madhu's murder is not a singular incident, it is part of systemic violence perpetrated against various marginalised communities in the “progressive” Kerala.

Je partage un message reçu de Sunija (étudiant à TISS).. Madhu Chindakki, un jeune Adivasi de 27 ans, a été brutalement mis à mort par un groupe violent, à cause d’un vol présumé, jeudi 22-02-2018 à Agaly, Attappadi, Kerala. Les auteurs se sont pris en photos avec la victime avant de la frapper à mort. Ces photos sont aussi en train d’être diffusées sur les réseaux sociaux […]
Le meurtre de Madhu n’est pas un incident isolé, il fait partie de la violence systématique perpétrée contre plusieurs communautés marginalisées dans le Kerala « progressiste »

Les communautés indigènes du Kerala, connus sous le nom de « Adivasis», luttent pour leurs droits territoriaux depuis des décennies. TA Ameerudheen a récemment résumé cette histoire pour le site d’information et d’analyse indépendant scroll.in :

[Adivasis] traditionally occupied and cultivated large tracts of forestland in Wayanad, Palakkad, Idukki, Pathanamthitta, Kollam and Thiruvananthapuram districts. But in the 1970s, they started losing these lands to non-Adivasis. The majority of Adivasis were soon rendered landless. Losing their lands also drove them to starvation.

In 1975, the state government passed a law promising to give them back their lands. But in the following years, both the Communist Party of India (Marxist)-led Left Democratic Front and the Congress-led United Democratic Front regimes failed to implement this law.

[Les Adivasis] occupaient et cultivaient traditionnellement de grandes étendues de terrains forestiers dans les districts de Wayanad, Palakkad, Idukki, Pathanamthitta, Kollam et Thiruvananthapuram. Mais dans les années 1970, ils ont commencé à perdre ces terres au profit des non-Adivasis. La majorité des Adivasis sont rapidement devenus sans terre. La perte de leurs terres les a aussi menés à la famine.

En 1975, le gouvernement de l’État a adopté une loi promettant de leur restituer leurs terres. Mais dans les années suivantes, les gouvernements du Front démocratique de gauche, dirigé par le Parti Communiste de l’Inde (Marxiste), et du Front démocratique uni n’ont pas mis en œuvre cette loi.

En 2003, cinq personnes ont été tuées, y compris un policier, quand les policiers ont tiré sur une manifestation d’Adivasis dans le village de Muthanga, qui voulait attirer l’attention sur les retards dans la distribution de terres par le gouvernement local.

Praveena Kanngagattu, étudiante en doctorat à l’Université de Hyderabad, a affirmé que certains voulaient trouver des excuses pour le meurtre de Chindakki, plutôt que de prendre en compte cette histoire tragique :

വിശപ്പ്, കറുപ്പ് എന്നൊക്കെ പറഞ്ഞ് കാൽപനിക വിരിപ്പുമായി വരുന്ന “മനുഷ്യരെ”; …..ആദിവാസി ആയതുകൊണ്ട് മാത്രമാണ് മധു കൊല്ലപ്പെട്ടത്.

Quant à ceux qui essaient de trouver des raisons romancées pour le meurtre, c’est seulement parce qu’il était un Adivasi qu'il a été tué.

Binesh Balan, un étudiant en master d'anthropologie à l’Université de Sussex, au Royaume-Uni, est membre de la communauté Adivasi. Il a fait remarquer que ce sont ceux-là mêmes qui se disent « civilisés » ou « citadins », tout en dénigrant les communautés indigènes, qui ont volé sa vie à Chindakki :

ഞങ്ങളെയെല്ലാം അതിജീവിക്കാൻ പഠിപ്പിച്ചത് കാടിന്റെ നിയമമാണ്.. നാട് ചതിച്ചാലും കാട് ചതിക്കില്ല.. കാരണം അടിച്ചമർത്തുക എന്നത് നാടിന്റെ നിയമമാണല്ലോ.. അതുകൊണ്ട്‌, “കാടത്തം” എന്ന വാക്ക്‌ ഞാൻ “നാടത്തം” എന്നു തിരിച്ചു പറയാൻ അഗ്രഹിക്കുന്നു..

La forêt nous a appris à survivre. Même si la civilisation échoue, les forêts ne nous ont jamais lâchés. Parce que l'oppression est un outil uniquement des sociétés urbaines. Donc, je vous qualifie de « citadins » chaque fois que vous vous moquez de nous comme des « membres tribaux » ou des « sauvages ».

Asha Rani, étudiante en doctorat à l'École des Relations Internationales de l’Université du Mahatma Gandhi, a affirmé que l’indignation exprimée par certains après le meurtre a été hypocrite, parce qu’ils ont eux-mêmes commis de méfaits à l’encontre des Adivasis :

ആദിവാസിക്ക് വേണ്ടത് ‘കഞ്ഞി വീത്തലും’ സൗജന്യ ഭക്ഷണവും അല്ല പട്ടിണിമാറ്റാൻ.. സ്വന്തം ഭൂമിയിൽ നിന്നും വനത്തിൽ നിന്നും കുടിയിറക്കപ്പെട്ട ജനതക്ക് വേണ്ടത് അവരുടെ അവകാശങ്ങളാണ് , അവരിൽ നിന്ന് കെെയ്യേറ്റക്കാർ മോഷ്ടിച്ച് കൊണ്ട് പോയ മുതലുകളാണ്… വിശപ്പു ഗാഥകളുടെ ഉടമകൾ മനപൂർവ്വം മറന്ന് പോകുന്നത് ഈ ചൂഷണത്തെപറ്റി പറയാനാണ്…
സൗജന്യ റേഷനും പഴന്തുണിയും കാത്തൊരു ജനതയെ മതിലുകൾ കെട്ടിത്തിരിച്ചിരിച്ചു സൂക്ഷിച്ച് വയ്ക്കേണ്ടത് ആരുടെ താത്പര്യമാണ്…

Les Adivasis n’ont pas besoin de charité ou de nourriture gratuite. Ils ont besoin de la propriété et des droits territoriaux. Ceux qui crient à l’injustice maintenant sont ceux-là mêmes qui leur ont arraché leurs terres. Ils oublient commodément ceci. Placer les communautés d'Adivasis dans des programmes contre la pauvreté et les séparer de leurs terres sert à protéger des intérêts autres que les leurs.

Swathi Manalodiparambil, de Waynad au Kerala, décrit l’existence de préjugés systémiques et structurels, de racisme et de castisme :

A casteist mob murdered an Adivasi youth accusing of theft. It's a normalised death for few of the mainstream Malayalam media. […] We have teachers accusing the Adivasi kids that they are coming to school for having free midday meal. A number of us serve them food in portico or the place reserved to them on backyard thinking that there some kind of dirt in them which can't be cleaned up. It's time to address the what make us think in this way is Caste. […] It's important to be open about the subtle violence we perpetuate on them every day, let's reflect on ourselves.

Une populace castiste a assassiné un jeune Adivasi en l’accusant de vol. C’est une mort normale pour certains des grands médias malayams […] Nous avons des professeurs qui accusent les gamins Adivasis de venir à l’école pour un repas gratuit à midi. Certains d’entre nous leur servent de la nourriture dans la terrasse couverte ou l’espace qui leur est réservé dans la cour, en pensant qu’il y a une sorte de saleté en eux qui ne peut pas être nettoyée. Il est temps d’admettre que ce qui nous fait penser de cette façon est la caste. […] Il est important d'ouvrir les yeux sur la violence subtile que nous perpétuons sur eux tous les jours, réfléchissons sur nous-mêmes.

Les morts telles que celle de Chindakki sont généralement suivies d’une indignation, qui disparait rapidement des fils d’actualités des médias sociaux. Le combat ne peut pas être soutenu uniquement par les quelques groupes et militants qui travaillent régulièrement sur ces questions. Pour que justice soit faite, il est important que beaucoup plus de gens s’expriment et continuent à le faire.

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