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Un espace culturel palestinien à Haïfa se réapproprie l'authenticité artistique

Scènes de Manjim. Toutes les photos sont reproduites avec l'autorisation de Rana Asali.

L’article ci-après a été originellement publié par Mangal Media. Il a été republié le 5 février 2018 sur Global Voices en anglais, avec autorisation.

Artistes émergents, programmateurs, savants fous et tous les amateurs d'échanges d'idées : il y a un nouveau super lieu dans la ville de Haïfa, un lieu qui se veut un refuge pour l'expérimentation et l'art alternatif.

Manjm (منجم), qu'on peut traduire par “mine” ou “veine”, est un laboratoire artistique qui s'efforce de défier toutes les attentes. Situé à côté de la gare ferroviaire de Haïfa (autrefois maillon du chemin de fer du Hedjaz), de la mosquée Al Istiqlal, du monument du Roi Fayçal, du Marché aux puces de Haïfa et du quartier du Wadi Salib, Manjm est la création de Rabia Salfiti et Tamer Kais, qui ont conçu l'espace comme une “zone autonome provisoire”, un clin d’œil au poète et anarchiste Hakim Bey.

Scènes de Manjim. Toutes les photos sont reproduites avec l'autorisation de Rana Asali.

Manjm est une corbeille d'idées profonde et accueillante. Les programmes de cet espace créatif comprennent une galerie d'art et un laboratoire, espace d'exploration du vaste monde de l'art et de la culture à travers le prisme d'activités diverses : sessions de narration, ateliers, débats, conférences et expériences interactives. D'autres programmes proposent des dîners secrets et des projections de films organisés par des programmateurs qui alternent chaque mois. A la fin de chaque projection se déroulent un débat et une performance artistique. Pour assister l'énergique quatuor fondateur, un flot d'amis se font bénévoles pour faire avancer les choses.

“En pénétrant dans l'espace on a une impression d'inachevé, et c'est exactement ce qu'on veut que ça soit, on entre dans une exposition inachevée, un espace où on peut facilement expérimenter. C'est ainsi que se construit une communauté”, dit Rabia Salfiti, un des fondateurs et artiste conceptuel d'avant-garde. “Un espace inachevé invite à contribuer, à être à l'aise et se sentir part intégrante du lieu.”

Scènes de Manjim. Toutes les photos sont reproduites avec l'autorisation de Rana Asali.

Créer une impulsion collective est vital pour Manjm. L'espace est financé par un mélange de subventions et de contributions de ses fondateurs, et dépend de la participation de la communauté pour partager la charge de travail.

Le plancher — posé par les fondateurs et leurs amis et non par des gens du métier — témoigne de la détermination du collectif à créer un espace reflétant leurs conceptions et leur volonté collaborative.

“Art et culture authentiques et impénitents”

Haïfa, la ville de 300.000 habitants qui abrite Manjm, fait partie de l'Israël moderne solidement incrusté à l'intérieur des frontières de la Palestine historique. La cité a récemment connu un essor de l'art et de la culture palestiniens, avec la récupération de leur culture, identité et espace par ses habitants palestiniens.

Caractéristique des États colonisateurs, Israël s'approprie l'art et la culture palestiniennes pour les resservir aux Palestiniens, dépouillés de tout signe d'identité et d'appartenance. C'est là qu'intervient Manjm pour fournir ses art et culture indépendants, impénitents et  authentiques.

Scènes de Manjim. Toutes les photos sont reproduites avec l'autorisation de Rana Asali.

Il y a d'autres institutions de Haïfa qui font cause commune avec Manjm : Kabareet, un bar et boîte de nuit créé par le groupe underground Jazar Crew ; le théâtre Khashabi, un collectif théâtral palestinien indépendant ; le Scene Music Bar ; le Festival du film indépendant de Haïfa ; et quantité d'autres ateliers et fanzines indépendants et d'avant-garde. Ces institutions coopèrent toutes pour décoloniser les esprits et les cœurs des habitants de Haïfa.

C'est un processus organique et naturel, le produit d'une harmonie naturelle, et la continuation de la Haïfa des années trente et quarante, quand les cafés et clubs pan-arabes prospéraient dans toute la ville. C'est le colonialisme de peuplement israélien — la Nakba — qui y a coupé court en 1948.

Scènes de Manjim. Toutes les photos sont reproduites avec l'autorisation de Rana Asali.

Manjm invite tous les “enfants sauvages” du monde entier à participer. Selon les mots du poète anarchiste américain Hakim Bey :

“Wild children are the only ones who actually wish to share the mischievous destiny of those savage runaways or minor guerrillas rather than dictate it, the only ones who can understand that cherishing & unleashing are the same act–these are mostly artists, anarchists, perverts, heretics, a band apart (as much from each other as from the world) or able to meet only as wild children might, locking gazes across a dinner table while adults gibber from behind their masks”

[NdT: Traduction française par SpartaKus FreeMann, 2009] les enfants sauvages sont “Les seuls qui désirent effectivement partager la destinée nuisible de ces fugitifs sauvages ou guérilleros, plutôt que de les diriger ; les seuls qui peuvent comprendre ce chérissement & ce débridement sont toujours les mêmes – ceux-là sont des artistes, des anarchistes, des pervers, des hérétiques, une bande à part qui se rencontre & se rassemble comme des Enfants Sauvages le feraient, des regards fixes autour d’une table alors que les adultes baragouinent derrière leurs masques.”

En deux mois d'existence [NdT : l'article d'origine de Manjm est paru en janvier 2018], le lieu a réussi à accueillir deux expositions d'art (chacune pour une durée d'un mois), un marché d'alimentation palestinienne (appelé le Projet Kayan), deux soirées-cinéma (Cinema Al Bahja), et cinq ateliers et événements artistiques expérimentaux. Une inauguration officielle est prévue le 27 février 2018.

A ce rythme, l'été s'annonce superbe et animé à Haïfa.

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