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La controversée fécondation in vitro peut-elle sauver le rhinocéros blanc du Nord ?

“Sudan,” le dernier représentant mâle des rhinocéros blancs du Nord. Image postée par Make It Kenya sur Flickr et partagée via Public Domain.

[Article d'origine publié le 30 août 2018] Le 19 mars 2018, les défenseurs de la nature ont pleuré la mort d'un rhinocéros blanc du Nord de 45 ans nommé Sudan, l'un des trois derniers représentants et le dernier mâle de cette sous-espèce. Les gardiens du centre kényan de préservation Ol Pejeta Conservancy où vivait Sudan, ont euthanasié l'animal pour mettre fin aux souffrances qu'il endurait du fait de son âge avancé. 

Depuis la disparition de Sudan, seuls deux autres rhinocéros blancs du Nord subsistent dans le monde – toutes deux des femelles et des descendantes de Sudan : sa fille Najin et sa petite-fille Fatu. Les scientifiques espèrent désormais perpétuer l'espèce à travers le processus très controversé de fécondation in vitro (FIV).

Les chercheurs ont déjà réussi à produire des embryons hybrides en fécondant des ovules appartenant à des femelles d'une sous-espèce voisine, le rhinocéros blanc du Sud, avec du sperme congelé de différents mâles rhinocéros blancs du Nord. Pour la première fois, les embryons résultant de cette expérience se sont développés en laboratoire jusqu'au stade de blastocyste. Cette avancée a redonné aux scientifiques l'espoir de pouvoir empêcher l'extinction de l'espèce.

Désormais, Najin et Fatu sont sous surveillance rapprochée afin de les protéger des braconniers, car les scientifiques ont l'intention de collecter leurs ovules pour créer des embryons viables à l'aide du sperme congelé de Sudan. Ils souhaitent ensuite les implanter dans des femelles rhinocéros blanc du Sud afin de créer les premiers jeunes rhinocéros 100% fécondés in vitro.

Cependant, à l'heure qu'il est, le projet reste hypothétique : les scientifiques n'ont pas encore obtenu la permission d'extraire des ovules pour mener à bien l'expérience ; ils espèrent que le gouvernement la leur accordera d'ici fin 2018.

La FIV est un processus complexe et invasif qui a déjà soulevé bon nombre de débats. D'abord, parce qu'il s'agit d'une technologie chère dont les experts estiment le coût à près de 9 millions de dollars. Certains questionnent l'intérêt de verser de telles ressources financières pour secourir une espèce déjà au bord de l'extinction, plutôt que d'utiliser ces fonds pour protéger d'autres populations de rhinocéros encore vigoureuses :

Aussi choqués que nous soyons par la perte du dernier rhinocéros blanc mâle Sudan, je trouve qu'il est (quel est le mot ?) de vouloir dépenser 9 millions de dollars dans une FIV pour faire renaître un troupeau (que les braconniers trouveront le moyen de tuer).
Pourrions-nous juste laisser tomber et passer à autre chose ?

Le groupe militant Save the Rhino a écrit à propos de ce traitement controversé :

A practical concern for any future Northern white rhinos successfully bred through IVF is the question of where they would live. Much of the sub-species’ former range has lost rhinos in its entirety, with limited conservation programmes or expertise for managing a rhino population, and large-scale habitat loss. In any case, for rhino population to be genetically viable, a minimum of 20, unrelated ‘founder individuals’ are needed. Otherwise, a population becomes inbred and prone to genetic abnormalities – and fertility problems.

Une problématique pratique pour de futurs rhinocéros blancs du Nord issus de FIV serait celle de leur lieu de vie. Une grande partie de l'ancien territoire de cette sous-espèce a perdu toute présence de rhinocéros, du fait du manque de programmes de conservation ou d'expertise concernant les rhinocéros et la perte d'habitat à grande échelle. Quoi qu'il en soit, pour qu'une population de rhinocéros soit génétiquement viable, il faut un minimum de 20 “individus fondateurs” non apparentés. Dans le cas contraire, la population devient hybride et propice aux anomalies génétiques – et aux problèmes de fertilité.

Le rhinocéros blanc du Nord (une sous-espèce du rhinocéros blanc) arpentait jadis l'Ouganda, le Tchad, le Soudan, la République centrafricaine et la République démocratique du Congo, mais de longues années de braconnages et de guerres civiles ont conduit à sa disparition.

D'une manière générale, le nombre de rhinocéros – toutes espèces confondues – a considérablement chuté en quelques années, principalement parce qu'ils sont chassés pour leurs cornes. Dans certains pays asiatiques, les gens pensent que la corne de cet animal peut faire tomber la fièvre et guérir des maladies cardiaques. Dans d'autres régions, elle symbolise la santé.

Le Zimbabwe tente de sévir contre le marché noir du rhinocéros

Pendant que le débat sur la FIV bat son plein, la mort de Sudan a éveillé les consciences sur la situation désespérée des rhinocéros sur le continent africain. Le Zimbabwe, par exemple, abrite sur son territoire à la fois des rhinocéros blancs et des rhinocéros noirs. En 2009, une étude démographique y recensait approximativement 425 rhinocéros noirs et 300 rhinocéros blancs dans les parcs nationaux et les réserves privées.

Afin d'arrêter les tueries illégales et l'exploitation d'animaux sauvages, le gouvernement zimbabwéen a mis en place des mesures de protection, dont les dispositions explicitées dans la Loi sur les parcs et la vie sauvage [chapitre 20:14] (PWA) prévoient de lourdes peines pour les infractions. Les rhinocéros sont désormais classés comme “animaux particulièrement protégés” — les chasser et les tuer est interdit, et les contrevenants s'exposent à une peine obligatoire de neuf ans de prison pour une première condamnation, et de onze ans pour une deuxième.

Malgré la menace d'une lourde peine, les braconniers continuent de vouloir prendre ce risque et deviennent en réalité les pions d'un réseau de crime organisé complexe. Beaucoup sont des villageois pauvres et sans emplois, attirés par la promesse lucrative du braconnage. Le combat contre le marché illégal de la vie sauvage doit absolument comporter l'arrestation de ceux qui l'organisent – étape aujourd'hui trop souvent négligée.

Le PWA exige de confisquer tout équipement, véhicules ou armes utilisés pour commettre des délits à l'encontre de la faune sauvage, et donne à l’État le droit d'en disposer de la meilleure manière. Pourtant, malgré ces protections légales, les changements concrets se font attendre et trouvent leurs limites dans le manque de financements adaptés, le laxisme des forces de l'ordre et la corruption.

Un quotidien sud africain en ligne, le Daily Maverick, a d'ailleurs signalé que si le marché noir de la corne de rhinocéros trouve son lit dans la corruption au Zimbabwe, il le trouve aussi dans huit autres pays d'Afrique.

Appel urgent pour la préservation des rhinocéros

Les écologistes exhortent les activistes et les citoyens ordinaires – en particulier ceux qui habitent près d'espaces naturels – à se mobiliser sérieusement pour la préservation des rhinocéros.

Au Zimbabwe, où 62 % de la population a moins de 25 ans, les jeunes pourraient jouer un rôle central dans cet élan militant.  Cependant, face à une jeunesse qui passe de plus en plus de temps sur la toile plutôt que dans la nature, les activistes doivent se consacrer à la sensibiliser s'ils souhaitent pouvoir l'enrôler dans la défense des rhinocéros.

En tant qu’espèce parapluie, ces derniers ont un rôle important dans l'ensemble de leur écosystème, dont la richesse dépend de leurs habitudes qui impactent directement la qualité de vie d'autres espèces. Lorsqu'ils paissent, par exemple, l'herbe plus courte devient un terrain plus praticable pour de plus petits mammifères.

Les chercheurs ont prouvé que sans les rhinocéros, tous les autres herbivores des plaines souffrent. Avec les rhinocéros, le nombre et les types de plantes se multiplient. Ils rendent à peu près autant qu'ils prennent, car les fibres qu'ils ont dans l’œsophage sont évacuées et constituent alors un excellent engrais.

Si les scientifiques s'accordent à dire que l'extinction est une étape normale de l'évolution, le processus est largement accéléré par le braconnage, la destruction de l'habitat, la surexploitation de la faune sauvage, et même les conflits politiques. L'extinction des rhinocéros aura de graves répercussions sur les autres espèces, ce dont la mort de Sudan est un criant rappel.

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