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Comment un collectif de photographes syriens résiste à la narration d'Assad, de l'intérieur

Textes, de gauche à droite : En 2018, ils ont gagné – Et ainsi le nombre de cadavres a monté – La production de cercueils a augmenté. Trois photos de ‘Story of 2018‘. Utilisation autorisée.

Après huit années de guerre sans merci en Syrie, la Ligue arabe a annoncé qu'elle allait réintégrer le pays parmi ses membres et reprendre les relations avec le régime du Président Bachar al-Assad. La Syrie fut exclue de la Ligue arabe au motif de la féroce répression contre les manifestants non-violents anti-Assad, mais à présent la guerre paraît ‘toucher à sa fin’ avec la victoire du régime Assad soutenu par la Russie et l'Iran.

Le 17 décembre 2018, le Président soudanais Omar Bachir a rendu visite à Assad en Syrie, malgré l'agitation politique et la violente répression chez lui. Le 27 décembre, les Émirats arabes unis ont rouvert leur ambassade en Syrie, et la Tunisie a repris les vols directs vers Damas. Le lendemain, l’Égypte, qui depuis des années développe ses relations avec le régime Assad sous le gouvernement d'Abdel Fattah el-Sissi, a invité le chef de la sécurité nationale syrienne à rencontrer son homologue égyptien. L’Égypte presse aussi la Tunisie à monter à bord, ce que l'Algérie a déjà accepté.

La Jordanie a repris les échanges commerciaux avec le régime Assad en octobre 2018 (tout en fermant ses frontières aux réfugiés fuyant les offensives du régime), et le ministre des Affaires étrangères du Bahraïn et membre de la famille régnante, Khalid bin Ahmed al-Khalifa, a échangé une accolade et un baiser très médiatisés avec son homologue syrien Walid al-Muallem à l'Assemblée générale des Nations unies ce même mois.

Pendant ce temps, au Liban, le Hezbollah, toujours plus conforté, a appelé à ce que Damas soit invité officiellement au Sommet du développement économique et social arabe, qui doit se dérouler à Beyrouth de mois-ci. Une source a déclaré à Al-Arabiya (une télévision propriété des Saoudiens) que le retour du régime Assad dans la Ligue arabe “pourrait être soumis au débat” à ce moment.

Depuis le début de la révolution et de la guerre consécutive en 2011, le régime Assad promeut un récit de ‘normalité’ à Damas, à l'intention de ses soutiens à l'intérieur et à l'extérieur. Pour contrer ce récit, un collectif photographique appelé “[vu dans] L'objectif d'un jeune Damascène” est de ceux qui documentent la vie à l'intérieur de la Syrie gouvernée par Assad au moment où celle-ci se réinsère dans la vie diplomatique, en particulier dans le monde arabe.

Résistance intérieure

Malgré les nombreux signes de coopération des régimes arabes, les membres du collectif “L'objectif d'un jeune Damascène” savent que la guerre n'est pas terminée en Syrie. Les gens continuent à enterrer leurs morts et à dire adieu à ceux qui ont fui. La tragédie et la destruction sont toujours là : les enfants dorment dans la rue et vendent n'importe quoi pour survivre. La pénurie et surtout la peur prédominent.

Le collectif utilise diverses plateformes de médias sociaux, comme Tumblr, Flickr, Twitter, Facebook et Instagram pour faire connaître ces réalités à l'aide d'images de la vie quotidienne à Damas, mettant en lumière les épreuves des Syriens ordinaires dans un pays où les violations des droits humains sont devenues la nouvelle norme.

Récemment, le collectif a rassemblé des images annotées de commentaires poétiques, les transformant en histoires sur Instagram pour saisir les situations pitoyables et intolérables.

Ces histoires sont très regardées par les utilisateurs de médias sociaux de la diaspora syrienne, qui considèrent ce compte comme un rare aperçu de la vie dans un pays où ils ne peuvent retourner par crainte d'être arrêtés ou tués par le régime syrien.

Textes, de gauche à droite : La séparation des amis – et des êtres chers. Deux photos de ‘Story of 2018′. Utilisation autorisée.

Textes, de gauche à droite : En 2018, les chiffres du chômage ont chuté – parce que notre jeunesse, à dire vrai – se faisait soit torturer sous les fouets dans les prisons, Trois photos de ‘Story of 2018‘. Utilisation autorisée.

Montrer Damas ‘comme dans la réalité’

Global Voices s'est entretenu avec des membres du collectif “L'objectif d'un jeune Damascène”.

Global Voices (GV ): Qui est “L'objectif d'un jeune Damascène” et qu'en espérez-vous ?

عدسة شاب دمشقي انطلقت بأيام المظاهرات وقت كان الاعلام الرسمي عم يكذب المظاهرات ، وانطلقت الصفحة لتوثق المظاهرات والدمار والانتهاكات يلي كانت عم تصير عن طريق الصور الفوتغرافية عوضا عن الفيديو يلي كان منتشر بالفترة هديك.
اهدافنا كانت انو نبرز حقيقة الواقع وتشوف الناس المظاهرات والاحداث يلي عم تصير بعيون اهل الشام.

L'Objectif d'un jeune Damascène : “L'Objectif d'un jeune Damascène” a commencé dans les premiers temps des manifestations quand les médias officiels syriens en niaient l'existence même. La page a donc commencé à documenter ces manifestations et les destructions et violations qui se sont produites, au moyen de photographies plutôt que de vidéos qui étaient alors l'outil usuel. Notre but est de montrer ce qui se passe pour que les gens voient se dérouler les manifestations et les événements à travers les yeux de Damascènes.

GV : Quelle est l'histoire de votre projet “Fin 2018″ ? Et comment les Syriens ont-ils réagi ?

في كل سنة نختار صور تحكي قصة العام السابق، ولكن في هذا العام وقد بدأنا بنشر واستخدام القصص على انستغرام وعملنا على عدة قصص حتى الآن مميزة روائيا وأدبياً كانت آخرها حكاية 2018 ، فقد قمنا بعرض صور العام من خلال حكاية أدبية من كتباتنا وروايتنا عن الاحداث التي وثقناها وسجلناها خلال هذا العام.
القصة لقت رواجاً كبيراً واحبها الناس لانها حكت ما حصل في هذا العام بصدق وشفافية وصراحة، وعبرت عما في داخلهم.. وأعطتهم الأمل رغم كل الألم والقصص المحزنة التي سردناها.

OJD : Chaque année, nous choisissons des photographies qui racontent l'histoire de l'année précédente, mais cette année nous nous sommes mis à utiliser et partager ces images sur Instagram et nous avons travaillé sur plusieurs histoires spéciales qui contiennent une charge poétique. Une des dernières histoires a été celle de 2018 dans laquelle nous avons présenté les photos de l'année à travers un récit que nous avons écrit et qui relatait les faits que nous avons documentés au long de l'année. L'histoire a été un énorme succès et elle a été très aimée, parce qu'elle disait l'histoire véritable de ce qui se passait, en toute vérité, d'une manière qui exprimait leur ressenti à son propos.

GV : Avant cette histoire, vous en avez eu beaucoup d'autres de publiées sur vos pages de méfias sociaux qui décrivent la situation des civils de Damas par la photographie. Comment décririez-vous les photos que vous prenez et les histoires qu'elles recouvrent par rapport à la narration qui cherche à normaliser le régime ?

في قصصنا نعمل جاهدين على ان نصور الشارع كما هو وننقل صورة الحدث كما هية .. بعين أهل البلد واحساس اهل البلد… الاعلام الرسمي ينقلها بعين النظام وبلسانه … وروايته دائما تمشي في سكة معينة مضللة لكل الناس.
فهو يسمى المهجرين ارهابيين ويرحب ويظهر ايران وروسيا على انهما صاحبا البلد بينما نراهما دولتان محتلتان استباحاتا الارض مقابل حماية النظام وابقاءه في دمشق

OJD : Dans nos histoires nous travaillons dur à dépeindre telle qu'elle est la situation actuelle dans les rues de Syrie, vue par les gens, en reflétant ce qu'ils ressentent. Ceci pendant que les médias syriens dévident le récit du régime, qui a toujours été trompeur parce qu'ils dépeignent les déplacés internes en terroristes, tout en accueillant les nouveaux venus iraniens et russes comme étant des nôtres. Nous, nous les voyons comme des pays envahisseurs qui ont profané le nôtre en échange de la protection du régime et la garantie de la mainmise d'Assad sur Damas.

GV : Vous êtes à Damas. Quelles sont vos impressions sur la vie des gens là-bas et les conditions de vie en général ?

الله يعين الناس.. الناس حالها حال.. في شي لا يتسع بصورة وكميرا وقصة… دمشق مليانة ملايين قصص البؤس التي لا يرويها احد. على الرغم من ذلك هناك فئة تعيش حياتها في دمشق وهي فئة الاغنياء واصحاب المصالح مع النظام أما البقية فهم فقراء ولا يوجد طبقة
وسطى بتاتا.
لا يوجد ما يسمى عودة سوريا كما كانت قبل الحرب لأن سوريا لم تعد سوريا بالأصل. فهي بلاد محتلة خسرت مليون على الأقل من شعبها كشهداء ومعتقلين وحوالي 10 ملايين لاجئ حول العالم.. فهل منطقي ان نقول ذلك؟
مؤيدو النظام واعلامه يسوقون لذلك ويقولون انها تحت سيطرة الاسد بينما سوريا يرتع ويلعب فيها الايرانيون والروس وكل ما يخطر ببالك من جنسيات.
هذا ولم نتحدث عن البناء والاقتصاد الخ… سوريا لتعود لما قبل الحرب تحتاج لخمسين عام على الأقل

OJD : Que Dieu leur vienne en aide. La situation est vraiment terrible ici et on ne peut pas la traduire fidèlement avec seulement des récits, des photos et des vidéos. Damas regorge d'histoires de malheurs que personne ne raconte. En dépit de cela, il y a une certaine couche à Damas qui jouit d'un train de vie opulent ; ce sont usuellement les riches dont les intérêts s'alignent avec ceux de régime. Pendant que le reste est dans une pauvreté totale, car la classe moyenne a cessé d'exister.

Un retour à la Syrie d'avant guerre est impossible, parce que la Syrie n'est plus la Syrie. Nous parlons d'un pays envahi dont au moins un million d'habitants est soit martyr soit en prison. Nous avons aussi 10 millions de réfugiés à travers le monde, alors où est la logique de faire croire que les choses reviennent à la normale ?

GV : Vos histoires paraissent avoir atteint un large auditoire parmi la diaspora syrienne. A quoi l'attribuez-vous ?

هم يحتاجون من يريهم دمشق دون كذب وتلفيق ، ونعمل جاهدين على ان نلبي هذه الحاجة.. نحن نروي بصدق ليس لدينا شيء نخسره ولا مكسب ولا نتبع لأي جهة

OJD : Ils avaient besoin que quelqu'un leur montre Damas tel qu'il est sans aucun mensonge ou invention, et nous travaillons dur à faire cela pour eux. Nous racontons nos histoires de façon véridique et nous n'avons rien à y perdre ou gagner. Et nous ne sommes inféodés à aucune faction.

GV : En conclusion, quel est votre message aux médias internationaux ?

رسالتنا أن لا يلتفت الاعلام لما يقوله النظام ، وان مصادر الناس والمصورين والمواطنيين الصحفيين اصدق بالف مرة من رواية الاعلام الرسمي.

OJD : Notre message est qu'ils ne doivent pas prêter attention au récit du régime, et que les sources apportées par les gens et les journalistes citoyens sont beaucoup plus fiables pour dire le vrai que les médias officiels syriens.

Textes, de gauche à droite : Pendant qu'une mère fouillait les ordures pour le prochain repas de sa famille, – en 2018, les médias ont parlé du retour de la “paix”. Deux photos de ‘Story of 2018′. Utilisation autorisée.

Textes, de gauche à droite : Et nos cartes restaient peintes sur ses murs – Et dans les cœurs des exilés. Deux photos de ‘Story of 2018′. Utilisation autorisée.

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