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Le prix du thé : luttes sri-lankaises pour un salaire équitable

Manifestation de solidarité avec les ouvriers des plantations de thé, qui réclament un salaire journalier minimum de 1.000 roupies. Photographie fournie par le partenaire de Global Voices, Groundviews.

Le 23 janvier 2019, le Thousand Movement [le Mouvement 1.000, NdT], un collectif de syndicats et de militants locaux, a organisé des manifestations dans trente endroits différents à travers le Sri Lanka. Le mouvement appelle les plantations de thé à augmenter le salaire minimum de leurs employés à 1.000 roupies (environ 4,80 euros), soit le double du salaire journalier minimum actuel. Les manifestants affirment que la pauvreté augmente parmi les travailleurs du thé, car les salaires stagnent alors que le coût de la vie augmente. D’après Chinthaka Rajapakshe, le modérateur du Mouvement pour la réforme foncière et agricole (MONLAR) :

Recently researchers from the University of Peradeniya found that Rs 27,707 (US$ 152) is needed per month for one person in the estate sector to meet his or her basic needs. But on average these workers get paid less than Rs. 8000 (US$ 44) a month.

Des chercheurs de l'Université de Peradeniya ont montré récemment qu'une personne travaillant dans ce secteur a besoin de 27.707 roupies (environ 135 euros) chaque mois pour subvenir à ses besoins de base. Mais en moyenne, ces ouvriers sont payés moins de 8.000 roupies par mois (environ 39 euros).

Des générations d'ouvriers du thé ont soutenu notre économie en peinant dans des conditions déplorables de 6h du matin à 6h du soir, qu'il pleuve ou qu'il vente. Les producteurs du “Thé de Ceylan” dont nous sommes si fiers ne méritent-ils pas au moins un salaire décent ?

“Les entreprises disent qu'elles ne font pas de bénéfices, le gouvernement, qu'il n'a pas d'argent, les ministres font des tas de promesses, les ouvriers ne veulent que 1.000 roupies par jour pour le travail qu'ils effectuent” – vidéo de la manifestation sur Gasworks Junc vers Main Street, Malwatte Rd et Olcott Mw.

Les ouvriers manifestent depuis octobre 2018, après qu'un accord collectif sur l'augmentation de salaire des travailleurs des plantations n'a pas été signé. Les ouvriers ont en effet rejeté une augmentation de vingt pour cent (soit 100 roupies) proposée par la Fédération des employeurs de Ceylan (EFC), une organisation qui représente les plantations.

Manifestation pour un salaire minimum de 1.000 roupies par jour pour les ouvriers des plantations, en ce moment au carrefour Gas Paha à Colombo.

Le 6 décembre 2018, des centaines de milliers d'ouvriers des plantations de tous les districts concernés au Sri Lanka ont commencé une grève à durée indéterminée pour réclamer le doublement de leur salaire journalier. Les protestataires y ont mis fin après une semaine, quand le principal syndicat des plantations, le Congrès des ouvriers de Ceylan (Ceylon Workers Congress, CWC), le leur a ordonné. De nombreux membres de la société civile, dont des instituteurs, s'étaient eux aussi ralliés aux ouvriers du thé.

“Pendant 200 ans ils ont construit notre économie et le nom du “thé de Ceylan” – payez aux travailleurs des plantations un juste salaire”. Manifestation en solidarité avec les ouvriers des plantations qui réclament un salaire journalier de base de 1.000 roupies, en ce moment à Gasworks Junction dans [le quartier de] Fort.

L'industrie du thé au Sri Lanka

Le Sri Lanka est le quatrième producteur et second exportateur de thé au monde. Les régions montagneuses et de moyenne altitude du centre du pays bénéficient d'un climat propice à la production d'un thé de qualité et possèdent de nombreuses plantations. Au fil des ans, le thé de Ceylan a vu sa popularité croître : presque un cinquième de tous les thés vendus dans le monde vient du Sri Lanka.

Cette industrie emploie (directement ou indirectement) plus d'un million de personnes. La plupart des cinq cent mille ouvriers sont des Tamouls, descendants des ouvriers amenés au Sri Lanka par les colons britanniques au XIXe siècle, et plus de la moitié sont des femmes.

Les cueilleurs et cueilleuses sri-lankais pèsent les feuilles de thé et déterminent ainsi leur salaire de la journée. Photographie de NH53 sur Flickr. CC BY 2.0.

De très bas salaires

En comparaison avec le salaire national moyen, les ouvriers du thé sont traditionnellement très mal payés. Dans de nombreux cas, ils doivent cueillir de seize à dix-huit kilos de thé chaque jour pour ne pas voir leur salaire divisé par deux. Ils sont soumis à de dures conditions de vie et de travail et certains d'entre eux sont victimes de blessures douloureuses pour lesquelles ils ne reçoivent que très peu de soins médicaux de la part des leurs employeurs.

Ils ont déjà manifesté il y a environ dix ans pour obtenir une augmentation de leur salaire de 290 à 500 roupies (environ 2,10 et 3,40 euros respectivement). Leurs revendications n'ont pas été entendue, car l'industrie a alors été frappée par la crise mondiale, et certaines plantations ont même dû licencier.

En 2016, ils ont été augmenté de seulement 50 roupies, portant leur salaire à 500 roupies. Au fil des ans, la roupie sri-lankaise s'est dépréciée alors que le coût de la vie a augmenté. Leur salaire journalier actuel correspond à 2,40 euros : finalement, leur salaire réel n'a donc pas augmenté en dix ans.

En conséquence, le niveau de pauvreté au sein des ouvriers des plantations a augmenté, bien que celle du pays ait diminué ces dernières décennies :

(3/3) “Dirigeants politiques, si vous pouvez survivre avec 625 roupies par jour, nous n'avons pas besoin de 1.000 roupies.”

Les manifestants ont mis les politiciens au défi de vivre avec 625 roupies par jour, le même salaire journalier offert aux ouvriers des plantations de thé dans l'accord collectif.

La lutte des ouvriers tamouls des plantations de thé pour une augmentation de leur salaire journalier à 1.000 roupies continue. Une manifestation citoyenne de solidarité aura lieu aujourd'hui (15 janvier) de 16h30 à 17h30 au rond-point de la Liberté. Illustration de Namal Amarasinghe.

Le gouvernement a proposé une hausse des salaires globales et dont l'augmentation serait faite progressivement sur trois ans. Selon ce projet, l'augmentation de base serait un salaire de 625 roupies la première année auquel s'ajouterait d'autres indemnités, pour un total de 1.000 roupies quotidiennes. Cependant, certaines de ces indemnités sont basées sur un quota de cueillette quotidienne : de nombreux ouvriers ne les recevront donc sans doute pas. Les salaires de base proposés dans les deuxième et troisième années seraient respectivement de 650 et 675 roupies. Mais les ouvriers exigent un salaire de base de 1.000 roupies quotidiennes.

Les travailleurs du thé au Sri Lanka n'ont d'autre choix que de continuer leur lutte pour recevoir un salaire équitable s'ils ne veulent pas succomber à une forme d'esclavage ou de pauvreté absolue.

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