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En Jamaïque, les femmes sont présentes sur tous les fronts de la crise climatique

La journaliste, blogueuse et militante environnementale Petre Williams Raynor (à droite) discutant avec un pêcheur à Negril, en Jamaïque. Photographie d'Emma Lewis, reproduite avec autorisation.

Cet article (dans sa version d'origine) est adapté d'une présentation donnée le 18 juin 2019 par la contributrice de Global Voices Emma Lewis, pour l'ouverture d'un cycle de débats intitulé “She Speaks”, à Kingston, en Jamaïque. Tous les liens renvoient vers des pages en anglais.

Globalement, de manière étonnante, les changements environnementaux affectent de manière disproportionnée les femmes des pays en développement, principalement en raison de leur statut socio-économique inférieur. En Jamaïque, environ 46 % des ménages sont tenus par les femmes, qui ont la responsabilité de l'hébergement et de l’approvisionnement en eau et en alimentation.

Ce n'est qu'assez récemment que les organisations internationales se sont saisies de la nécessité d'impliquer les femmes dans l'action climatique, avec l'adoption de politiques et de plans d’action tenant compte de la différence entre les sexes.

En septembre 2018, Una May Gordan, à la tête du département du Changement climatique du gouvernement jamaïcain, a reçu des spécialistes de l'égalité femmes-hommes et des experts climatiques de la région pour un atelier organisé en partenariat avec l’Entité des Nations Unies pour l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes (ONU-Femmes) à Kingston.

Aujourd'hui, de plus en plus de Jamaïcaines prennent part dans la lutte contre le changement climatique, aux échelles internationale, régionale et locale.

Ingrid Parchment, directrice générale de la Fondation pour la gestion des zones littorales caribéennes (à gauche), discutant avec Una May Gordon, du département du Changement climatique, lors de la signature d'un accord de subvention, à l'antenne locale de la Fondation, à Salt River, en Jamaïque. Photographie d'Emma Lewis, reproduite avec autorisation.

A la suite de la ratification de l'historique accord de Paris par la sénatrice Kamina Johnson Smith lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques le 22 avril 2016, Journée de la Terre, c'est à Una May Gordon qu'est revenu l'essentiel de la lourde tâche de la conduite des négociations avec les Nations Unies. En mettant en avant les objectifs à long terme, elle a réussi à obtenir un financement durable des initiatives de la Jamaïque en matière de changement climatique. Celui-ci vient ainsi renforcer les efforts de l'Alliance des petits États insulaires (AOSIS) en faveur de la réduction globale des gaz à effet de serre, de manière à limiter la hausse des températures à 1,5 degré par rapport à l'ère préindustrielle. Cette mesure était un point essentiel de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de Paris, à la suite de laquelle les États des Caraïbes, à l'initiative de Sainte-Lucie et de la Jamaïque, ont lancé une importante campagne, intitulée “1,5 degré pour rester en vie”. Mme Gordon anime aussi régulièrement des débats autour du changement climatique, en même temps qu'elle dirige les actions de sensibilisation du public mises en place par le Gouvernement sur ce sujet.

Le-Anne Roper, directrice technique pour l'adaptation au sein du département du Changement climatique, intervenant lors d'une conférence régionale. Photographie d'Emma Lewis, reproduite avec autorisation.

Afin de s'assurer que la région réalise les objectifs cruciaux en matière climatique, la Jamaïque et quinze autres États des Caraïbes travaillent en coopération au sein de l'AOSIS, établie au sein de l'ONU. Le-Anne Roper est la directrice technique pour l'adaptation, un sujet de préoccupation majeure pour les petits États insulaires en développement (PEID). Les petits pays, comme ceux qui composent l'archipel des Caraïbes, ne sont pas globalement pas responsables des niveaux d'émission des pays développés, mais c'est sur eux que pèse le poids de l'adaptation au changement climatique, laquelle impacte déjà lourdement leurs économies. Pour mettre en œuvre cette adaptation, ces États cherchent en premier lieu des financements pour les projets locaux, comme le Programme pilote pour la résistance aux chocs climatiques mené à Kingston, qui bénéficie à six îles des Caraïbes, dont la Jamaïque.

Fayval Williams, la ministre des Sciences, de l'énergie et des technologies de Jamaïque et la première femme à occuper ce poste, a également un rôle crucial à jouer. En octobre 2018, le gouvernement a annoncé qu'il allait porter l'objectif modeste de production d'énergie renouvelable à l'horizon 2030 (de 30%) à 50%. Par la suite, Mme Williams, qui a une expérience importante dans la finance, a soutenu l'introduction en bourse particulièrement réussie de la société Wigton Windfarm [fililale consacrée à l'enérgie éolienne de l'entreprise pétrolière (d'État) Petroleum Corporation of Jamaica, NdT]. Suivant une démarche innovante, les actions ont été proposées aux citoyens jamaïcains au prix de 1.000 dollars JMD (soit environ 6,75 euros) l'unité. Environ 12.000 investisseurs supplémentaires, dont de nombreux premiers investisseurs (environ 38% de l'ensemble des souscripteurs), ont ainsi acquis des parts dans la première installation de production éolienne des Caraïbes anglophones.

Les forêts et les mangroves, essentielles au ralentissement du changement climatique, restent un sujet majeur pour l'écologiste Marilyn Headley, spécialiste des forêts. Mme Headley travaille actuellement à la préparation du pays au programme de Réduction des émissions résultant du déboisement et de la dégradation des forêts (REDD+), qui a pour but de réduire les émissions de carbone des forêts en mettant en place des crédits d'émission de carbone. En tant que première conservatrice des forêts, et plus longue occupante de ce poste, Mme Headley a eu un rôle déterminant dans l'élaboration du Plan national de gestion et de conservation des forêts, adopté pour les dix prochaines années.

La réalisatrice de documentaires environnementaux Esther Figueroa en train d'interviewer une agricultrice dans son champ, à St. Elizabeth, en Jamaïque. Photographie d'Emma Lewis, reproduite avec autorisation.

Poursuivant l'élan de ces femmes, une véritable communauté féminine regroupant scientifiques, artistes, responsables d'organisations communautaires, militantes de la société civile, animatrices de jeunesse, avocates et journalistes, s'est constituée autour de la promotion des initiatives jamaïcaines pour la lutte contre le changement climatique, dans ses différents aspects, parmi lesquels ses impacts sur l’agriculture et l'égalité femmes-hommes.

Eleanor Jones, fondatrice et directrice générale d'Environmental Solutions Ltd, intervenant au cours d'un séminaire sur les changements climatiques et l'égalité femmes-hommes à Kingston, en Jamaïque. Photographie d'Emma Lewis, reproduite avec autorisation.

Eleanor Jones, par exemple, est la fondatrice et directrice générale de Environmental Solutions Limited. Une des leaders de l’Institut des professionnels de l'environnement, elle est en relation étroite à la fois avec le secteur privé et avec les acteurs de la gestion des risques naturels et la résilience climatique, un domaine clé dans les Caraïbes face aux ouragans de plus en plus violents, aux inondations et à la sécheresse. Par ailleurs, en tant que présidente de l'Organisation jamaïcaine du secteur privé de l'énergie, de l'environnement et des changements climatiques, Mme Jones soutient auprès des entreprises membres les possibilités d'actions des acteurs privés en matière d'énergie et de gestion de l'environnement. Elle participe également à l'élaboration de la législation et des politiques nationales et régionales en matière d'environnement et d'énergie.

Au bord de la côte sud de la Jamaïque, plus souvent affectée par les ouragans fréquents, et vulnérable aux inondations comme à la sécheresse, Ingrid Parchment dirige la Fondation pour la gestion des zones littorales caribéennes. Cette organisation non-gouvernementale aide à implémenter des programmes d'adaptation aux changements climatiques tout au long de cette zone sensible.

Diana McCaulay, Fondatrice et  présidente actuelle de la Fondation jamaïcaine pour l'environnement. Photo d'Emma Lewis, reproduite avec autorisation.

De manière similaire, la Fondation jamaïcaine pour l'environnement, une organisation non gouvernementale fondée par Diana McCaulay, auteure et défenseure de l'environnement, et désormais dirigée par Suzanne Stanley, mène actuellement une campagne intitulée “Sauvons le pays Cockpit”. Celle-ci vise la préservation d'une zone de grande valeur écologique menacée par l'extraction de bauxite, activité responsable de la plus grande part des émissions de gaz à effet de serre du pays, avec environ deux millions de tonnes de dioxyde de carbone produites chaque année. Les actions menées par la petite équipe entièrement féminine de la fondation ces 25 dernières années ont été particulièrement variées et ont eu un impact considérable. Ont notamment été réalisés des programmes de formation de long-terme, l'animation de campagnes de nettoyage du littoral, le suivi sur l'ensemble de l'île des sites de nidification des tortues, ainsi que des campagnes de sensibilisation, dont certaines sont en cours actuellement. Parmi ces dernières, une campagne pour la préservation des caprins (“Save Goat Islands”) face à l'activité industrielle a été particulièrement fructueuse grâce à un usage intensif des réseaux sociaux.

Les femmes présentées ici ne sont que quelques unes des nombreuses militantes pour la réduction des effets de la crise climatique en Jamaïque et dans l'ensemble des Caraïbes. On peut espérer que leurs efforts permettront de sensibiliser l'ensemble des citoyens à la rapidité et à la gravité des changements environnementaux, et de les encourager à modifier leurs comportements individuels pour contribuer à minimiser les effets de ces changements sur les petits États insulaires en développement.

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