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En Slovénie, désinformation et discours de haine s'abritent derrière la liberté d'expression, selon un journaliste

Robert Boteri

Robert Boteri. Photo par Meta.mk, utilisée avec autorisation.

Cet entretien est initialement paru sur Meta.mk News Agency, une réalisation de la Fondation Metamorphosis. Une version adaptée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un accord de partage de contenus.

La caricature de Mladina avec Victor Orban et le drapeau slovène aux couleurs hongroises.

Depuis des décennies, Robert Boteri fait partie du magazine culte slovène Mladina, dont la renommée remonte à l'ex-Yougoslavie pour son contenu d'avant-garde et son approche intrépide des sujets controversés.

En avril 2019, Mladina a créé un grabuge diplomatique en arborant en page de couverture une caricature du premier ministre hongrois Victor Orban le bras levé en salut nazi et entouré de figures mineures de l'extrême-droite slovène, dont Janez Janša. L'illustration faisait référence au récent achat par des amis d'Orban de plusieurs organes de médias slovènes, précédemment propriétés d'individus liés au parti politique de Janša.

Dans un entretien avec Meta.mk, Boteri, à présent directeur artistique de Mladina, parle de la désinformation en Slovénie. Il explique, par exemple, que les sites web nationalistes en slovène qui propagent des fausses nouvelles et du discours de haine restent impunis car les juges évitent de condamner quiconque par crainte de porter atteinte à la liberté d'expression ; ou encore, comment des publications acceptent des dessous-de-table pour discréditer  certain politiciens et hommes d'affaires.

Meta.mk : Quels sont les sujets habituels des fausses informations en Slovénie ? 

Robert Boteri (RB) : Ces derniers temps, la plupart de la désinformation était en rapport avec la crise migratoire. Il y a eu de l'information, surtout sur les sites nationalistes, avec des commentaires négatifs tous orientés vers la présentation des migrants comme des criminels. Autre chose, le dénigrement visant certains politiciens et hommes d'affaires, quand certains sites web ont été payés pour publier sur un scandale donné. Dans ce processus, on leur remet certains documents, le site les publie et l'affaire démarre. A la fin, il est facile de voir que cela a été fait dans un certain but.

Meta.mk : Comment l’État et les médias réagissent-ils

RB : Hystériquement ! C'est toujours hystérique. Si vous publiez le matin un document qui sert à étayer votre affirmation que quelqu'un connaît quelqu'un et que pendant la journée l'histoire se construit, dans la soirée arrive un démenti qui n'est pas véridique, puisqu'en Slovénie tout le monde connaît tout le monde. Mais au final, personne ne sait rien. Il y a eu une information que des migrants ont pénétré dans un zoo en Allemagne et ont mangé une chèvre. L'info a eu un million de clics. Puis l'information est arrivée que cette ville n'avait même pas de zoo, et que cet incident n'était jamais arrivé, une information qui par la suite a eu cent fois moins de clics.

Meta.mk : Qui publie en général des “infos” de ce genre ? 

RB : Le plus effrayant est que quelqu'un fait ces choses pour le profit. Parce que des clics en grand nombre égalent pubs et un tas d'argent. Ce n'est pas fait par conviction ou idéologie,mais pour l'argent. C'est ça, les médias internet.

Meta.mk : Existe-t-il des règlements contre la diffusion de fausses informations

RB : Nous avons seulement un unique inspecteur des médias, qui est responsable pour tout le pays et il lui est impossible de tout couvrir. C'est pourquoi on ne fait que parler des actions pour réduire les discours de haine sur l'internet, sans que personne en Slovénie ait été condamné. D'où, au final, la conclusion que ces mots ont été écrits quelque part, “on ne peut pas revenir dessus”, comme dans l'ex-Yougoslavie, et en agissant de telle manière on violerait la liberté d'expression. C'est ainsi, d'une certaine manière, il est même permis de menacer un individu, un groupe, une nationalité, et tout cela peut être gardé caché derrière la liberté d'expression.

Meta.mk : Y a-t-il en Slovénie une loi régulant le discours de haine

RB : Nous avons une loi, mais la justice a cette opinion que si on ne peut pas établir un lien direct entre les mots écrits et l'acte criminel, cela ne peut faire l'objet de poursuites. Ça signifie que si vous dites : “Je mettrais les migrants contre un mur et je les fusillerais” le tribunal ne vous poursuivra pas parce qu'il affirmera que vous l'avez seulement dit et que vous n'avez pas d'arme à feu pour le mettre en œuvre, en d'autres termes ce n'est pas un crime suffisamment sérieux pour engager des poursuites.

Meta.mk : Que disent les organisations de médias ? 

RB : Les organisations de médias sont en crise, parce qu'elles ne savent pas à qui s'adresser. Les membres des associations sont des journalistes venant de la presse écrite alors que les journalistes qui rédigent les fausses informations ne sont pas membres des associations. Ce sont des tabloïds qui ne reconnaissent même pas les organismes ou codes ou quoi que ce soit des journalistes. Pour faire simple, tout est sale.

Meta.mk : Les médias slovènes parlent-ils de la Macédoine ? 

RB : Il y a évidemment des articles. Les gens lisent beaucoup à propos des fausses pages web au bénéfice de Trump et la désinformation qu'elles contenaient, qui étaient très présentes sur la scène médiatique slovène. Quand le pays a changé de nom et que votre ancien premier ministre a fui [en Hongrie]. Nous avons même interviewé quelqu'un qui a expliqué comment ces données de renseignement sont utilisées à des fins politiques.

Il y a beaucoup plus d'information sur la Macédoine que sur l'Albanie, le Kosovo ou le Monténégro. Dans le passé, Mladina a même eu une page de couverture consacrée à la Macédoine au moment du conflict de l'eau entre les habitants des villages de Vevchani et Oktisi. Ç'a été un sujet d'importance.

Meta.mk : Et quelle est l’image de la Macédoine, qui aspire à adhérer à l'UE ? 

RB : Je vous dirai ceci. Nous vous soutenons évidemment pour entrer dans l'Union européenne, mais prenez garde, parce que les problèmes commenceront au moment où vous allez adhérer. Tous ces problèmes antérieurs seront comme l'école élémentaire, et quand vous entrez dans l'UE, c'est alors que les problèmes plus gros commenceront. Pour l'instant, vous êtes un pays souverain et vous décidez si vous allez accepter ou pas le nouveau nom. Quand vous entrerez dans l'UE, vous ne pourrez plus décider de certaines choses et ça vous fera un drôle d'effet.

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