Les cas de violence sexiste en ligne se multiplient au Kenya

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndt]

Le 27 mars, un débat houleux s'est ouvert sur les réseaux sociaux kenyans au sujet des propos tenus à l'antenne par trois animateurs de radio lors d'un petit-déjeuner débat. Les hôtes discutaient d'une affaire judiciaire en cours impliquant Eunice Wangari, une femme qui a été poussée d'un immeuble de 12 étages par un homme avec qui elle était en couple.

Des Kenyans en colère ont critiqué  sur Twitter les présentateurs Shaffie Weru, Joseph Munoru et Neville Muysa pour leurs remarques sur le cas de violence sexiste présumée, et ont dénoncé le blâme des animateurs .

Shaffie insinue que la dame qui a été poussée du 12ème étage d'un immeuble du quartier central des affaires de Nairobi après avoir dit non aux avances d'un homme l'a été parce qu'elle était parce qu'elle était trop frivole et très disponible ce qui l'a mise dans cette situation. Homeboyz yawa (une station radio au Kenya). C'est quoi ce bordel ! 😡

L'affaire a divisé les utilisateurs en ligne, une section de citoyens prenant parti pour les hôtes. Bien que le trio ait été licencié par la station de radio , cela a mis en évidence à quel point l'espace en ligne kenyan est devenu hostile pour les femmes.

Il y a environ  21,75 millions d'internautes au Kenya, soit 40% de la population du pays, selon les données 2021 du cabinet de recherche DataReportal. Environ 11 millions d'entre eux utilisent les médias sociaux, soit une augmentation de 2,2% par rapport à 2020.

Selon un autre rapport de Global System for Mobile Communications (GSMA), alors que la possession d'un téléphone mobile est à peu près égale entre les hommes et les femmes – avec seulement cinq pour cent d'hommes de plus que de femmes possédant ou ayant accès au gadget –, seulement un utilisateur d'Internet sur trois au Kenya est une femme.

En tant que minorité en ligne, les femmes sont souvent la cible de cyber-intimidation. Et bien qu'en 2018, le pays ait adopté une loi contre la cyber intimidation qui définit le comportement comme interagissant avec les autres d'une manière « susceptible de causer […] l'appréhension ou la peur de la violence contre eux ou des dommages ou des pertes sur les biens de ces personnes » avec des peines allant jusqu'à 10 ans de prison, le trolling de masse en ligne est toujours endémique.

Nous décrirons ci-dessous deux autres cas importants qui se sont vérifiés au cours des 12 derniers mois dans lesquels les médias sociaux ont servi de plateforme pour harceler les femmes.

Patient COVID-19

En mars 2020, Brenda Ivy Cherotich est devenue la première patiente du COVID-19 au Kenya . Après s'être complètement rétablie, elle est venue parler de son expérience au moment même où le monde commençait à comprendre le nouveau virus.

Mais Madame Cherotich n'a pas reçu l'accueil chaleureux qu'elle aurait pu espérer. Après avoir eu des entretiens avec les médias en avril 2020, elle a été victime de harcèlement en ligne et de réactions négatives de la part des Kenyans sur Twitter (ou bien #KOT, un terme souvent utilisé pour décrire le collectif de Kenyans actifs en ligne connus pour se rallier contre diverses causes ou personnalités) qui cherchait à la discréditer et remettre en question la véracité de son histoire.

D'autres agresseurs en ligne se sont immiscés dans sa vie personnelle et ses conversations privées et ses photos ont été largement partagées, probablement après avoir été divulguées par un ami ou une connaissance.

sa coiffure ressemble au Corona lui-même 😭😭😭😈

Irrité par ces réactions, le ministre kényan de la Santé, Mutahi Kagwe, s'est mis à la défendre, appelant à l'arrestation des agresseurs et qualifiant le trolling de «tentative honteuse de saper les efforts du gouvernement pour lutter contre le COVID-19».

Health CS Mutahi Kagwe dit à la police d'arrêter les utilisateurs des médias sociaux pour avoir intimidé Brenda

Ça ne s'est pas terminé ainsi, car une autre victime a rapidement été victime d'attaques #KOT: la personnalité de la télévision Yvonne Okwara a été prise pour cible pour avoir défendu Brenda et soutenu le plaidoyer du ministre pour l'arrestation des agresseurs en ligne.

Je ne suis pas du tout d’accord avec Yvonne Okwara. Votre déclaration n'est pas objective. C'est émotionnel et tout simplement scandaleux. En parlant de ça, où était votre voix lorsque vos camarades ont déshabillé un HOMME (gouverneur Lonyangapuo) et partagé ses photos de nu? C'est toxique

Mme Okwara a stigmatisé les agresseurs pour avoir ciblé les femmes. Elle a souligné que Brian Orinda, le troisième Kenyan qui est tombé malade du COVID-19, et qui était présent pour donner son témoignage sur son rétablissement aux côtés de Mme Brenda, n'avait pas reçu le même traitement. Cela a agité les doigts qui démangeaient des guerriers du clavier qui ont passé une journée sur le terrain sur Twitter contre Mme Okwara.

Jouer la carte du genre à chaque fois. Les femmes doivent protéger leur dignité en premier lieu. Poser pour de telles photos et les partager est tout aussi immoral

C'est quand même une prise de position superficielle et idiote de la part d'Okwara. Si superficiel à se demander si le Corona a mangé son cerveau.

Les nus des hommes étaient des juzi en ligne. Elle a soudainement une amnésie sélective à ce sujet.

Plus tôt en 2021, le porte-parole de la State House Kanze Dena a également été victime des cyber-intimidations. Alors qu'elle donnait un point de presse aux journalistes lors d'un événement, les agresseurs en ligne lui se sont moqués d'elle à cause de son poids. 

C'est rapidement devenu un débat sur les médias sociaux, avec une partie de Kenyans et de personnalités des médias venant à la défense de Mme Dena.

Elle est trop grosse, trop grande, trop petite! Qui a établi des normes sur l'apparence des femmes? Pourquoi est-ce notre problème que @KanzeDena ait grossi? Eh bien, elle vient tout juste de devenir mère, mais elle ne doit d’explication à personne! #SonCorpsSesChoix! Laissez-là tranquille s'il vous plaît! C'est un nouvelle attaque que nous devons rejeter 🙄

 

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emmykosgei
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🔴 #AttentionLongPost 💕💕💕💕 Helloo toutes les belles femmes ! Juste pour vous dire que je vous célèbre! Vous êtes belle peu importe votre taille, votre forme, votre couleur, que vous soyez handicapée ou non, votre niveau d'éducation,  votre état matrimonial … etc. vous avez réussi tous les sacrifices que vous faites continuellement en passant de génération en génération l'altruisme et le travail acharné. Je condamne catégoriquement tout type de #bodyshaming #cyberbullying sur n'importe quelle femme sur terre ! C'est dommage ! Aucune femme ne devrait simplement subir cela parce qu'elle a ##lostweight (perdudupoids) ou#addedweight (gagnédupoids) #babyweight (poidsdubébé) #covidweight (poidsducovid) #obesed (obèse) #medicalconditions (conditions sanitaires) #genes (gènes) ou changer pour quelque raison que ce soit🙇‍♀️ c'est grossier et donc vouloir dire à une femme

you are #fat #lostweight #unazaalini #umekaasana #umekolea #whenareyougettingmarried #punguza #unakulasana #unaolewalini .

que vous êtes #fat (grosse) #lostweight (Perdudupoids) #unazaalini (quand commencerez-vous) #umekaasana (que vous soyez restée trop longtemps) #punguza (réduite ) #unakulasana (que vous mangiez trop) #unaolewalini (quand vous marierez-vous) … etc. sio #salamu sio (ce n'est pas) #tbt 🙇‍♀️🙇‍♀️🙇‍♀️ quelqu'un peut traverser quelque chose ou des changements de corps, les femmes devraient être respectées! Point !! 🙇‍♀️ .. elles représentent la femme, y compris votre mère et vos sœurs! Soyez gentil sur les réseaux sociaux ✍✍ ne soyez pas la raison pour laquelle quelqu'un verse des larmes! Dieu pourrait voir votre sourire et essuyer vos larmes … 🤔 j'ai été bloquée hier sur tant de plates-formes 🙇‍♀️🙇‍♀️la teamEmmy se joint à moi pour célébrer ma très chère amie @ kanzedena254 si vous êtes solidaire avec elle et pour toutes les dames et mères du monde … #COMMENTEZ CI-DESSOUS ET UTILISEZ le hashtag 👇👇 #saynotobodyshaming #Saynotocyberbullying

Un article de The Elephant, l’une des principales publications numériques du pays, a noté que les outils des réseaux sociaux en ligne au Kenya et dans le monde sont devenues les frontières des expressions toxiques et du harcèlement.

There is no gainsaying that social media has become an important tool for social and professional advancement, more so for women. Many women have built their businesses online and, in the process, have learned how to connect with others. Many find clients to buy and sell their products online. Others find platforms to incubate ideas, leading to hundreds if not millions of social enterprises that not only spur economic growth but directly empower young men and women economically. They have also learned how to improve their entrepreneurship skills online. No doubt then, social media has emerged as a great space to do business. This is important for women’s economic empowerment and visibility. – Source: The Elephant

Il est incontestable que les médias sociaux sont devenus un outil important pour l'avancement social et professionnel, plus encore pour les femmes. De nombreuses femmes ont créé leur entreprise en ligne et, ce faisant, ont appris à se connecter avec les autres. Beaucoup d'entre elles y trouvent des clients pour acheter et vendre leurs produits en ligne. D'autres trouvent des plates-formes pour incuber des idées, conduisant à des centaines, voire des millions d'entreprises sociales qui, non seulement stimulent la croissance économique, mais autonomisent directement les jeunes hommes et femmes économiquement. Elles ont également appris comment améliorer leurs compétences en entrepreneuriat en ligne. Il ne fait donc aucun doute que les médias sociaux sont devenus un excellent espace pour faire des affaires. Ceci est important pour l'autonomisation économique et la visibilité des femmes.

Il semble que pour que les femmes participent à d'importantes conversations en ligne sur des sujets qui affectent directement leur vie, Internet doit devenir un endroit plus sûr qu'il ne l'est actuellement.

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