L'enseignement en ligne à la traîne au Kirghizistan : les écoles ne sont pas connectées

Une fillette portant un masque en tissu est concentrée sur le clavier d'un ordinateur portable.

Enseignement en ligne. Une petite fille travaille sur un ordinateur portable. Photo par shixart1985, sous licence CC BY 2.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en russe, ndt.]

Les élèves de toutes les écoles du Kirghizistan suivent les cours à la maison depuis début avril 2020 mais jeunes et parents font face à des difficultés pour mettre en place l'éducation à distance. En effet, de nombreux élèves ont un accès restreint à internet, ne disposent pas d'équipements adaptés ou ne savent pas utiliser les applications mobiles nécessaires.

Du côté des enseignant·es, la transition vers une éducation entièrement numérique est survenue soudainement, sur décision des autorités, et sans accompagnement dans l'utilisation des outils ni formation adéquate afin d'éviter les perturbations [de l'enseignement].

La plupart des enseignant·es ont reçu une formation d'une semaine destinée à les familiariser avec les nouveaux logiciels et les nouvelles méthodes. À l'issue de ce module, leur classe désormais virtuelle devait reprendre les cours immédiatement.

L'éducation en temps de pandémie

Dans le monde entier, la pandémie de COVID-19 a occasionné des perturbations considérables dans le processus éducatif et a déjà eu un impact quasiment universel sur les élèves et les parents.

Selon un rapport de l'ONU [en; pdf], la fermeture des écoles et autres établissements d'enseignement a touché jusqu'à 94 % de la population étudiante au niveau mondial, et jusqu'à 99 % dans les pays à faible revenu ou revenu moyen inférieur.

Les prévisions de la Banque mondiale [en] indiquent que la pandémie de coronavirus constitue un « choc dévastateur » pour les systèmes éducatifs, dont les conséquences seront « visibles pendant plusieurs décennies à venir ».

Depuis mars 2020, 85 164 personnes ont été infectées par le COVID-19 au Kirghizistan, selon les chiffres officiels, et en date du 20 juillet 2021, 2 186 personnes ont succombé des suites du virus.

La première vague de vaccination contre le virus a démarré en mars 2021, ciblant le personnel de secteurs d'activité particuliers, tels que le milieu médical et les secours d'urgence. Le ministre de la Santé et du Développement social ainsi que ses adjoints ont été les premiers à se faire vacciner, dans l'espoir de rassurer la population sur l'innocuité du vaccin et la nécessité de cette démarche. Le Kirghizistan a reçu un premier lot de vaccins de Chine et le gouvernement devra négocier pour obtenir davantage de doses afin de faire progresser le taux de vaccination dans les mois à venir.

En mars et avril 2021, le virus continuait de se propager à un rythme plus soutenu. Des décès étaient constatés presque chaque jour. Pourtant, les règles de port du masque, de maintien des distances et d'interdiction des grands rassemblements n'étaient pas respectées.

L'aggravation de la situation épidémiologique dans le pays va encore retarder l'ouverture des écoles, étant donné que les enfants sont hautement susceptibles de transmettre le virus.

Sholpanbai uulu Melis, assistant de recherche sur les maladies infectieuses à l'Université publique de médecine Akhunbayev, incite cependant à la prudence. Lors d'un entretien auprès de Global Voices, il a déclaré qu'au début de la pandémie, « la transition vers l'enseignement en ligne avait eu un effet sur la réduction du risque de transmission » dans la mesure où les enfants auraient pu transmettre le virus entre eux et ensuite infecter leurs familles.

Statistically, children fall ill at lower rates than adults, in Kyrgyzstan and across the world. It is more likely that children carry the infection in an asymptomatic form and the percentage of children with such complications is low.

Statistiquement, les enfants tombent malades moins souvent que les adultes, que ce soit au Kirghizistan ou dans le reste du monde. Il est plus probable que des enfants soient porteurs asymptomatiques et seul un petit pourcentage présentent des complications.

L'accès reste un obstacle

Un article universitaire [en] publié par des chercheurs de la School of Data [du Kirghizistan], une organisation affiliée à un réseau mondial œuvrant pour une meilleure compréhension des données, et City Initiatives, une fondation qui s'intéresse aux changements affectant les communautés urbaines et leur environnement, se basait sur un sondage réalisé auprès de 338 enseignant·es et 1 324 élèves au Kirghizistan. L'équipe de recherche a conclu que :

  1. 70 % des professeur·es des écoles n'avaient pas reçu de formation pour les accompagner dans la transition vers l'éducation en ligne et n'avaient pas été impliqué·es dans les consultations et formations évoquées par le ministère de l'Éducation ;
  2. Pour les enseignant·es comme pour les enfants, le manque d'accès ou un accès restreint à internet figurait parmi les obstacles majeurs, de même que l'absence d'appareils mobiles ;
  3. Le rôle des parents s'est avéré central dans l'apprentissage en ligne pour les écoliers et écolières.

Dogdurgul Kendirbayeva, conseillère au ministère de l'Education et des Sciences de la République kirghize, a insisté sur le fossé numérique entre les populations urbaines et rurales au cours d'un entretien pour le projet « voix du Kirghizistan en période de COVID-19 » mené par l’Université d'Asie centrale [en; ru] :

Teachers [across the world and in Kyrgyzstan] said that they urgently had to switch to the use of digital educational technologies. Especially in remote places, there was no access to high-quality internet connection, as well as electronic devices, laptops, and phones.

Les enseignant·es [à travers le monde et au Kirghizistan] ont expliqué qu'il leur fallait de toute urgence se convertir à l'usage des technologies de l'éducation. En particulier dans les endroits reculés, il n'y avait aucun accès à une connexion internet de bonne qualité, ni à des appareils électroniques, des ordinateurs portables ou des téléphones.

La perspective du succès de l'éducation à distance semble encore lointaine

En mars 2020, le gouvernement du Kirghizistan a proposé diverses formules d'apprentissage à distance. Les cours étaient diffusés sur les chaînes de télévision publiques. Environ 1 700 vidéos pédagogiques ont été réalisées pour la fin de l'année scolaire 2020 et 7 022 pour l'année 2020-2021, grâce au concours du ministère de l'Éducation et des Sciences.

Cependant, les élèves et leurs parents ont dû se confronter à la réalité, à savoir que le programme d'éducation à distance prévu par le ministère n'était pas adapté à tout le monde. Ce constat est d'ailleurs toujours d'actualité, puisque de nombreux enfants scolarisés au Kirghizistan ont un accès restreint à internet, ne disposent pas d'appareils mobiles ni d'un poste de télévision, ou encore ne savent pas utiliser les applications mobiles nécessaires pour suivre les cours.

L'an dernier, une étude réalisée par l'ONG Avocats pour les droits humains, qui est spécialisée sur les questions d'égalité et de justice, a démontré que le ministère de l'Éducation n'avait pas procédé à un suivi et à une analyse de la qualité des services éducatifs proposés à distance. Par ailleurs, l'étude a révélé que l'État avait négligé de fournir les appareils nécessaires à l'éducation en ligne aux personnes qui n'avaient pas les moyens de s'en procurer.

Le gouvernement a eu une approche hasardeuse concernant l'éducation pendant la pandémie. Les élèves de deuxième, troisième et quatrième année d'école primaire ont repris les cours dans un cadre traditionnel, en présentiel, le 9 mars 2021. Pourtant, quelques semaines plus tard, la mairie de Bishkek a décidé d'opter pour l'enseignement à distance à partir du 12 avril pour les écoles primaires et maternelles, en attendant que la situation sanitaire s'améliore. En avril et en mai, les écoles des villes principales du Kirghizistan ont été progressivement mises en quarantaine. Les cours et les examens des universités ont été assurés tantôt en ligne, tantôt en personne, selon une méthode mixte.

Au vu de l'état précaire du système de santé dans le pays pendant la pandémie, la poursuite de l'enseignement 100 % en ligne reste une inconnue pour l'année scolaire à venir, qui doit débuter en septembre. Jusqu'à présent, le gouvernement ne s'est pas montré capable d'adapter les processus éducatifs à cette nouvelle réalité.

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