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Russie : état des lieux des initiatives en ligne pro- transparence

Jaume Plensa Transparency by Anders Sandberg

Jaume Plensa, Transparency par Anders Sandberg

[Liens en anglais sauf mention contraire]  Au cours de ces deux dernières années on a pu voir la blogosphère russe, soutenue par les progrès de la technologie, commencer à déployer ses ailes. Même si les capacités des blogueurs sont encore assez limitées, ils ont commencé à attirer l'attention des média russes et internationaux.

Jusqu'à il y a peu, le niveau technique des initiatives pro-transparence en ligne demeurait assez modeste. La majorité des professionnels des Services Informatiques (SI) n'étaient pas intéressés par les initiatives des activistes civiques. On peut  le constater en lisant les blogs technologiques (par exemple, habrahabr.ru), où de nombreux “technocrates” se complaisent dans les discours cyniques habituels sur les activités civiques (en résumé des “conspirations de l'ouest”).

Les choses ont semblé changer en 2010. La technologie devenant de plus en plus accessible et facile à développer, davantage d'initiatives, avec des dates de lancement de fin 2010 et 2011, voient le jour.

Les projets russes pro-transparence peuvent être classés selon cinq catégories principales :  1. les sites officiels et semi-officiels dédiés à la transparence (par exemple, zakupki.gov.ru, rosspending.ru), 2. les communautés non structurées (blogueurs individuels qui mènent leurs propres enquêtes et communautés LJ), 3. les représentations en ligne des ONG (par exemple, golos.org, publicverdict.ru), 4. les réseaux sociaux d'avant-garde dédiés à la transparence et à l'activisme pour les droits civils (par exemple, democrator.ru, taktaktak.ru), et un certain nombre de projets basés sur le principe de Ushahidi [témoignages].

1. Les sites officiels et semi-officiels dédiés à la transparence

Le projet de publier en ligne les données sur les achats publics a débuté en 2006 avec le lancement de zakupki.gov.ru, un catalogue des principales dépenses publiques. Dans la foulée, un certain nombre de sites officiels et semi-officiels sont apparus (par exemple, statetenders.ru, igz.hse.ru). Tous ces sites ont une interface rudimentaire et un faible niveau d'accès aux données. Ces lacunes et le manque de fonctionnalités interactives ont mené à l'émergence de communautés sur LiveJournal dédiées à l'analyse des contrats les plus curieux.

En juillet 2010, Rosspending.ru [en russe]a été lancé pour répondre aux problèmes de visualisation de l'information. Ivan Begtin [en russe], le créateur du projet et l'un des “évangélistes” russes de la gouvernance 2.0,  a présenté les données disponibles d'une manière plus compréhensible et facile d'utilisation. Malgré l'absence de réseautage social et de fonctionnalités du web sémantique [en français], le portail s'est inspiré de data.gov.uk et data.gov et constitue le meilleur exemple de visualisation de données du gouvernement russe à ce jour.

2. Les communautés non structurées et les blogueurs s'intéressant à la transparence

Un certain nombre de communautés privées sur la plateforme LiveJournal ont assumé un rôle de chiens de garde que les traditionnelles ONG russes n'ont tout simplement pas osé jouer. Global Voices a récemment parlé de leurs activités.

Les blogueurs d'investigation sont probablement plus efficaces que les communautés sur LJ. The New Times a surnommé [en russe] les huit blogueurs d'investigation les plus actifs (Alexeï Navalny, Alexeï Dymovski, Alexander Malyoutine entre autres) les employés d'un “ministre de l'intérieur auto-désigné” :

[…] общество провело черту между собой и милицией. В интернете обнаружились диссиденты в погонах, подменяющие собой Департамент собственной безопасности МВД, рассказывающие властям и согражданам о коррупции в органах и деградации службы. А блогеры стали искать и находить виновных в преступлениях, взяв на себя роль и уголовного розыска, и департамента экономической безопасности, и милиции общественного порядка. Пока власти рассуждают о реформе МВД, народ начал свою.

[…] la société s'est démarquée de la police. Les dissidents [en uniforme] sont apparus sur internet, prenant la place des services d'affaires internes de la police, informant les autorités et le public de la corruption et de la dégradation des services. Et les blogueurs ont commencé à rechercher et à démasquer les criminels, jouant le rôle d'un département d'enquête criminelle et de sécurité économique, et de forces de l'ordre. Tandis que le gouvernement débat sur la réforme de la police, le peuple a commencé la sienne [réforme].

3. Les représentations en ligne des ONG traditionnelles

Les “ONG traditionnelles” se débattent encore avec les nouveaux outils pour diverses raisons : manque de vision, ressources et environnement. Il y a pourtant une exception  – golos.org, qui a mis en place deux outils pro- transparence – un site web”hotline” pour les élections [en russe] et la banque des faits [en russe]. (Global Voices a écrit sur le projet de hotline des élections ici [en français].)

4. Les outils émergents pour la transparence

Il n'y a encore que deux projets dans cette catégorie  – democrator.ru et taktaktak.ru [en russe]. Tous deux ont été lancés en 2010, ont en commun des fonctionnalités de réseaux sociaux (tout le monde peut s'inscrire, commenter et participer aux activités du site) et sont fondés sur la résolution de problèmes.

Democrator.ru aide les citoyens à s'exprimer et à préparer des pétitions et des appels officiels aux autorités, et donne des informations sur les problèmes soulevés en publiant les réponses officielles des autorités. Taktaktak.ru connecte les citoyens et les avocats pour faciliter la discussion de problèmes divers et la recherche de solutions. Les deux projets sont très avancés technologiquement et constituent des  solutions pro- transparence uniques.

5. Les plate-formes sur Ushahidi

La première plate-forme en russe tournant sur l'outil de cartographie et de suivi en ligne Ushahidi a vu le jour au Kirghizistan et s'appelait au départ “aikol.kg.” Le projet est ensuite devenu save.kg [en russe]. Altynbek Ismailov, un spécialiste en informatique de la capitale Bichkek, voulait lancer Ushahidi pour collecter des informations sur le “massacre d'Och“, mais n'a pas eu le temps de le faire et l'a lancé pour le référendum sur la constitution qui a suivi la tragédie. Suite au succès de leur surveillance du référendum, Altynbek Ismailov et son équipe ont l'intention d'utiliser Ushahidi non seulement pour surveiller les élections à venir mais aussi pour cartographier toutes sortes de problèmes.

Fin aout, Russian-Fires.ru (une carte d'aide pour les victimes  des incendies en Russie) était lancé. Le succès du projet a inspiré de nombreuses initiatives qui devraient voir le jour dans les prochains mois. Ces projets incluent : la surveillance des élections biélorusses à venir, la surveillance de l'état des autoroutes [en russe], la surveillance et la réaction rapide aux atteintes aux droits civiques (surnommée “carte des secours 2.0″), la surveillance de la ville d'Oufa, etc.

Davantage de technologie = davantage de transparence ?

Alors, est-ce que la Russie est en train de devenir plus transparente ?

Le blogueur et journaliste Igor Bogatyrev (dont le pseudo est Allan999 sur LJ), a déclaré dans un entretien avec Global Voices qu'aujourd'hui en Russie les progrès de la technologie en matière de transparence sont accompagnés par le perfectionnement des techniques pour les contourner. Sans mentionner l'argent caché qui n'est comptabilisé dans aucun compte public (selon certaines estimations, ces sommes sont équivalentes à la moitié du PIB du pays). Grigoriy Melkonyants, directeur adjoint de l'association”Golos”, dit que dans le secteur des élections, les techniques de fraude et de corruption ont évolué si vite que les technologies pro-transparence ont beaucoup à faire pour les rattraper.

Les nombreuses initiatives pro-transparence qui sont apparues cette année n'élimineront pas la corruption ni ne changeront un pays en un État de droit. Ce qu'elles peuvent accomplir est la création d'un environnement où les informations sont vérifiées, les alertes à la corruption circulent rapidement et les citoyens isolés géographiquement sont réunis par des plateformes pro-transparence et peuvent collaborer, sans autre intermédiaire qu'un site web.

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