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Egypte : Le blogueur Sandmonkey relâché, le pouvoir s'en prend aux militants des droits de l'homme

Ce billet fait partie de notre dossier sur l’ Egypte.

(Le billet d'origine a été publié le 3 février)

Le blogueur et twiteur égyptien de premier plan Sandmonkey a été arrêté aujourd'hui, dans le mouvement de répression des activistes et organisations de défense des droits humains en Egypte. Il a été entre-temps relâché, après avoir été passé à tabac, et le matériel médical destiné aux personnes de la place Tahrir qu'il avait sur lui confisqué.

L'arrestation a été confirmée par des témoins oculaires et des tweeps amis place Tahrir, l'épicentre des manifestations anti-Moubarak géantes pour la 11e journée consécutive. Wael Abbas a tweeté que les militants étaient en cours d'arrestation au Centre Juridique Hisham Moubarak, et un autre éminent blogueur, Alaa Abdel Fattah, a dit que son père, un militant, a également été arrêté :

@alaa il semble que l'arrestation de mon père est confirmée, l'avocat des droits humains khaled ali aussi parmi les personnes arrêtées #Jan25

Il ajoute ultérieurement :

Pas inquiet pour papa il a passé 5 ans dans les prisons de moubarak, a déjà été torturé, il sait comment les prendre #Jan25

Dans une autre entrée, Abbas rapporte :

Le chercheur de Human Rights Watch Dan Williams parmi ceux arrêtés au Centre Juridique Hisham Mubarak, déjà au moins 24 journalistes, équipement conf(isqué)

Hier seulement, Sandmonkey tweetait :

Ok, c'est officiel, ma ligne @Mobinil a twitter et facebook bloqués. Ils marchent bien sur ma ligne etisalat. Allez vous faire f–e @Mobinil #jan25

Et ajoutait :

Ça veut dire que le régime sait qui je suis et où j'habite. Ma vie est maintenant officiellement en danger. #jan25

Ce dernier tweet a été retweeté 73 fois. Cela n'a pas empêché Sandmonkey d'être à pied d'oeuvre ce matin pour essayer d'apporter des secours et des fournitures médicales aux manifestants, place Tahrir Square, au Caire, où les casseurs pro-Moubarak ont fait leur boulot en terrorisant les manifestants pacifiques réclamant le changement.

Ses derniers tweets, il y a six heures, disaient :

J'entends dire que l'armée évacue les manifestants de la Place. Est-ce vrai ? #jan25

et ensuite :

Quoi qu'il en soit, j'y vais avec du matériel médical. Ils feraient mieux de ne pas m'empêcher de passer. #jan25

Dans une série de tweets, Sarah Naguib raconte ce qui s'est passé :

@Sarahngb: Le blogueur Sandmonkey (www.sandmonkey.org) arrêté au Caire, en Egypte aujourd'hui 3 février 2011. #sandmonkey cc: @sandmonkey #jan25 #tahrir

@Sarahngb: Arrestation de @sandmonkey confirmée pour ceux qui demandent. Ai un autre nom ‘Iman’ a aussi été vu pour la dernière fois avec lui. #sandmonkey #jan25 #tahrir

@lizhenry: Espérais être réveillé par de bonnes nouvelles d'Egypte. Au lieu de quoi la moitié de ceux que je lis depuis une semaine ont été arrêtés. Désolant. #jan25

@ioerror: RT @jwildeboer Les autorités égyptiennes ont forcé #Vodafone #Etisalat à diffuser les messages rédigés par le gouvt. Confirmé. http://ur1.ca/33ndt cc @MarietjeD66 @ioerror

Et maintenant, Ramy Yacooub, indique que Sandmonkey a été relâché, après avoir été battu et ses produits médicaux volés :

Dernière heure sur #SandMonkey: @SandMonkey relâché, a été tabassé & et toutes ses fournitures volées. Je le laisse raconter la suite

Sur son blog, à présent suspendu par l'hébergeur en raison de piratage répété, Sandmonkey  écrit :

Je ne sais pas par quels mots commencer. Je lutte contre l'épuisement de ne pas avoir vraiment dormi depuis ces derniers 10 jours, je vais d'une maison d'amis à une autre, sans presque jamais passer une nuit chez moi, affrontant un régime impitoyable très bien doté et organisé qui ne voit en moi rien d'autre qu'un insecte gênant que le moment viendra d'écraser. La situation ici est sombre pour le moins.


Le commencement

Cela n'avait pas commencé ainsi. Mardi 25 janvier tout avait débuté pacifiquement, et contre toute attente, nous avons réussi à nous rassembler par centaines de milliers et à entrer sur la place Tahrir, bien que chargés par la police anti-émeute utilisant contre nous matraques, gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc. Nous avons pu rompre toutes leurs barricades et nous installer à Tahrir. Le pouvoir a répliqué en coupant toute communication des mobiles sur la place Tahrir, une mesure dont le motif a été compris plus tard lorsqu'après minuit ils sont entrés avec toutes leurs forces et ont chargé les manifestants et évacué la Place. Le lendemain nous sommes revenus, et le surlendemain. Puis est venu vendredi et nous avons bravé leur black-out des communications, leurs casseurs, leur gaz lacrymogène et leurs balles et nous avons repris la place. Et depuis nous nous battons pour la conserver.

Nous avons été punis collectivement

Cette nuit-là le gouvernement a annoncé un couvre-feu militaire, qui raccourcissait de jour en jour, jusqu'à être de 8 à 15 heures. Les gens ne pouvaient pas aller au travail, l'essence venait rapidement à manquer et même chose pour les denrées de base et l'argent, puisque les banques n'étaient pas autorisées à fonctionner et que les gens ne pouvaient chercher leur salaire. L'internet continuait à être coupé, ce qui affectait toutes les entreprises en Egypte et provoquera une récession économique dès qu'ils autoriseront les banques à fonctionner de nouveau. On nous punissait collectivement pour oser dire que nous méritons la démocratie et les droits, et pour continuer dans cette voie, ils ont retiré les policiers, et les ont envoyés habillés en civil pour terroriser nos quartiers. On m'a tiré dessus deux fois ce jour-là, dont une fois avec un semi-automatique par un mec dans une voiture que nous le peuple prenions plaisir à marteler. Le pouvoir a annoncé que toutes les prisons avaient été ouvertes de force, et que les détenus avaient d'une façon ou d'une autre réussi à se procurer des armes et ne font rien d'autre que d'attaquer les gens au hasard. Un jour nous avions des voyous organisés en uniforme qui nous tiraient dessus et le lendemain ils disparaissaient pour être remplacés par des voyous organisés sans uniformes qui nous tiraient dessus. Pour une raison ou une autre les gens n'ont pas fait le rapport.

Nous voulions qu'il parte maintenant

Malgré tous cela, nous l'avons bravé. Nous avons cru que nous faisions ce qui était juste et avons été encouragés par tous ceux autour de nous qui ne pouvaient croire ce qui arrivait à leur pays. Ce qu'il a fait a galvanisé les gens, et mardi, malgré la coupure de toutes les principales routes menant au Caire, nous avons réussi à avoir plus de 2 millions de manifestants rien qu'au Caire et 3 millions dans toute l'Egypte sortir et exiger le départ de Moubarak. Voilà ceux qui se sont dressés contre la brutalité et la colère du régime et se sont déclarés libres, refusant de vivre dans la dictature de Moubarak un jour de plus. Cette même nuit, il s'est montré à la télévision, et a prononcé un discours très ému sur son intention de quitter le pouvoir à la fin de son mandat et sa volonté de mourir en Egypte, le pays qu'il a aimé et servi. Pour moi, et tous les autres aux manifestations, c'était loin d'être suffisant, car nous voulions qu'il parte maintenant. D'autres ont commencé à demander à ce qu'on lui donne une chance, et que le changement prend du temps et autres balivernes. Au diable, des gens et des parents ont pleuré en voyant son discours. Ils avaient pitié qu'il échoue à être notre dictateur pour le restant de sa vie et à nous léguer à son Fils. C'était un alliage de syndrome de Stockholm et de mentalité d'esclave dans une combinaison diabolique encore jamais vue. Et le Régime a capitalisé là-dessus aujourd'hui.

Unité sous la férule de Moubarak

Aujourd'hui, ils ont restauré l'internet, et ont commencé à faire parler les gens à la télé et écrire sur facebook combien ils soutiennent Moubarak et son appel à la stabilité et au changement dans le calme dans 8 mois. Ils se sont accrochés aux paroles du gouvernement nouvellement nommé qu'ils ne feraient aucun mal aux manifestants, qu'ils pensent être de bons jeunes patriotes avec quelques pommes pourries parmi eux. Nous avons commencé à recevoir des appels demandant de cesser de manifester parce que “nous avons obtenu ce que nous voulions” et qu’ “il faut que le pays se remette au travail”. Les gens se plaignaient que leurs vies leurs manquent, les sorties le soir et les achats par correspondance. Qu'ils ont besoin que nous cessions pour qu'ils puissent reprendre leur existence d'avant tout ça. Tout était pardonné, la semaine dernière n'a jamais eu lieu et il est temps en ce moment même pour l'Unité sous la férule de Moubarak.

30 ans de dictature ne suffisent pas

A tous ceux-là je dis : JAMAIS ! Je suis désolé que vos vies et affaires soient dérangées, mais ce n'est pas le fait des manifestants. Ce ne sont pas les manifestants qui ont fermé l'internet et paralysé vos entreprises et banques : c'est le gouvernement. Ce ne sont pas les manifestants qui ont lancé le couvre-feu militaire qui a limité vos mouvements et fait disparaître les marchandises des rayons de magasins de même que l'essence : c'est le gouvernement. Ce ne sont pas les manifestants qui ont ordonné à la police de se retirer et ont proclamé que les prisons étaient ouvertes et ont lâché les casseurs qui ont terrorisé vos quartiers : c'est le gouvernement. Ce même gouvernement à qui vous souhaitez donner une deuxième chance, comme si 30 ans de dictature et d'échec total dans chaque secteur de son activité ne vous suffisaient pas. Les esclaves étaient prêts à pardonner leur maître, et à accuser de sa cruauté ceux qui ont osé le défier pour assurer une meilleure Egypte pour tous ses citoyens et leurs enfants. Après tout, il nous a donné sa parole, et il n'a apparemment jamais manqué à ses promesses de réforme auparavant.

Contre-manifestants

Puis Moubarak a contre-attaqué et leur a montré quels idiots utiles ils étaient.

Vous avez vu à la télé les “manifestants pro-Moubarak” – des casseurs rémunérés qui ont reçu de l'argent de membres du PND comme l'ont reconnu de hauts responsables du parti – ont commencé à s'en prendre aux manifestants pacifiques et désarmés de la place Tahrir. Ils les ont attaqués à coups de bâtons et de pierres, ont fait venir des hommes à cheval et à dromadaire- dans la scène probablement la plus surréaliste sans doute jamais montrée à la télé- et portant des fouets pour cingler les manifestants. Puis les balles et  les cocktails Molotov de sont mis à pleuvoir sur les anti-Moubarak alors que l'armée assistait passive, laissant tout cela se produire sans intervenir. Il y a eu des dizaines de morts, des centaines de blessés, et aucun secours envoyé par les ambulances. La police n'est aucunement apparue pour faire cesser les attaquants puisque ceux capturés par les anti-moubarak portaient des identifications de la police. Ils étaient la police et ils étaient là pour tirer et tuer et ils ont même essayé de mettre le feu au Musée Egyptien. L'objectif était clair : utiliser les affrontements comme prétexte pour interdire de telles manifestations sous prétexte d'ordre et de sécurité publics, et d'empêcher la division parmi les Egyptiens. Mais leurs plans ont ont finalement été mis en échec, par ces âmes résistantes et courageuses qui n'allaient pas céder le terrain qu'elles avaient libéré pour l'Egypte, quel que soit le nombre de balles réelles ou de bombes incendiaires qu'ils ont essuyées. Ils savent, comme nous tous, que ce régime ne se soucie plus de porter un masque de modération. Qu'ils ont montré leur vraie nature. Que Moubarak ne quittera jamais le pouvoir, et qu'il préférait brûler l'Egypte jusqu'au sol plutôt que d'envisager cette possibilité.

Le complot américano-israélo-qataro-Frères Musulmans-irano-Hamas

Pendant ce temps, les télévisions d'Etat et affiliées au gouvernement montraient les manifestations pacifiques en faveur de Moubarak dans toute l'Egypte et un enregistrement de celles de la place Tahrir de la nuit précédente en prétendant que telle était la situation du moment là-bas. Des centaines de personnalités publiques et d'acteurs se sont mis à appeler les chaînes pour dire qu'ils sont avec Moubarak, qu'il est notre Père et que nous devrions le soutenir sur le chemin de la démocratie. Une fille voilée au visage flouté est venue sur la télévision Mehwer affirmer qu'elle avait reçu un financement des Américains pour aller aux USA et avait suivi des cours sur la façon de renverser le gouvernement égyptien par des manifestations, cours donnés par des juifs. Elle prétendait qu'AlJazeera ment, et que les seuls sur la place Tahrir maintenant étaient les Frères Musulmans et le Hamas. La télévision d'Etat a commencé à diffuser des déclarations sur l'arrestation par les gens d'Israéliens dans tout le Caire, qui s'attachaient à semer la pagaille et le chaos. Pour ceux d'entre vous qui comptent cela comme un complot américano-israélo-qatari-Frères Musulmans-irano-Hamas. Vous imaginez. Et BEAUCOUP DE GENS ONT GOBÉ ÇA. Je me souviens avoir dit à un de mes amis que le seul avantage de ce qui s'est passé aujourd'hui était de nous avoir rendu évident quels étaient les imbéciles parmi nos amis. Maintenant nous savons.

Ceci n'est pas une contestation par les Frères Musulmans

Et maintenant, au cas où ce n'est pas clair : cette contestation n'est ni faite ni soutenue par les Frères Musulmans, elle incluait des gens de toutes classes sociales et appartenances religieuses en Egypte. La confrérie des Frères Musulmans n'est apparue que mardi, et même alors ils s'en fallait de beaucoup qu'ils soient la majorité des personnes présentes. Nous les avons toléré là-bas car nous n'allons pas dire non à nos compatriotes qui voulaient être avec nous, mais ni les Frères Musulmans ni aucun des leaders de l'opposition n'ont la capacité de refuser un dixième des manifestants présents place Tahrir mardi. Ceci est une révolution sans leaders. Trois millions d'individus qui choisissent l'espoir au lieu de la peur et bravent la mort heure par heure pour garder vivant leur rêve de liberté. Imaginez ça.

La fin est proche

La fin est proche. Je n'ai pas d'illusions sur ce régime ou son chef, et comment il va nous cueillir et nous traquer un par un jusqu'à ce que nous soyons finis et va payer pendant les 8 mois qui viennent des gens à tenir des manifestations bidon l'exhortant de ne pas quitter le pouvoir, et il restera “parce qu'il doit acquiescer à la voix du peuple”. C'est une bataille perdue et ils ont toutes les armes, mais nous continuerons à combattre jusqu'à ce que nous ne puissions plus. Je vais vers Tahrir en ce moment même avec des médicaments pour les centaines de blessés, sachant qu'aujourd'hui les attaques vont s'intensifier, parce qu'ils ne peuvent pas nous permettre de rester ici le vendredi venu, supposé changer la donne. Nous amènerons tout le monde dans la rue, et refuserons d'être autre chose que pacifiques. Si vous êtes en Egypte, je vous appelle tous à confluer sur la place Tahrir aujourd'hui et vendredi. Il est impératif de leur montrer que la bataille pour l'âme de l'Egypte n'est pas finie. Je vous appelle à amener vos amis, à apporter des produits médicaux, et de venir voir à quoi ressemblent les assurances de Moubarak dans la vie réelle. L'Egypte a besoin de vous. Soyez des héros.

Plus de détails sur les idées de Sandmonkey dans son entretien audio avec Pajamas Media.

Pendant ce temps, les recherches continuent pour Wael Ghonim, un blogueur et cadre supérieur de Google, qui est porté disparu depuis le 25 janvier.

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