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Guinée équatoriale : Des voix rares mais percutantes sur le Net

Quand ce qui a été qualifié comme les “insurrections arabes” a débuté, certains observateurs se sont demandés si la même chose était possible en Afrique au sud du Sahara. Ces vents de la liberté ont soufflé au cours des manifestations et à travers un outil fondamental : l'Internet. Des blogs et des comptes Twitter ont été utilisés non seulement pour diffuser les informations ou inviter les populations à se battre pour leurs droits, mais ces plateformes ont aussi servi pour partager des idées et le besoin de liberté.

L'Égypte compte environ 200 000 blogs et 5 millions d'utilisateurs de Facebook. Très différente est la situation en Guinée équatoriale, où seulement 2 pour cent de la population ont accès à Internet,  1000 utilisateurs ont une page Facebook et où on recense… 2 blogs. Deux blogs connus. Juan Tomás Ávila Laurel (Malabo, en espagnol, comme les liens suivants) et Eyi Nguema (Opinión desde Guinea Ecuatorial) sont les seuls blogueurs qui écrivent sur la Guinée équatoriale. Mais leurs blogs sont basés en Espagne, le premier sur le site du magazine Frontera D et le deuxième sur le site du quotidien El País.

Juan Tomás Ávila Laurel

La comparaison avec la situation en Egypte sur ce sujet n'est pas le fruit du hasard. Le 11 février, pendant que des milliers de manifestants occupaient la place Tahrir et que Hosni Moubarak annonçait sa démission, le président du Congrès espagnol des députés, M. José Bono, visitait la Guinée équatoriale, prononçant la fameuse phrase : “Il y a plus de raisons qui nous unissent que de raisons qui nous séparent”. Et il ne parlait pas au peuple équato-guinéen, mais au dictateur Teodoro Obiang Nguema, au pouvoir depuis 1979. Ce même 11 février, Juan Tomás Ávila Laurel a commencé une grève de la faim pour protester contre la “dictature qui engloutit nos âmes” et contre le soutien de l'Espagne à Obiang.

Dans son dernier billet, publié avant de commencer la grève de la faim, Juan Tomás Ávila Laurel avait écrit sur la dictature de M. Obiang et sa présidence de l'Union africaine. Il avait dénoncé la construction de routes et de bâtiments de prestige pour des évènements organisés par des institutions, pendant que les Equato-guinéens étaient confrontés au manque d'infrastructures sociales de base et à la destruction de leurs maisons, lorsqu'elles sont placées à des endroits jugés “stratégiques”:

En Malabo, y en las inmediaciones del poblado de Baney, pero cerca de la costa, han arrasado un terreno muy grande para construir los hoteles, los establecimientos de lujo y las residencias particulares de los presidentes africanos para cuando se reunirán para celebrar la cumbre anual este año.

A Malabo, dans les environs du village Baney, mais le long de la côte, ils ont rasé un terrain très grand pour construire des hôtels, des établissements luxueux et les résidences privées des présidents africains pour leur rencontre au sommet de cette année.

Sur son blog Opinión desde Guinea Ecuatorial, Eyi Nguema dénonce aussi le manque de politique sociale et économique du gouvernement : comment vivre sans électricité, comment résoudre les problèmes d'eau, comment faire de la Guinée équatoriale un endroit ayant sa place dans les réseaux sociaux globaux ? Et comment bâtir un pays pour ses citoyens et non pour des intérêts étrangers ou pour la seule élite politique liée au clan du [Président Nguema].

aquí los guineoecuatorianos no controlamos nada de eso; por lo que huelga meter el dedo en la llaga y exhortarnos a trabajar con la idea de que hemos de luchar por nuestra independencia

ici, nous équato-guinéens ne contrôlons rien de tout ça ; c'est pour cela que nous devons retourner le couteau dans la plaie et travailler avec l'idée que nous devons lutter pour notre indépendance.

Outre la lutte incessante pour l'autonomie politique, trouver un toit est un problème quotidien en Guinée équatoriale. Dans son le plus récent billet, Eyi Nguema décrit le problème du logement dans son pays :

En efecto, lo que sucede es que, para no vivir en la intemperie, se compra cuatro tablas y cuatro pies derechos de madera (o bloques de mortero de cemento y arena), más chapas de hojalata y se levanta un cobertizo; a un lado se excava el pozo para el agua que se va beber y a otro, el que albergará las aguas residuales (fecales incluidas) y listo. Aquí cuando se habla de viviendas, en un 80% o más, se habla de construcciones de este tipo.

En effet, si vous ne voulez pas dormir à ciel ouvert, vous achetez quatre planches, quatre piliers de bois (ou des blocs de ciment et du sable) et des tôles, vous vous construisez un abri ; d'un côté, vous creusez un puits pour l'eau, et, de l'autre, la fosse septique pour les eaux usées (qui sert aussi de latrines). Et voilà ! Ici, quand nous parlons de logement, 80 pour cent ou plus du temps, nous parlons de ce genre de constructions.
Ces blogueurs ne cachent pas le fait que la Guinée équatoriale est un pays riche. Le pétrole, le bois et l'eau abondent. Mais la plus grande partie de la population vit dans la misère, avec des taux élevés de mortalité infantile et une paralysie de l'agriculture. Les violations des droits humains, comme la persécution politique et les exécutions sommaires, sont fréquents, comme le confirme un rapport récent d'Human Rights sur le pays.

Le blogueur Juan Tomás Ávila Laurel s'exprime aussi sur ces problèmes. Mais dans son cas, le cyber-activisme est un véritable engagement politique. Ce blogueur et écrivain renommé dit souvent qu'il est un esprit libre et qu'il n'a pas l'intention de s'engager en politique. Mais lorsqu'il s'est vu lui-même contraint de quitter la Guinée équatoriale et a commencé sa grève de la faim, il était déjà un symbole politique. Il décrit la Guinée équatoriale comme un “royaume républicain” ou une “non république” et il a dénoncé le népotisme et la confiscation de l'état par Obiang lorsqu'il était dans son pays. Maintenant, il vit à Barcelone et écrit sur les dangers de l'apathie des communautés nationale et internationale et l'absence d'action du à la peur. Il rappelle qu'un des arguments entendu est :

Aquí estamos bien. Es África. Hay países peores que este. ¿No has oído la radio?

Ici, nous vivons bien. C'est l'Afrique. Il y a des pays encore pires. Ne l'avez-vous pas entendu dire à la radio ?

La radio nationale subit une censure politique sévère. Les auditeurs de la Radio-Télévision Nationale de Guinée Équatoriale ne savent pas ce qui s'est passé en Tunisie, en Égypte ou en Libye. Dans un pays sans journaux, ils dépendent du bouche à oreille pour s'informer. Ceux qui ont accès à Internet peuvent lire Asodegue, le seul autre site fournissant [régulièrement] des informations sur la Guinée équatoriale.

Dans un environnement aussi extrême, les blogs de Eyi Nguema et Juan Tomás Ávila Laurel offrent deux rares possibilités de commencer à construire un espace virtuel d'expression libre. Comme le dit Juan Tomás Ávila Laurel, This is Africa (C'est l'Afrique).

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