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Biélorussie : L'est, l'ouest et rien entre les deux ?

L'Est est l'Est et l'Ouest est l'Ouest et jamais ils ne se rencontreront“. Ce vers de Kipling, souvent maladroitement utilisé, semble prendre tout son sens pour un nombre croissant de biélorusses, comme en attestent les récentes [en français] manifestations [en français] et les crises qui ont brutalement sorti la dernière « belle au bois dormant » soviétique de sa torpeur. Se réveillant dans un monde sauvage et hostile, nombreux sont ceux qui se demandent : “Qui s'intéresse à la Biélorussie?”

La façon dont les médias occidentaux couvrent les récents événements qui ont eu lieu en Biélorussie est largement conforme au modèle général qu'utilise la répression, avec la mise en avant de quelques opposants activistes, mais toujours avec peu de détails sur l'histoire vraie. Il est vrai que la crise économique qui a récemment touché le pays, ainsi que la mainmise graduelle de la Russie sur l'économie biélorusse, a jeté de l'huile sur le feu, sur fond de possible évincement du président Lukashenko.

Le 25 mars de chaque année, les dirigeants et activistes de l'opposition biélorusse organisent des manifestations publiques afin de célébrer le jour de la Liberté, qui n'est pas un jour férié officiel.  Image par Ivan Uralsky, copyright Demotix (25/03/2010).

Le 25 mars de chaque année, les dirigeants et activistes de l'opposition biélorusse organisent des manifestations publiques afin de célébrer le jour de la Liberté, qui n'est pas un jour férié officiel. Image par Ivan Uralsky, copyright Demotix (25/03/2010).

Jusqu'à maintenant, la Biélorussie semble devoir errer dans les limbes, prise entre l'est et l'ouest. Et l'absence ou la présence d'un Lukashenko fera t'elle vraiment la différence ? De plus en plus de personnes disent que ce flou persistera et que la Biélorussie est condamnée à rester en zone grise, coincée entre l'est et l'ouest.

Ainsi, l'utilisateur du site LiveJournal by_volunteer se plaint [en russe] que l'économie du pays est vendue à la Russie, tandis que l'Europe a trop de problèmes de son côté pour se soucier de cela :

Беларусь пошла с молотка и это очевидный конец. Руководство Беларуси заключило сделку и тихонько распродаёт страну, в расчёте на политическое убежище, все наши ура-патриоты спокойно на это смотрят. Основные предприятия страны переходят в собственность к России, это российские капиталовложения в нашу собственность. Как можно это допустить и как может ЕС так спокойно упускать свои перспективы на будущее в Беларуси?! Это же полный провал европейской политики, тем более в ЕС нарастает огромный финансовый кризис, европейский бизнес девать просто некуда. Это немощный инфантилизм и позор, нельзя допускать завершения сделки с Россией, это огромная ошибка, нужно срочно принимать меры!

La Biélorussie a été mise aux enchères et le résultat était couru d'avance. Les dirigeants biélorusses ont signé un pacte et sont discrètement en train de vendre la pays, sous le regard tranquille de nos patriotes, et comptant sur l'asile politique. Les principales entreprises du pays deviennent propriété de la Russie. Les russes investissent dans nos biens. Comment peut-on laisser faire ça et comment l'Union Européenne peut-elle si froidement abandonner ses projets pour la Biélorussie ? C'est purement et simplement un échec total de la politique européenne, alors qu'une énorme crise financière se prépare dans l'union Européenne et que le commerce européen ne sait tout simplement pas vers où se tourner. C'est de l'infantilisme impuissant et une honte. On ne peut pas permettre au pays de négocier avec la Russie. C'est une grave erreur et il faut agir de manière urgente!

Mais où est l'Europe et où est la justice? Un sentiment d'abandon et l'idée d'être injustement traité se propagent de manière flagrante,  ajoutant à la déception générale en imprimant un sentiment d'impuissance et de désespoir dans la vie de tous les jours et reléguant à plus tard  l'espoir d'un futur meilleur. Racontant comment son fils s'est vu refuser un visa Schengen pour l'Europe, une mère se lamente [en russe] de la perception qu'ont les autres des biélorusses :

Нет правды в Беларуси. Десятки лет мы получаем лживую информацию, слышим безответственные обещания, видим потемкинские деревни. Наелись. Все цивилизованные страны единодушны в оценке и называют такое поведение властей издевательством над народом. Но как оценить издевательство над многострадальными гражданами посольств этих цивилизованных стран, когда после заявлений о смягчении визовых режимов для белорусов, отказывают в визе даже тем белорусам, которые по всем критериям очень даже выездные. [—] Мой сын закончил третий курс университета. Хотел съездить во Францию по частному приглашению. Получил отказ. Поскольку ничего плохого за ним никогда не водилось, единственной причиной отказа считаю административный арест 19 декабря на 15 суток. Он проходит по спискам и, скорее всего, поэтому посольство Франции ответило: «У нас нет уверенности, что вы покинете страну по истечению срока визы». Интересно получается. Два списка фигурируют для запрета въезда в Евросоюз: официальный – список чиновников и неофициальный список задержанных. [—] И стало, знаете, очень обидно. И очень одиноко. И за демократию бьют по голове, и демократия бьет по голове. И никому мы не нужны. Ладно бы не нужны – и на порог не пускают. А главное, никакими демократическими процедурами это решение не оспорить. Где справедливость, где права человека, какие гаагские суды рассматривают отказы в выдаче визы? Какие правозащитные организации защищают таких людей? А главное, отличается ли белорусская судья, превентивно выносящая приговор за несовершенное правонарушение, от французского чиновника, отказывающего в визе за несостоявшийся невозврат?

La vérité n'a pas sa place en Biélorussie. Pendant des décennies, nous avons été abreuvés de mensonges, nous avons écouté des promesses irresponsables et nous avons regardé les villages Potempkine. Nous en avons assez. Toutes les nations civilisées sont du même avis et s'accordent à dire que ce type de gestion du pouvoir est une mascarade pour le peuple. Mais comment une telle mascarade, patiemment subie par les citoyens, est-elle perçue dans les ambassades de ces mêmes pays civilisés, quand, après des déclarations sur l'assouplissement des demandes de visas pour les biélorusses, des visas sont refusés à ces mêmes biélorusses qui selon toute vraisemblance peuvent légalement y prétendre. [—] Mon fils a terminé sa troisième année à l'université et voulait se rendre en France suite à une invitation personnelle. Sa demande de visa lui a été refusée. Dans la mesure où il n'a jamais rien fait de mal, la seule raison qui justifierait ce refus est l'arrestation administrative (liée à la manifestation pré-électorale [en français]) dont il a été l'objet le 19 décembre, et pour une durée de 15 jours. Il est sur les listes et l'ambassade française aurait répondu que : «Nous ne sommes pas sûrs que vous quitterez le pays une fois votre visa expiré». Voilà qui est intéressant. On dirait qu'il y a deux listes qui refusent l'entrée en Union Européenne : une liste officielle, celle des bureaucrates, et une liste officieuse recensant ceux qui se sont fait arrêter.[—] Et là, vous savez, ça devient vraiment douloureux. Et vous vous sentez seul. Se prendre un coup sur la tête pour la démocratie, puis se prendre un coup sur la tête par la démocratie. Personne n'a besoin de nous. Ce n'est pas un problème que l'on ne veuille pas de nous et que nous ne puissions pas franchir la frontière. Le vrai problème, c'est qu'il n'existe aucune procédure démocratiques nous permettant de demander un recours à l'encontre de cette décision. Où est la justice, où sont les droits de l'homme, quelle cour de justice vérifie ces refus de visas ? Quelles organisations des droits civils défendent ces gens ? Et par dessus tout, en quoi un juge biélorusse, qui donne des verdicts préventifs pour des crimes non commis, est-il différent d'un bureaucrate français qui refuse un visa pour un non-retour qui n'existe pas ?

Touchant à la question tolstoïenne de l'existence du mal en chacun d'entre nous et le besoin de l'assumer, l'utilisateur de LJ dolka777 pose la question [en russe] de savoir comment les gens ont laissé le régime de Lukashenko se développer:

Как мы вскормили диктатора. Это вопрос, который я себе задаю постоянно. Мучительно вспоминаю, как и когда я сама впустила в себя эту диктатуру. Свято верю, что в каждой судьбе должен быть такой момент, когда ты соглашаешься со злом только потому, что твой двоюродный брат работает в КГБ и он – клевый парень, а тебе не хочется его обижать. Или хвастаешься другом, который парится в парилке с личным сантехником Его Величества. Шугаешься коллег или сокурсников, которые связаны с оппозицией. Думаю, что здесь, в бай-политикс собрались те, которые, возможно, ничего такого не делали. Но все же. [—] И теперь вопрос каждому: что ты лично сделал для того, чтобы в Беларуси воцарился диктатор?

Comment avons-nous nourri un dictateur ? C'est une question que je me pose tout le temps. C'est douloureux de me rappeler comment et quand j'ai moi-même laissé cette dictature venir. Je crois sincèrement que, dans chaque destinée, il y a eu un moment où l'on fermait les yeux sur le mal seulement parce que son cousin travaillait pour le KGB, que c'est un chouette type et qu'on ne veut pas le blesser. Ou bien on se vante d'avoir un ami qui a partagé le même sauna que sa Majesté. On diabolise ces collègues ou camarades de classe qui sont liés à l'opposition. Je crois qu'ici, dans le milieu politique, ceux qui n'ont jamais rien fait de tel se sont réunis. Enfin bref. Mais maintenant , une question que je pose à chacun et chacune : qu'avez-vous personnellement fait pour qu'un dictateur dirige la Biélorussie ?

Alors, tandis que les voix stridentes des fidèles de Lukashenko et des opposants activistes atteignent leur plus haut niveau, peut-être y-at'il des voix plus discrètes, se demandant simplement si elles ne peuvent pas être acceptées ici et mener une vie normale entre la Russie et l'Europe.

La fin du célèbre poème de Kipling sur l'est et l'ouest est moins connue : “Mais il n’est ni Est ni Ouest, ni frontière, ni naissance, ni race / quand deux hommes forts des bouts du monde se rencontrent face à face!

Alors, même si la Russie et l'Europe, tels deux hommes forts, apprenaient à se respecter, où serait la Biélorussie, si ce n'est dans une zone grise ? Peut-être que pour de nombreux biélorusses, l'Est est l'Est et l'Ouest est l'Ouest, et il n'y a pas de place pour ce qui se trouve entre les deux.

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