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Burkina Faso: Kafando Remplace Compaoré, une leçon pour les autres dictateurs africains

Michel Kafando, président de la transition au Burkina Faso via wikipédia

Michel Kafando, président de la transition au Burkina Faso via wikipédia

Arrivé au pouvoir par un sanglant putsch militaire, il y a 27 ans, Blaise Compaoré, 63 ans, a du abandonner le pouvoir et quitter précipitamment son pays sous la pression de la rue, ce 31 octobre 2014. Par milliers, les burkinabé ont envahi les rues de Ouagadougou, la capitale de ce pays d'Afrique occidentale, ainsi que celles de plusieurs autres villes de l'intérieur pour dénoncer la tentative du Président Compaoré et de l'oligarchie qui l'entoure de réviser la constitution. La vidéo suivante décrit les évènements qui ont mené à la chute de Compaoré.

Suite au départ de Compaoré, la vacance à la tête de l'état a été temporairement tenu par le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida pour assurer la continuité du pouvoir. Cependant, la société civile continue d'insister pour qu'un civil prenne la tête de la période de transition jusqu'aux prochaines élections. Dans un discours fort, le lieutenant-colonel Zida annonce la charte de la transition et l'arrivée imminente d'un leader civil de la transition :

Depuis le 30 octobre 2014, le peuple burkinabè s’est réconcilié avec lui-même et avec son histoire. [..] En ce jour, je voudrais à l’occasion de cette cérémonie consacrant la signature de la Charte de la transition, pour rendre un vibrant hommage à notre peuple, dont la grandeur s’est illustrée à bien d’égards, forçant respect et admiration de tous les peuples épris de démocratie, de liberté et de progrès.Ainsi, concitoyennes et concitoyens comme vous l’avez voulu, le processus pré-transitionnel engagé depuis le 31 novembre 2014 est conduit par les Forces armées nationales qui se sont engagées à remettre le pouvoir aux civils.

 Michel Kafando, ancien diplomate, a donc été désigné, pour piloter la période de transition jusqu'aux prochaines élections.

Lieutenant Colonel Zida - domaine public

Lieutenant Colonel Zida – domaine public

Et pourtant le combat pour la démocratie fut rude. En effet, Compaoré avait pourtant bien balisé le terrain pour permettre sa réélection. Il voulait faire adopter une réforme de l'article 37 de la constitution, adoptée en juin 1991 qui prévoit que le président du Burkina Faso n'est rééligible qu'une seule fois. M. Blaise Compaoré qui a déjà bénéficié de cette possibilité, voulait changer  cette disposition par un vote de l'assemblée nationale que son parti et ses amis contrôlent.

Alain Doh Bi relate le film des évènements dans un billet publié sur lafriquepuissancemondiale2050.ivoire-blog.com

L’ex-Président Blaise Compaoré s’est entêté à vouloir modifier l’article 37 de la Constitution du Burkina Faso en vue de briguer un nouveau mandat, après 27 années de règne sans partage. Le peuple Burkinabé s’est levé comme un seul homme, depuis le 28 octobre 2014. Après 48 heures de manifestations populaires, Blaise Compaoré, Assassin de Thomas Sankara, est tombé….

Des hauts gradés de la Gendarmerie et de l’Armée Burkinabé ont décidé de se rallier au peuple. Une concertation spontanée entre les leaders de la manifestation et les hauts gradés de l’armée a permis de convenir d’une transition militaro-civile. 

Les jeunes s'étaient mobilisés dans tout le pays pour demander aux députés de ne pas voter la modification de la constitution. Ils ont utilisé les réseaux sociaux. 

Un groupe de jeunes, dénommé Le Balai citoyen, qui a ouvert une page Facebook accueillant plus de 20 000 adhésions, a été très actif dans l'encadrement des manifestants. Il se présente comme suit:

A propos du symbole: … « On a modestement appelé ça le balai citoyen, et c’est tout un symbole. Le Burkina Faso a besoin d’un sacré nettoyage. Depuis presque trente ans on subit, on subit et on réagit pas. Il y a une part infime de la population qui a commencé à s’enrichir impunément pendant que le reste dégraisse. Je crois qu’il grand temps de foutre un bon coup de balai à tout ça pour crier notre ras-le-bol. » …

Voila ce qu'est ce mouvement ‘le balai citoyen” pour les initiateurs.

Les analyses et les mises en garde adressées aux dictateurs de différents pays se sont multipliées sur les réseaux sociaux et les médias online.

Bruno E. LOMA rappelle les scénarios qui portent aux crises sociales dans un billet paru sur maliactu.net, le 4 novembre 2014 et  intitulé Tripatouillages constitutionnels en Afrique Le prix à payer ! :

Tous les moyens sont bons pour modifier la Constitution du pays pour se maintenir au pouvoir. Ils s’y accrochent pour tenter de prolonger leur mandat au-delà des délais légaux. La recette est toute trouvée, réviser la constitution par un vote des élus à l’Assemblée. Ce qui n’est pas toujours acquis car certains élus, même de la majorité présidentielle, par patriotisme ou par respect pour ceux qui ont voté pour eux, s’y opposent. Par peur de ne pas avoir le maximum d’élus en leur faveur, nos chers présidents trouvent d’autres parades comme l’imposition par voie référendaire de cette révision de la constitution.

Dans une série de plusieurs billets, Régis Marzin sur afrikaexpress.info livre un tableau complet des élections prévues au cours de la période 2015/2016 dans plusieurs pays africains et analyse les enjeux ainsi que les risques pour la paix sociale: 

Au début des années 90, les revendications ont abouti à des conférences nationales et à des révisions des constitutions pour encadrer les mandats présidentiels, et une limitation du nombre de mandats à 2 a été ajoutée partout[25], sur le modèle américain[26]. … 

Pour les 8 dictatures stables du système néocolonial français, dans 6 pays, au Tchad, au Cameroun, à Djibouti, au Togo et au Gabon, les limitations à 2 mandats ont été supprimées[27] – elle a été aussi supprimée en Algérie -, alors qu’elles sont toujours là dans 3 pays en Mauritanie, au Congo Brazzaville et au Burkina Faso. Au Burkina Faso, la limitation a été enlevée en 1997 puis remise sous la pression des revendications de la rue en 2000. La stratégie des opposants s’y refocalise maintenant d’autant plus sur ce point.

… En Guinée Equatoriale et en Angola, où il n’y a aucune limitation dans les constitutions, Téodoro Obiang et José Eduardo Dos Santos sont au pouvoir depuis 1979, depuis 35 ans. Téodoro Obiang était déjà proche de la tête  du régime avant. Réélu en 2009 pour 7 ans il aura 74 ans en 2016, alors que la constitution lui interdit de se représenter après ses 75 ans. Il rejoint dans les records Paul Biya, 81 ans, dont 32 ans au pouvoir, qui aura 85 ans à la fin de son mandat en 2018, alors qu’aucune transition démocratique n’est amorcée. Au Tchad, le 5emandat d’Idriss Déby prévisible en 2016 sera contesté en fonction de la répression  et de la mobilisation dans le reste de l’Afrique[28].

Des représentants des oppositions en provenance du Gabon, du Sénégal,  de la République démocratique du Congo, de la République du Congo, du Burundi, de la Guinée Equatoriale et de la République Centrafricaine, se sont réunis à Paris, le 14 novembre 2014 et ont adopté une déclaration commune demandant le respect des constitutions et soulignant que:

L’expérience burkinabé constitue désormais un exemple pour l’Afrique entière.

 Alors que rares sont les pays africains qui atteindront plus d'un des Objectifs du millénaires du développement, nombreux parmi eux sont dirigés par des dictateurs qui sont au pouvoir depuis plusieurs décennies. Ils ont organisé autour d'eux des oligarchies qui pillent les richesses des pays, vivant dans un luxe digne des stars de Hollywood, alors que leurs peuples sont plongés dans la misère la plus noire. Se plaçant au-dessus des loi, il transforment leurs desiderata en volonté populaire. 

Sur Facebook , des messages de nombreux africains célèbrent ce changement , comme: 

Hadja Madina Kouyate Barry Si j'ai un conseil à donner aux africains, c'est de chasser tous les dictateurs changeurs de constitutions. Surtout pas de déchirement entre nous après leur départ car la France est toujours prête à aider les dictateurs à s'enfuir. 

Quand j'ai vu sur France 24 une déclaration de Hollande sur l'évacuation de Blaise Compaoré franchement j'étais malade. Pourquoi les occidentaux ne sont jamais du côté du peuple ?

 

Alli Konseiga NF:NF, rappelez vous que l'Afrique entière a les yeux sur nous Cibals. D'autres jeunes dans des pays où les dirigeants sont comme notre ex presidents voudront s'inspirer de vous. Si notre travail est fini, on s'en va. Rappelons nous, assainir sans se salir. Merci Cibals

 

… Je crois que les populations africaines sont en train de gagner du terrain. Les fantaisies de changements de constitutions et les élections tripatouillées seront difficiles à consommer dans les prochaines années. 
La nouvelle génération doit se positionner à défendre ces valeurs pour éviter d'être engloutie dans le ravin des présidents suicidaires.
 
 

#Afrique: Après le #Burkina, le #Gabon & le #Tchad s’enflamment. c'est ce qui attend le régime #djibouti‘en en… http://fb.me/1CY3dReYA 

 

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