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Amsterdam : Sahand Sahebdivani transforme la narration en phénomène culturel

Sahand

Sahand Sahebdivani et sa mère Parwin Akhbari sur scène à Anvers, en Belgique. Photographie de Facebook (reproduite avec autorisation).

Ceci est le premier volet d'un entretien en deux parties avec Sahand Sahebdivani. Lisez la seconde partie ici.

Le Mezrab a été créé pour rassembler les gens autour de la musique et de la narration, dans l'esprit des échanges culturels et de la célébration des hybrides ethniques. Situé à Amsterdam, le Mezrab est un endroit où les gens viennent pour partager des histoires, de la musique, des rythmes et plus encore. Aujourd'hui, il est également connu pour ses concerts, improvisations et comédies et est devenu un lieu chéri des amoureux de la culture à Amsterdam. Après des années de soirées de narration envoûtantes, une école vient d'ouvrir dans le centre culturel pour enseigner cet art. Du reste, l'idée du Mezrab s'est développée avec son fondateur, Sahand Sahebdivani, et sa famille. Tenacité, identité, art et quelques djinns (les démons du folklore arabe et musulman) : tous font partie de l'histoire du Mezrab.

Global Voices s'est entretenu récemment avec Sahand, qui nous a expliqué les origines du Mezrab et son propre cheminement. Il nous a parlé des hybrides culturels, de la représentation des femmes dans les histoires traditionnelles iraniennes, et de l'histoire du Mezrab, qui a commencé par une petite tradition familiale et qui est aujourd'hui l'un des espaces culturels les plus célèbres d'Amsterdam.

En fait, [le Mezrab] a commencé avec deux ingrédients essentiels : le fait que j'ai grandi avec des parents possédant tous ces talents, et le fait qu'ils ne les utilisaient pas. Mes parents sont très instruits, mais quand ils sont arrivés ici [aux Pays-Bas], tout ce qu'ils ont pu faire, c'est du ménage et de la cuisine. Ce qu'ils ont fait, sans se plaindre. C'est une vie qu'ils ont acceptée. Mais en même temps, à la maison, ils étaient ces gens incroyables et intéressants, toujours en train de cuisiner, de réciter des poèmes, de chanter.

Vers mes vingt ans, j'ai commencé à inviter des gens chez nous pour dîner ensemble. C'est devenu un tel succès que nous avons ouvert un endroit pour reproduire tout ça. Pour être honnête, mon père avait créé quelque chose de similaire quand j'avais dix ans, un centre culturel à Amsterdam. Il s'appellait Khaneye Aftab (la Maison de la lumière) et il était près du Mezrab. Je me souviens d'y avoir vu mes premiers conteurs persans, ils venaient de France. Il s'y passait plein de choses supers. Mon père cuisinait, il y avait des cassettes vidéos, de la musique, de la poésie, mais ça n'a pas marché parce que c'était seulement pour les Iraniens. Tout était organisé en persan. Du coup, les non-Persans ne s'y sentaient pas chez eux. […]

[Alors nous avons réfléchi à] un autre endroit comme celui-là, mais ouvert à toutes les cultures. Nous avons ouvert celui-ci, qui faisait environ trente mètres carrés. Je me rappelle qu'il attirait particulièrement les gens du sud de l'Europe, de l'Espagne, de l'Italie, de l'Amérique latine. Peu du Moyen Orient, contrairement à ce à quoi on aurait pu s'attendre, mais beaucoup de Sud-Américains, d'Espagnols, d'Italiens, de Portugais. Quelques Kurdes. En cinq ans, nous avons organisé des soirées de contes, mais nous avons surtout utilisé la musique pour rapprocher les gens. Nous avons organisé beaucoup d'improvisations. Pour moi, cet endroit était comme un conservatoire. Je n'ai jamais fait d'études de musique, alors jouer là-bas chaque semaine était très important pour moi. J'ai appris comment faire de la musique sur le tas. Ce fut la naissance du Mezrab.

Alors que son projet prend forme, Sahand se forme à l'art du conte et se rend compte que cette forme artistique a besoin d'une plus grande scène. C'est ainsi que le Mezrab se fait connaître comme l'endroit où les conteurs peuvent se rendrent et réciter toutes sortes d'histoires. Réelles, mythologiques, imaginaires, issues de différentes traditions et en anglais aussi bien qu'en néerlandais. La présence du Mezrab sur internet a également pris de l'ampleur, et cette évolution est visible sur YouTube :

Le Mezrab Cafe et les fans partagent des vidéos des représentations : ces enregistrements donnent un aperçu de ce phénomène. Par exemple, une vidéo d'il y a huit ans montre une improvisation dans une pièce de vingt mètres carrés dans laquelle Parvin, la mère de Sahand, accompagne les musiciens.

Certaines vidéos sont disponibles sur la chaîne YouTube MezrabCafe :

La narration représente plus que la simple transmission de vieux contes d'une génération à la suivante; c'est aussi une façon de retrouver de vieux récits, comme par exemple des histoires qui mettent en avant le rôle des femmes dans les anciennes épopées. De cette façon, le Mezrab embrasse des idées et des mouvements qui ne portent pas que sur la communication interculturelle, mais aussi sur l'égalité. Ces récits viennent d'endroits lointains et anciens, mais ils résonnent avec les idéaux de notre époque. Le Mezrab est ainsi devenu un lieu de dialogue bien vivant entre passé et présent.

J'ai un côté idéaliste quand je raconte une histoire. Ca, c'est vrai. Mais je pense que ce serait une mauvaise approche que de chercher des histoires et ensuite seulement y mettre mon idéalisme. Ce qui m'attire, c'est que de nombreux récits contiennent déjà ces idées. Bien plus qu'on ne pourrait penser. Nous venons de pays (je pense au Moyen Orient, ou peut-être même l'Inde) dans lesquels les femmes ont un rôle inférieur à celui des hommes.

Je pourrais chercher des histoires d'oppression et les modifier pour qu'elles s'accordent à mes idéaux, mais je ne crois que ce soit la bonne façon de faire, surtout si ces histoires elles-mêmes sont déjà remplies de récits donnant du pouvoir aux femmes. Prenez par exemple l'histoire de Rostam et Tahmineh. C'est une histoire que mon père me racontait quand j'étais petit comme un exemple de la force d'une femme. Finalement, il y a vraiment beaucoup d'exemples de femmes fortes et féroces. Mon idéalisme consiste davantage à mettre ça en avant qu'à inventer des détails dans l'histoire.

C'est une très belle chose que ces femmes fortes existent dans ces récits et d'une certaine manière, c'est plutôt gratifiant de voir que c'est le régime en place, qui veut garder les femmes dans une situation inférieure, qui doit changer les histoires pour qu'elles s'accordent à leur vision.

Au final, c'est la même chose pour le nationalisme, parce que les Iraniens peuvent être incroyablement nationalistes, horriblement nationalistes même, et si vous êtes ainsi alors l'une de vos fiertés est le Shahnameh [poème épique écrit par le poète persan Ferdowsi]. Mais en fait, les héros les plus importants du Shahnameh étaient tous issus d'Iraniens et du sang de l'ennemi. Presqu'aucun d'entre eux n'était “cent pour cent” Iranien. Ils avaient tous un grand-parent ou une mère qui venait du côté “ennemi” et d'une certaine façon ce livre, cette collection d'histoires, peut servir d'antidote. Pour moi, c'est une inspiration.

Dans la seconde partie de cet entretien, Sahand aborde plus en profondeur les rencontres entre les gens, les hybrides culturels et le pouvoir des histoires, à la fois sur internet et dans la vie réelle.

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