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Effervescence opposée chez les Marocains et les Sahraouis après les propos de Ban Ki-Moon sur “l'occupation”

Screenshot of an Al Arabyia video report on the protests in Morocco.

Capture d'écran d'un reportage vidéo de Al Arabiya sur les manifestations au Maroc.

Cela fait quarante ans que la relation tendue entre le royaume du Maroc et les habitants du Sahara Occidental alimente un conflit gelé sur la gouvernance de ce territoire. Début mars, les tensions ont été réenflammées par la visite du Secrétaire Général de l'ONU Ban Ki-Moon dans un camp de réfugiés sahraouis dans le sud algérien.

Dimanche 13 mars, des dizaines de milliers de Marocains sont descendus dans les rues en un rare étalage de colère populaire, pour protester contre les propos de Ban Ki-Moon à propos de ce territoire disputé. Le gouvernement marocain accuse M. Ban d'avoir enfreint la neutralité des Nations Unies en qualifiant le Sahara Occidental de territoire “occupé”. Un porte-parole du ministère marocain des Affaires étrangères a déclaré à la presse que le représentant de l'ONU avait  “agressé la sensibilité” nationale.

Le Maroc proclame que le Sahara Occidental, une ex-colonie espagnole, fait partie de son territoire, tandis que les Sahraouis sous la direction du Front Polisario veulent l'indépendance pour ce qu'ils appellent la République arabe sahraouie démocratique. Une guerre territoriale sanglante a opposé les deux camps de 1975 à 1991, jusqu'à ce qu'une médiation de l'ONU aboutisse à un accord de cessez-le-feu.

Conséquence du conflit, des milliers de Sahraouis ont été expulsés en Algérie, où ils vivent encore aujourd'hui dans des camps de réfugiés autour de Tindouf. L’UNHCR estime à 165.000 le nombre de réfugiés sahraouis hébergés dans ces camps. Les possibilités d'auto-suffisance sont rares, et la plupart dépendent de l'aide humanitaire.

Le peuple du Sahara Occidental, dont la population est estimée à 570.866 personnes, veut un référendum sur son indépendance, comme le promettait l'accord de cessez-le-feu, une idée rejetée par le Maroc.

Le Maroc est convaincu que l'intégrité du pays est en jeu ; le Sahara Occidental, qu'il a droit à l'indépendance. Sans surprise, les passions s'emportent fréquemment autour de ce thème.

‘Nous ne céderons pas le moindre grain de sable’

Furieux contre le secrétaire général de l'ONU, Idriss Lashkar, un député de premier plan du parlement marocain, a appelé ses concitoyens à participer aux manifestations dans tout le pays.

Plusieurs leaders politiques ont avalisé les marches dont la première a eu lieu à Bab Chala, dans le centre de Rabat, et encouragé les jeunes à y participer. Dans les rues passantes de la capitale, les manifestants ont appelé les marches “Milyoneya”—un mot arabe pour les rassemblements de millions de gens. Les Marocains ont scandé des slogans et brandi des banderoles pour stimuler la ferveur nationale. Les dirigeants ont aussi sévèrement critiqué Ban Ki-Moon, et affirmé l'unité du peuple ainsi que la souveraineté marocaine.

Sur les médias sociaux, des Marocains s'en sont pris directement à l'Algérie, soutien du Front Polisario, ainsi qu'au reste du monde perçu comme prenant parti pour le Sahara Occidental.

Dans un billet sur Facebook, Hajar Maky a posté une photo d'un groupe de Marocains drapés dans le drapeau national. Elle insiste sur l'importance de l’unité :

“نحن لسنا أفضل شعوب العالم من ناحية التسامح و احترام و تقبل الآخر. نحن أصلًا لا نملك مواقف نحو قضايا شعوب العالم و لا نعلم عنها الكثير إن لم نستثني القضية الفلسطينية.. كذلك أغلب شعوب العالم لا تعلم شئ عن قضيتنا. و تأخد مواقف نتيجة جهلها بالواقع. والشقيقة الجزائر حفظ الله شعبها من كل شر مهمتها الديبلوماسية الاولى توفير الامكانيات اللوجيستكية بشكل مستمر لقيادات البوليساريو لنشر اكذوبتهم التاريخية …
لا تنتظروا من شعوب العالم ان تبرمج في مقررات مادة التاريخ لتلامذتها تاريخ تحرير المغاربة لارضهم من يد المستعمر الاسباني
.

Nous ne sommes pas le meilleur pays du monde pour la tolérance, le respect et l'acceptation de l'autre, etc. Nous n'avons même pas de positions pour les questions existant dans de nombreux pays du monde, et n'en avons guère idée, à l'exception de la Palestine. De même, la plupart des pays du monde ignorent notre situation, et prennent position à son sujet sur la base de leur ignorance des faits et de la réalité. Notre pays voisin, l'Algérie — que Dieu garde son peuple de tout mal — essaie de maintenir ses efforts diplomatiques en fournissant la logistique pour les dirigeants du Front Polisario, le mouvement armé sahraoui, afin de promouvoir un mensonge historique.

Sur Twitter, Azhar a écrit :

Le célèbre chanteur marocain Saad lmjarrad, a publié sur sa page Facebook une photo sur laquelle est écrit “le Sahara est marocain” et il soutient par ces mots les manifestations :

المغرب في صحراءه و الصحراء في مغربها ، قسما بالله ايمانا و احتسابا، لن نتنازل عن ذرة رمل من ارض وطننا.
نسأل الله العظيم ان يحفظ بلادنا من الفتن ، وأن يعم الأمن والسكينة ربوع وطننا العزيز من طنجة الى الكويرة.

Le Maroc existe dans son désert et le désert existe dans son Maroc. Nous en faisons le serment devant Dieu, nous ne céderons pas le moindre grain de sable de notre patrie. Nous prions notre grand Dieu de préserver notre pays des querelles, et d'accorder sécurité et tranquillité à notre pays bien-aimé, de Tanger à Queira

Fatma Ezzahraa, une twitteuse marocaine active, a posté tweets et photos en solidarité avec les manifestants :

O mon pays. O gens de ma patrie. Marches d'aujourd'hui à Rabat. #MarocaineEtFière

Les Sahraouis contre-attaquent

Les manifestations auraient, dit-on, mis Ban Ki-Moon en colère. Le Maroc, de son côté, a annoncé suspendre sa contribution à la mission de maintien de la paix de l'ONU pour le Sahara Occidental.

Ce qui n'a pas empêché la visite du secrétaire génral de l'ONU aux camps de réfugiés d'insuffler un peu d'espoir dans la lutte des Sahraouis pour la souveraineté. Réagissant aux manifestations au Maroc, les Sahraouis se sont dits indignés de ce qu'ils appellent “l'occupation marocaine”. Malainin Lakhal a tweeté :

Le Maroc-est-une-puissance-coloniale Rappelons au gouvernement marocain et au monde que le Maroc est une puissance d'occupation militaire au Sahara Occidental

Lakhal est un militant des droits humains qui dit avoir subi une disparition forcée dans les prisons marocaines. Il se considère comme un combattant pour l'indépendance du Sahara Occidental.

Abdullah Saleh a posté sur Twitter la photo d'un rassemblement devant le Ministère espagnol des Affaires étrangères à Madrid. Les participants tenaient des drapeaux de la République arabe sahraouie démocratique, exigeant la libération du Sahara Occidental :

La campagne internationale de solidarité pour les détenus politiques sahraouis devant le ministère espagnol des Affaires étrangères.

L'ancien représentant diplomatique du Front Polisario, Emhammad ALghazi, a encouragé les habitants du Sahara Occidentaux à s'unir contre les Marocains, disant :

RASD Additionner les forces pour défaire l'envahisseur

Mille Neumann a publié une photo avec des militants d'Afrika Kontakt, un mouvement de solidarité basé au Danemark qui collabore avec des mouvements africains, pour exprimer du soutien aux Sahraouis et appeler à la tenue d'un référendum séparatiste :

Ghaly Ahmed a personnifié son pays en décrivant l'occupation comme une personne qui saigne. Il écrit :

Quand seras-tu soulagée de ta douleur prolongée ? O, ma patrie. La paix soit sur toi

Les Sahraouis pour leur part organisent le 19 mars une manifestation pacifique demandant la libération des prisonniers politiques dans les geôles marocaines.

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