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“Bien joué Bakou” ? Les inégalités restent fermement aux commandes de la F1 en Azerbaïdjan

Baku F1 street circuit. Wikipedia image.

Circuit urbain de F1 à Bakou. Image Wikipédia.

[Tous les liens sont en anglais, sauf mention contraire]

Lorsque Mirzabite Abdullayeva, une jeune femme de 21 ans, mit au monde [azéri] des triplés le 21 juin dernier, elle ne se doutait pas que deux de ses trois nouveaux-nés décéderaient en soins intensifs dans les heures qui suivirent leur naissance. En cause, une coupure d’électricité à l’hôpital et un générateur défaillant.

Selon un média indépendant d’Azerbaïdjan, pays riche en pétrole, le bébé survivant fut transféré dans un hôpital de Bakou, où son état reste critique. Pendant ce temps, le pays voyait son Grand Prix de Formule Un se clore, un événement à plusieurs millions de dollars sur fond de crise économique qui ne cesse de s’intensifier.

Plutôt que de reconnaître la responsabilité de l’Etat dans le décès des deux nouveaux-nés, le Ministre de la Santé déclara que les nouveaux-nés étaient morts avant la coupure d'électricité et que l’hôpital n'y était pour rien.

Dépenses prioritaires

Selon l’infographie ci-dessous publiée par RFE/RL, l’Azerbaïdjan a octroyé près de 500 millions de dollars à son budget de la santé en 2016, soit une baisse de 4.2% par rapport à l’an dernier.

Ces deux dernières années, malgré la crise économique liée à la chute du cours du pétrole, d’énormes sommes ont été dépensées pour accueillir les Jeux Européens et le Grand Prix de Formule 1.

La défense demeure le secteur recevant la plus grosse part du gâteau budgétaire, sur fond de conflit de plus en plus inflammable avec le voisin arménien à propos du territoire disputé du Haut-Karabagh.

Infographic

Cette distortion des priorités en matière de dépenses publliques ne semble pas troubler les gouvernants, ni même l'indéboulonnable chef de la F1 Bernie Ecclestone, qui s'est dit à « 100 pour cent » en paix avec sa conscience vis-à-vis des droits de l’Homme en Azerbaïdjan, à l’aube de l’événement automobile, le 18 juin dernier.

Son optimisme a été partagé par l’ambassadeur d’Azerbaïdjan aux Etats-Unis :

Bien Joué Bakou en effet ! Festivités du circuit de Bakou du Grand Prix de Formule 1 en Azerbaïdjan.

L’autre Azerbaïdjan

Gunduz Aghayev

Dessin du caricaturiste azéri Gunduz Aghayev soulignant l'inégalité au milieu du glamour du Grand Prix de F1.

Les médias indépendants et les défenseurs des droits de l’Homme du pays sont d'un avis différent.

Meydan TV, un média dissident basé en Allemagne, a imaginé un circuit de F1 alternatif pour ses lecteurs, qui creuse sous le tape-à-l'oeil révéré par Ecclestone.

Intitulée “La course à la vérité : explorez les dessous du circuit de F1 », l’histoire au format multimédia, présentée en plusieurs parties, donne aux lecteurs des épisodes comme « Temps difficile pour les retraités », « Les deux visages de Bakou », « Le conte des deux écoles », et « Le centre de Bakou, terrain de jeu pour les riches », qui traitent tous des inégalités et de l’injustice sociale qui a affecté lc pays du Caucase au long du règne prolongé des Aliyev.

Khadija Ismayilova, une journaliste d’investigation récemment remise en liberté, est allée plus loin dans un article pour OCCRP l’an dernier, accusant la famille du Président Ilham Aliyev de corruption, activement facilitée par le circuit de F1 :

While taxpayers ultimately foot the bill for this, two privileged citizens have been massively enriched by the games: the president’s daughters. That’s because they control an enormous chunk of the luxury hotel business in Baku. Their hotels, sporting such well known Western brands as the Four Seasons, Sheraton and the Mariott, sit at key points in the city.

Alors que les contribuables payent au final la facture, deux citoyennes privilégiées se sont massivement enrichies sur les jeux : les filles du président. Parce qu’elles contrôlent une énorme part du business d’hôtels de luxe à Bakou. Leurs hôtels,arborant des enseignes occidentales bien connues comme le Four Seasons, le Sheraton et le Mariott, se situent à des endroits-clés de la ville.

Vous regardez la Formule 1 ? Vous voulez savoir comment les Aliyev bénéficient du Grand Prix de Bakou ?

La campagne Sport for Rights (le Sport pour les Droits) a également rappelé à grand bruit aux fans de F1 les violations des Droits de l’Homme en Azerbaïdjan :

Le Grand Prix de Bakou va démarrer ! Tous les regards sont tournés vers la piste, mais n'oubliez pas les prisonniers politiques.

Ces deux Azerbaïdjans – l’un florissant et prospère, l’autre opprimé et en pleine lutte – continuent de cohabiter.

Mais avec la chute de près de 50% des prix du pétrole brut par rapport à 2014, une exportation-clé pour le pays, l’incertitude grandit autour du régime Aliyev et de sa capacité à poursuivre cette double politique.

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