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Un vol Madrid-Berlin annulé pour cause de xénophobie anti-arabe selon des témoins

Photo of an Iberia Express airplane. Source: Flickr.

Avion de Iberia Express. Photo de Eric Salard via Flickr. CC BY-SA 2.0

Le 10 janvier 2017, le vol IBS 3674 Iberia Express reliant Madrid à Berlin a été annulé. Selon ENAIRE, l'entité qui administre le trafic aérien espagnol, la cause officielle de cette annulation était une “supposée menace à l'explosif”. Tous les passagers ont été évacués, et un “suspect” a été interrogé par les forces de sécurité, qui ont également fouillé l'avion à la recherche de bombes.

Annulation du vol Iberia Express, IBS 3674, en provenance de Madrid/Barajas, à destination de Berlin, pour cause de menace supposée d'explosifs (1/2)

La menace s'est avérée infondée, comme l'a twitté plus tard ENAIRE, et de nombreux médias de communication espagnols se sont fait l'écho de l'affaire en se basant sur les notes de presse des agences EFE et Europa Press, qui diffusaient la version officielle de la “fausse alerte à la bombe“. Spanish News Today, journal numérique en anglais, raconte une histoire similaire.

Ces articles sont cependant avares de détails et nous éclairent à peine sur ce qui s'est réellement passé. Une passagère qui se trouvait à bord du vol IBS 3674 a raconté à notre auteur de Global Voices ce qu'elle a vu, à savoir quelque chose de très différent à l'explication de la “fausse alerte à la bombe” offerte par les autorités. Selon la témoin, qui préfère garder l'anonymat, un passager germanophone a interrompu l'équipage de cabine alors qu'ils étaient en train de donner les instructions de sécurité, s'exclamant qu'il voulait parler au pilote parce qu'il y avait un “terroriste à bord”.

Le supposé “terroriste à bord” était un Libanais qui avait utilisé deux téléphones en même temps et envoyé des messages écrits en arabe. Selon la témoin, ce passager libanais, qui voyageait entre Casablanca et Berlin, a été blessé par ces accusations et a montré ce qu'il transportait dans son bagage à main : un ordinateur portable et un appareil photo reflex. Cependant, en raison de l'insistance du passager germanophone, l'avion n'a pu décoller. Malgré les plaintes des autres passagers, une “procédure de sécurité” avait commencé et ne pouvait être interrompue. La Guardia Civil, corps policier militarisé d'Espagne, est entrée dans l'avion et a commencé à le fouiller à la recherche d'explosifs. Ils ont également longuement interrogé le suspect, qu'ils ont finalement évacué de l'appareil.

La témoin rapporte que quelques passagers ont exigé que l'accusateur soit également arrêté, menaçant de poursuivre la compagnie pour conduite discriminatoire. Une passagère marocaine s'est levée en demandant pourquoi ils ne l'arrêtaient pas elle aussi puisqu'elle portait un voile. L'accusateur était très agité et a fini par être emmené par la Guardia Civil. Les autres passagers, toujours selon la témoin, n'était pas choqués par la supposée menace mais plutôt par la scène à laquelle ils venaient d'assister.

Plus tard, le commandant a annoncé qu'il annulait le vol parce qu'il y avait “des problèmes avec un passager contestataire”, poursuit la témoin. Finalement, la Guardia Civil a relâché le passager germanophone qui avait accusé le passager libanais, sans qu'il y ait de charges retenues contre lui. Les autres passagers se sont vu offrir un vol pour le lendemain matin et ont passé la nuit dans différents hôtels proches de l'aéroport.

Ce n'est pas la première fois qu'un vol est annulé à cause de la paranoïa et la peur du terrorisme. En avril 2016, l'étudiant irakien Khairuldeen Makhzoomi s'est vu exclure d'un vol de la Southwest Airlines aux États-Unis car un autre passager s'est plaint du fait qu'il parlait au téléphone en arabe. Southwest Airlines a été accusée à d'autres occasions de réserver un traitement discriminatoire à des passagers musulmans ou du Moyen-Orient.

En mai 2016, un professeur d'économie d'une université italienne, Guido Menzi, a été interrogé par les autorités après qu'un passager a donné l'alerte à propos de signes suspects qu'il était en train d'écrire sur un papier – il était en fait en train de résoudre une équation différentielle.

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