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Au Venezuela, les activistes documentent les manifestations et expliquent comment se protéger

“Je finis la journée de ce 6 avril en mettant en lignes photos et vidéos. [Ce jour] marquera nos vies” Photo: Luis Carlos Díaz. Utilisée avec autorisation.

Les appels à manifester se sont intensifiés dans de nombreuses villes vénézuéliennes à la suite de l'éphémère décision du Tribunal Suprême de Justice du Venezuela de marginaliser le parlement en s'arrogeant ses pouvoirs législatifs aux côtés du Président Nicolás Maduro.

La décision a déclenché des manifestations et un tollé international, contraignant la Cour à un rapide rétropédalage, ce qui n'a cependant pas empêché les mouvements de l'opposition et d'autres organisations qui ont accusé le gouvernement de dictature — longtemps déjà avant la décision de la cour — de continuer a mobiliser.

Les manifestations de rue de ces derniers jours au Venezuela ont été ponctuées par des arrestations et de violents affrontements entre manifestations et forces de sécurité. Citoyens, médias alternatifs et groupes de défense des droits ont aussi rapporté les abus policiers. PROVEA, une ONG dédiée à la défense des droits humains dans le pays, a publié un état des lieux de la contestation le 4 avril :

Además de detener, las fuerzas de seguridad del Estado también dedicaron su jornada a reprimir la protesta con bombas lacrimógenas, gas pimienta y perdigones, violando el derecho a la manifestación pacífica, la libertad y la integridad personal y poniendo en peligro el derecho a la vida.

A pesar de la grave situación en la que se encuentra el derecho a la información, debido a la hegemonía comunicacional del gobierno, la sociedad civil levantó su voz mediante las redes sociales en conjunto con los medios de comunicación alternativos,

Outre les arrestations, les forces de sécurité de l'Etat ont aussi consacré leur journée à réprimer la contestation avec grenades lacrymogènes, sprays au poivre et balles en caoutchouc, violant le droit à manifester pacifiquement ainsi que la liberté et l'intégrité des personnes, et mettant en danger le droit à la vie.

Malgré la situation grave où se trouve le droit à l'information du fait de l'hégémonie du gouvernement dans la communication, la société civile a élevé la voix à travers les médias sociaux conjointement avec les médias alternatifs de communication.

Les manifestations se poursuivent et sont documentées en ligne, en particulier dans la capitale, Caracas, où partisans du gouvernement et de l'opposition utilisent les médias sociaux sous les hashtags rivaux #VzlaTrancaContraElGolpe, (“le Venezuela barre le putsch”, de l'opposition),  #NoSeasCarnedeCañon (“Ne soyez pas de la chair à canon”, des pro-gouvernement) et #6Abril (6 avril) :

Ils répriment la marchent pacifique […] à hauteur de [l'avenue] Francisco Fajardo. Photo prise par l'équipe de PROVEA.

La dictature de quelques-uns ne pourra rien contre la volonté des millions qui réclament le changement

Se protéger et documenter les manifestations : conseils d'experts

Au Venezuela, où censure et restrictions à la libre expression et à l'accès internet sont de plus en plus fréquentes, l'utilisation des médias sociaux est central pour organiser, dénoncer et partager une information exacte sur les manifestations.

Photo: Luis Carlos Díaz. Utilisée avec autorisation.

Acceso Libre, un groupe de défense des droits numériques, collecte données et plaintes sur les problèmes d'accès internet :

Si vous tweetez cette semaine sur des pannes d'internet, utilisez le hashtag #internetVE en précisant fournisseur + ville + détails de la panne

Il rappelle aussi à ses abonnés jusqu'où peuvent aller les autorités :

Une fois dans la manifestations, rappelez-vous que les autorités peuvent surveiller les communications dans la zone.

Et diffuse des infographies créées par Article19 Mexico, qui conseillent les manifestants sur la façon de se protéger pendant les confrontations avec les policiers :

Tweet : conseils de conduite face aux mauvaises pratiques policières.

Image:  Ne pas provoquer, documenter. Modérer son langage verbal et corporel. Encerclé par les policiers ? rester calme et appeler son contact en cas d'urgence, s'identifier, dialoguer. Se couvrir la tête et la poitrine, essayer de s'en aller.

Quant aux manières efficaces de documenter les abus:

Tweet : Conseils basiques pour documenter une manifestation sociale.

Image : Garder la distance. (presse) S'identifier. Porter des vêtements et chaussures confortables, casque, masque à gaz, mouchoir. [Prévoir] batteries de rechange, chargeur, crédit téléphone. Inscrire un numéro d'urgence.

Le Red Venezolana de Periodismo Ciudadano (Réseau vébézuélien de journalisme citoyen) a aussi donné ses conseils :

Tweet : Voici les recommandations des étudiants pour participer à une marche.

Image : La manifestation est pacifique.
Mettre des vêtements épais : tâcher de se couvrir la plus grande partie du corps. Cela facilite la protection contre de possibles coups et balles en caoutchouc. Emporter aussi un masque facial, utile en cas de gaz. Avoir toujours un itinéraire de fuite : avant de manifester, toujours localiser une rue par où fuir rapidement en cas d'affrontements. Il est aussi utile de localiser les endroits où se mettre à l'abri. L'eau seule ne suffit pas. Contre les gaz lacrymogènes, utiliser des anti-acides dilués (Maalox ou lait de magnésie). Le vinaigre est lui-même un acide. Si vous portez des lentilles, mettez des lunettes. Les lentilles de contact ont tendance à retenir les irritants chimiques et à faire durer leur effet.
Si vous êtes blessé, quittez le site.

Parmi toutes ces recommandations, certaines des plus partagées étaient celles du journaliste et auteur pour Global Voices Luis Carlos Díaz, qui a synthétisé les meilleures pratiques pour documenter les manifestations et les abus de la police, comme accompagner les images des lieu, date, heure et descriptions de ce qui est capté.

Recommandations pour couvrir les manifestations.

Il a souligné l'importance de porter plainte et d'en garder trace :

Les violations des droits humains ne se prescrivent pas et les responsabilités sont individuelles. Enregistrez pour le futur, quand il y aura la démocratie.

‘Je me demande depuis quand la peur s'est faite si forte, si handicapante. Insupportable.’

Des internautes vénézuéliens s'interrogent sur les conflits qui ont conduit le pays à la crise, et comment le discours des dirigeants politiques et de leurs partisans ont porté la tension à de nouveaux sommets.

Citation d’Aristóbulo Istúriz : Nous défendrons notre indépendance avec le sang s'il le faut. Nous les vaincrons.

Citation de Diosdado Cabello : Chaque fois qu'ils disent qu'ils vont aller dans la rue, nous aussi irons dans la rue défendre la révolution.

Des musiciens et des personnes âgées ont aussi été arrêtés et frappés. Pour certains, comme Willy McKey du site internet d'informations Prodavinci, cela prouve que la situation atteint un point de non-retour :

Han arrestado y golpeado a un músico. Han golpeado en la cara a un arquitecto de ochenta años […] Algo ha cambiado […] Algo grande […] Nos han traspuesto.

Ils ont arrêté et battu un musicien. Ils ont giflé un architecte de 80 ans. […] Quelque chose a changé …] Quelque chose d'essentiel […] Ils nous ont transposés.

Pendant ce temps, Aglaia Berlutti a relaté sur la plate-forme de publication Medium comment une rencontre presque fortuite avec des militaires patrouillant les rues lui a montré que la peur est devenue la norme :

El miedo. El miedo. El miedo en todas partes. Levanto la cabeza. Uno de los militares me mira con los ojos entrecerrados a la distancia. El arma apoyada en el muslo. El escudo de plexiglás bien visible.

Sigo caminando. Lo hago sin volverme a mirar. Preguntándome cuándo el miedo se hizo tan fuerte, invalidante. Insoportable. Cuando el miedo se volvió el único elemento reconocible en medio de esta cotidianidad absurda, lenta y turbia. Cuándo el miedo se hizo una forma de comprender al país.

La peur. La peur. La peur partout. Je lève la tête. Un des militaires me regarde à distance, les yeux mi-clos. L'arme appuyée contre la cuisse. Le bouclier de plexiglas bien visible.

Je continue à marcher. Sans me retourner pour voir. Je me demande depuis quand la peur s'est faite si forte, si handicapante. Insupportable. Depuis quand la peur est devenue le seul élément reconnaissable de ce quotidien absurde, lent et trouble. Depuis quand la peur s'est faite une façon de comprendre le pays.

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