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Avec un peu d'aide des humains, les oiseaux de la Caraïbe tentent un retour post-ouragans

Une Paruline de Barbuda vue après le passage de l'ouragan Irma. Photo Andrea Otto, utilisation autorisée.

[Article d'origine publié le 16 novembre 2017] La saison 2017 des ouragans atlantiques aura été traumatisante pour la Caraïbe. Endurer les tempêtes elles-mêmes n'était pourtant que le début de l'épreuve. Le chemin de la guérison est souvent douloureusement lent, un processus difficile non seulement pour les habitants, mais aussi pour la population immensément diverse d'oiseaux de la région.

Il y a plus de 500 espèces d'oiseaux dans la Caraïbe, dont plus de 100 ne vivent que sur une seule île. Les ouragans ont détruit les habitats des oiseaux, et rendu la nourriture plus difficile à trouver.

De plus, de nombreux humains locaux qui travaillent normalement à les protéger, comme les écologistes et les scientifiques, ont perdu des équipements coûteux en même temps que les toits de leurs maisons. Il reste d'innombrables défis, notamment sur les îles de La Dominique, la Barbade et Porto Rico.

Des scientifiques de Guadeloupe comptent les oiseaux dans une colonie de Frégates superbes, Lagon de Codrington, la Barbade. Photo Eric Delcroix, utilisation autorisée.

Néanmoins, la plus grande organisation environnementale de la région, Birds Caribbean, s'est rapidement mobilisée. Malgré les problèmes logistiques, l'association a levé des fonds et commencé à expédier des “secours pour oiseaux” dès que possible après les passages de l'ouragan Irma et, deux semaines plus tard, de l'ouragan Maria. Ses partenaires sur les îles ont aidé à la distribution.

Une cargaison de provisions pour oiseaux à l'aéroport de Ste Croix. Photo St. Croix Environmental Association, utilisation autorisée.

Bientôt, un des objets les plus convoités de ces territoires d'amis des oiseaux s'est avéré la mangeoire pour colibris. Les Fruits de Mer, un groupe écologiste de St. Martin dévasté par l'ouragan, tweetait :

Distribution gratuite de mangeoires à oiseaux jeudi à Grand Case

Avant d'informer sur sa page Facebook :

Jeudi à l'heure du déjeuner, les gens faisaient la queue devant le restaurant Sky’s the Limit à Grand Case. Mais contrairement à la plupart des jours, ils n'étaient pas juste venus manger un barbecue local. Ils étaient là pour obtenir des mangeoires leur permettant de prendre soin des oiseaux autour de chez eux. En moins d'une heure, l'association Les Fruits de Mer a donné plus de 80 mangeoires.

Le stand de Wildlife Relief (Secours à la faune sauvage) à St. Thomas, Iles Vierges des États-Unis ; photo de la page Facebook de Virgin Island Wildlife, utilisation autorisée.

A St. Thomas, Iles Vierges des États-Unis — une autre île qui a subi des dégâts écologiques considérables des deux ouragans — un stand Wildlife Relief (Secours à la faune) a été très actif pendant le week-end. Ils ont aussi informé sur Facebook :

La petite histoire des graines et mangeoires : notre faune endémique dans toute la Caraïbe a pris un coup sévère des tempêtes. Tout comme nous, les oiseaux et chauves-souris sont dans l'incapacité d'aller sur les îles voisines chercher nourriture et abri, parce que la dévastation y est la même. BirdsCaribbean, une association qui œuvre à la protection des oiseaux caribéens endémiques, a levé des fonds et expédie des graines et des mangeoires vers DIX îles de la Caraïbe pour secourir les oiseaux endémiques ! La logistique a été compliquée, c'est le moins qu'on puisse dire ! L'Equipe Chauves-souris de St Thomas s'est portée volontaire pour distribuer l'aide sur St Thomas. Certes, il est un peu tard, mais les oiseaux ont vraiment encore besoin de cette aide ! Venez chercher votre mangeoire cette semaine !

L’Association environnementale St. Croix dans les Iles Vierges des États-Unis a été heureuse de réceptionner leur envoi et plaide aussi pour la population de chauves-souris :

Les chauves-souris de la Tour des Chauves-souris de Barren Spot au Site de protection des chauves-souris et sur tout le territoire souffrent d'une pénurie de nourriture. Les ouragans Irma et Maria ont anéanti la plupart des fruits qui poussent sur nos plantes et arbres ! Vous pouvez aider ces chauves-souris frugivores en suspendant des bananes, papayes, mangues ou tout ce que vous pouvez trouver comme fruits. Assurez-vous de suspendre le fruit hors de portée des chats et mangoustes pour qu'ils ne puissent atteindre les chauves-souris ! Les chauves-souris sont un élément essentiel de la restauration des forêts. #BatWeek [#SemaineDeLaChauveSouris]

Des Frégates superbes dans un lagon de mangrove dévasté sur l'île de la Barbade. Photo Eric Delcroix, utilisation autorisée.

Alors comment vont les oiseaux ? De nombreuses espèces d'oiseaux des Caraïbes sont déjà en danger, de par leurs habitats restreints et les empiètements constants du tourisme et de la promotion immobilière, comme l'Amazone impériale endémique de la Dominique, le très chéri Sisserou, l'oiseau emblème national figurant sur le drapeau de l'île. L'oeil de l'ouragan Maria — une tempête de catégorie 5 — est passé exactement au-dessus de la minuscule île, causant d'immenses dégâts.

Birds Caribbean rapporte avoir envoyé des jumelles, des appareils photos et d'autres équipements pour aider le service des forêts de l'île, qui “a tout perdu dans l'ouragan”, à rechercher le Sisserou. Les craintes exprimées sur les réseaux sociaux d'une possible extinction de l'oiseau étaient heureusement prématurées, puisque le perroquet d'ordinaire discret et clairsemé a été repéré depuis :

EXCELLENTE nouvelle : Première vue confirmée du Sisserou sur la Dominique !!!! Repéré à Morne Saint Mary au sud de Roseau, merci Stephen Durand (service des forêts de la Dominique) de donner cette merveilleuse nouvelle !

L’Amazone à cou rouge de la Dominique a aussi refusé de passer pour morte. Un blog (sous-titré La nature caraïbe dans l'ère des super-tempêtes) raconte :

Une nouvelle vidéo avec portfolio est sortie aujourd'hui, grâce à Machel Sulton de la Division des Forêts, Parcs et Faune de la Dominique, montrant une Amazone à cou rouge récupérée de l'après-Maria. L'oiseau a bonne mine !

Une journaliste environnementale basée à Ste Lucie a écrit :

Mon ami, Zion man, Gardien de la Terre Denus Williams, aide les perroquets endémiques de la Dominique. Ce Jaco a survécu à un ouragan de catégorie 5.

Porto Rico, pincé le long de sa côte nord par l'ouragan Irma puis traversé du sud au nord par Maria, continue à être très mal loti, et les oiseaux peinent autant que les humains. La Forêt nationale d'El Yunque a particulièrement souffert et reste fermée, et le sort d'un autre perroquet précieux, l'Amazone de Porto Rico (Iguaca), en danger critique, reste suspendu.

Triste nouvelle par nos colllègues d'El Yunque sur la population d'iguacas. La plupart de la population résiduelle manque. La population du rio Abajo au niveau au moins de 92 iguacas sauvages.

Porto Rico vient de recevoir près d'une tonne des graines dont il a désespérément besoin, et 800 mangeoires. Selon Birds Caribbean, huit autres îles collectent leurs graines et attendent cette semaine leurs mangeoires.

Et qu'en est-il de la minuscule Barbade ? Ses habitants humains, évacués au lendemain de l'ouragan Irma, ignorent quel sera leur avenir, et craignent l'exploitation politique et l'opportunisme économique :

Les Barbadiens craignent une confiscation des terres, le remplacement de la vieille propriété communale par la propriété privée, au profit des promoteurs du tourisme, à la suite d'Irma.

Ignorante de la politique îlienne et des anxiétés humaines, la minuscule et endémique Paruline de Barbuda (listée comme “quasi-menacée”) a été repérée par des ornithologues locaux deux semaines après l'ouragan, à la joie de tous. Depuis, une équipe de scientifiques de la Guadeloupe s'est jointe à des confrères des États-Unis, Sainte Lucie et Antigua pour mener un recensement financé par Birds Caribbean.

34 Sucriers à ventre jaune (aussi connus sous le nom de Colibris) se pressent autour d'une mangeoire à oiseaux à St. Martin. Photo Mark Yokoyama, utilisation autorisée.

Dans une série titrée l'Ile d'Irma, le blog Les Fruits de Mer de St. Martin affirme que le chemin du rétablissement suppose que les humains prennent les bonnes décisions :

Pendant que la nature prend le chemin de la guérison, nous avons une occasion d'influer sur l'avenir. Nous pouvons planter des arbres locaux et protéger les espaces naturels, ou nous pouvons les détruire. A nous de décider comment nous participons au processus.

Dans un autre billet de blog, Tom White, un biologiste du U.S. Fish and Wildlife Department [l'administration américaine de protection de l'environnement] à Porto Rico, notait que les forêts pluviales de Porto Rico commencent déjà à “reverdir” — et s'il est frustrant de voir les populations d'oiseaux “réduites à un niveau aussi bas en un jour” après les décennies passées à les faire remonter, il ajoutait, “si on renonce, c'est l'ouragan qui gagne. Et ça, on ne le permettra pas.”

Alors, quelle leçon retenir des lendemains d'ouragans ? Les oiseaux de la Caraïbe peuvent être tout aussi résilients que les humains. Et les humains rebondissent, eux aussi.

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