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#JusticeForAsifa : le meurtre d'une fillette choque le Jammu-et-Cachemire, mais pas les médias

Le texte sur le poster se traduit par: “Delhi… Ici les femmes ont peur de sortir de chez elles. Qui est responsable de cette peur intense ?” Image par Francois Decaillet sur Flickr. CC BY-NC-ND

[Article d'origine publié le 24 janvier 2017]

Alors que le Pakistan se débattait pour traduire en justice les coupables du meurtre de Zainab Ansari, une fillette de sept ans, un autre crime atroce est survenu de l'autre côté de la frontière, choquant les habitants de l’État indien du Jammu-et-Cachemire, dans le nord du pays.

Le 17 janvier dernier, le corps battu et sans vie d'une fillette de huit ans, Asifa Bano, a été découvert dans une forêt aux alentours d'Hiranagar, dans le district de Kathua du Jammu et Cachemire. La presse locale rapporte qu'Asifa Bano aurait été violée puis torturée avant d'être tuée, et qu'il y avait des traces de morsures humaines sur son corps.

Asifa Bano avait été portée disparue une semaine avant que son corps soit enfin découvert. Les membres de sa famille ont expliqué à la presse locale avoir déposé un Premier rapport d'information (ou FIR) à la suite de sa disparition, mais que l'enquête policière avait été lente. La famille d'Asifa Bano fait partie de la tribu semi-nomade des Gujjar-Bakarwal.

Les autorités locales, citoyens et journalistes du Jammu-et-Cachemire ont tous dénoncé le meurtre atroce d'Asifa Bano et ont établi un parallèle avec celui de Zainab Ansari au Pakistan. Le public a aussi exigé que justice soit rendue à l'enfant.

Shujaat Bhukari, rédacteur en chef du Rising Kashmir au Cachemire, écrit :

When one wakes up to know about the horrendous news of kidnapping, rape and killing of 8-year old Asifa Bano in Kathua. This is gruesome beyond words. Sadly this savagery has no boundaries#JusticeforAsifa

Lorsque vous vous réveillez et que apprenez la nouvelle atroce du kidnapping, viol et meurtre d'Asifa Bano, 8 ans, à Kathua. Il n'y a pas de mots pour décrire cette atrocité. Malheureusement cette sauvagerie n'a pas de limites. #JusticeforAsifa

Nadir Ali, un résident local, réfléchit à l'incident et à l'état actuel de la société :

Soul of Jammu and Kashmir is in revolt.. 8-year-old daughter was raped and killed. Where are we heading??? Are we going backward into the future?? We all should stand together and give justice to Asifa's family.

L'âme du Jammu-et-Cachemire est en révolte.. Une fillette de 8 ans a été violée et tuée. Où allons-nous ??? Allons-nous vers le futur à reculons ?? Nous devrions tous nous unir et rendre justice à la famille d'Asifa.

Mehreen Syed, une étudiante en médecine originaire du Cachemire, écrit :

Je n'ai littéralement pas de mot pour décrire ce que je ressens en ce moment… C'est un crime atroce et je veux que les responsables soient punis si sévèrement que plus jamais personne n'osera même penser à commettre un tel acte

L'activiste social Guftar Ahmed a écrit :

#JusticeForAsifa Quand la justice sera rendue à Asifa  @MehboobaMufti@SushmaSwaraj . Arrivé à Kathua aujourd'hui, organisé plusieurs manifestations dans le district pour Asifa

Mais au niveau national, les réactions à l'incident ont été sporadiques, et beaucoup d'Indiens se sont abstenus de commenter ou d'organiser des manifestations contre ce crime odieux. Contrairement à d'autres meurtres insensés, il n'y a pas eu de marches, veillées à la bougie, ou de pétitions réclamant justice.

Les plus grands titres comme Zee News, Times Now et Republic, connus pour généralement prendre parti pour le gouvernement, n'en n'ont pas parlé. De telles histoires alimentent souvent des débats majeurs accompagnés de hashtags populaires ainsi que d'éditoriaux, en particulier lorsqu'elles se passent en milieu urbain. Mais dans ce cas-ci, dans lequel la victime provient d'une région éloignée au Jammu-et-Cachemire et appartient à une communauté minoritaire, la réponse nationale a été relativement silencieuse.

Sur Facebook, le journaliste Majid Hyderi a critiqué les médias locaux qui n'ont pas couvert l'incident :

A local newspaper, which doesn’t report about the gruesome rape-and-murder of an eight-year-old-girl on its front page, can be appreciated as nothing but Pimp-Of-Journalism or Dalla-e-Sahafat. The tragedy of Gujjar girl, whose family isn’t resourceful enough to seek justice, gets fudged as a routine murder report on some inner page with no mention of rape.

Un journal local, qui ne rapporte pas le viol et meurtre horrible d'une fillette de huit ans sur sa première page, ne peut être considéré comme rien d'autre que du journalisme bas de gamme ou Dalla-e-Sahafat [nom d'un journal pakistanais, NdT]. La tragédie d'une fillette gujjar, dont la famille n'est pas assez riche pour demander justice, se retrouve reléguée dans une page intérieure comme un meurtre quelconque, sans même mention du viol.

Majid Hyderi a soulevé un autre point pertinent sur cet horrible meurtre et viol :

We all are silent because it wasn’t our daughter or sister or maybe she wasn’t from our community or tribe; she didn’t belong to the circle of influence that could awaken our souls.

Let’s not communalize the spine-shivering tragedy as being the case of a Hindu, Muslim, Sikh or Christians; Unless we humans wake up against such crimes as one voice regardless of religious or other beliefs, someone’s daughter will continue to fell prey.

As of now, let our heads hang in collective shame. Sorry, Asifa we did nothing for you because your rape and murder don’t serve our interests!

Nous sommes tous silencieux parce que ce n'était pas notre fille ou notre sœur, ou peut-être parce qu'elle ne faisait pas partie de notre communauté ou de notre tribu ; elle n'appartenait pas au cercle d'influence qui aurait pu éveiller nos âmes.

Ne catégorisons pas cette tragédie à faire dresser les cheveux sur la tête comme un affaire d'hindous, de musulmans, de sikhs ou de chrétiens ;  tant que nous humains ne nous réveillons pas contre ces crimes, unis, quelle que soit notre religion ou autres croyances, la fille de quelqu'un continuera de devenir une proie.

Et maintenant, baissons la tête dans une honte collective. Désolés Asifa, nous n'avons rien fait pour toi car ton viol et ton meurtre ne servent pas nos intêrets !

Au parlement du Jammu-et-Cachemire, le parti politique d'opposition Conférence Nationale (NC) a organisé une protestation contre le meurtre pendant que le parti au pouvoir a annoncé une enquête immédiate. Le ministre en chef du Jammu et de Kashmir, Mehbooba Mufti, a condamné l'incident et a lui aussi exigé une enquête rapide. Un jeune suspect de 15 ans a été arrêté par la police.

Indigné par l'incident horrible dans lequel une fillette bakerwal a perdu la vie. De tels incidents feront l'objet d'enquête immédiate & les coupables seront punis.

— Mehbooba Mufti (@MehboobaMufti) 18 Janvier 2018 

Crimes contre les femmes

Depuis ces dernières semaines, cet incident et un autre meurtre, ainsi qu’une série de dix viols dans la région du Haryana ont forcé le gouvernement et les médias à enfin se pencher sur le problème. Des centaines de femmes se sont fait agresser par des voyous la veille du nouvel an 2017, donnant lieu à d'importantes manifestations dans tout le pays.

Le problème de l'Inde avec les viols et les crimes contre les femmes n'est pas nouveau. Le nombre de crimes contre les femmes est en constante augmentation dans le pays depuis 2001, où 143.795 cas ont été reportés,et au moins 337.992 en 2014. Ces nombres ont augmenté de façon alarmante, car de plus en plus de femmes et de jeunes filles rapportent des cas d'agressions sexuelles, d'atteintes à la pudeur et viols.

Pendant ce temps, au Jammu-et-Cachemire, beaucoup se demandent pourquoi le meurtre d'Asifa n'a pas secoué la conscience des Indiens, et pourquoi ce crime n'a été que très peu couvert par les médias. Les règles et les normes qui dominent les lois et systèmes de gouvernance en Inde ont peut-être encore un long chemin à parcourir quant à la protection des droits et la sécurité physique de tous les Indiens, et en particulier des femmes et des filles.

Note de l'éditeur : un officier de la police spéciale (SPO) de 28 ans, Deepak Khajuria, a été arrêté le 9 février. Ce dernier a avoué avoir drogué la fillette pendant sa séquestration et commis ce crime afin de propager la peur parmi les nomades, pour que ces derniers restent éloignés de Kathua, majoritairement hindoue. Deepak Khajuria faisait partie des policiers ayant participé à la recherche d'Asifa Bano.

Traduction révisée par Gwenaëlle Lefeuvre et Suzanne Lehn

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