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Des militants taïwanais et vietnamiens collaborent pour demander justice pour les victimes d'une catastrophe marine au Vietnam

Un pêcheur vietnamien dans un coracle. Capture d'écran via YouTube de l'épisode “The Death of Vietnam's Fish” (La mort du poisson au Vietnam) de l'émission de la télévision publique taïwanaise “Our Island” (Notre île).

Par l'équipe de Global Voices Chinese Lingua

En 2016, des déchets toxiques de l'entreprise Formosa Steel Plant (l'aciérie de Formose), propriété de Taïwan, ont provoqué un désastre écologique majeur dans la vie marine au Vietnam. Deux ans plus tard, des militants en prison et des moyens de subsistance locaux détruits, le combat pour la justice est loin d'être terminé et il a vu une collaboration significative entre les Taïwanais et les Vietnamiens.

L'ampleur des dommages environnementaux reste floue. Le gouvernement vietnamien n'a pas rendu publics son rapport d'enquête officiel ou ses données environnementales.

Les autorités affirment que presque tous les habitants touchés ont été indemnisés; cependant, beaucoup d'entre eux disent qu'ils n'ont rien reçu ou seulement une partie .

Alors que les poissons ont commencé à revenir, leur nombre est inférieur à celui d'avant la catastrophe. Les pêcheurs ont été laissés sans emploi et les gens s'inquiètent de savoir s'il est sain de manger le poisson pêché.

Les Vietnamiens de la région touchée ont protesté, mais leurs actions ont été réprimées par les autorités. Sur la base de l'enquête menée par des activistes, des universitaires ainsi que des Vietnamiens à Taïwan, 17 Vietnamiens ont été arrêtés ou menacés d'arrestation à des degrés divers en relation avec la catastrophe de Formose. Parmi eux sont:

  1. Nguyen Van Hoa, condamné à sept ans de prison pour “propagande contre l'Etat”  parce qu'il a utilisé un drone avec caméra pour diffuser une manifestation de pêcheurs autour de l'aciérie ;
  2. Hoang Duc Binh, condamné à 14 ans de prison pour “avoir abusé des libertés démocratiques pour porter atteinte aux intérêts de l'Etat” et “résistance aux fonctionnaires dans l'exercice de leurs fonctions” liées à sa couverture de la catastrophe sur son blog ;
  3. Nguyen Nam Phong, condamné à deux ans de prison pour “résistance aux autorités” après avoir refusé d'ouvrir sur ordre d'un groupe d'hommes en civil et policiers en uniforme la porte de la voiture qu'il conduisait, où se trouvaient les défenseurs des droits humains Nguyen Dinh Thuc et Hoang Duc Binh, ;
  4. Tran Hoang Phuc, condamné à six ans de prison pour “propagande anti-étatique” liée à son travail d'aide aux victimes de la catastrophe ;
  5. Bach Hong Quyen, actuellement dans la clandestinité parce qu'il fait face à des accusations de “désordre public” pour avoir organisé une marche en 2017 à l'occasion du premier anniversaire de la catastrophe ;
  6. Thai Van Dung, un militant catholique impliqué dans des manifestations, recherché par la police pour avoir prétendument violé sa probation liée à une condamnation antérieure pour des “activités visant à renverser l'administration du peuple” en 2013.

En plus des poursuites judiciaires, les prêtres catholiques et les églises, qui ont aidé les communautés de pêcheurs à obtenir une compensation, ont reçu des menaces d'un groupe affilié au parti communiste appelé “Red Flag”. La mission de ce groupe, selon un prêtre nommé Dang Huu Nam parlant sur Radio Free Asia, est “d'empêcher les catholiques de protester contre l'aciérie de Formose et de se débarrasser des “ennemis catholiques””.

Les critiques contre l'usine sidérurgique et la gestion de la catastrophe par le gouvernement, ainsi que les appels à la surveillance de la pollution, ont été considérés comme subversifs à l'égard de l'État à parti unique.

La répression de la dissidence, cependant, ne peut pas faire disparaître les problèmes environnementaux du pays.

Après l'adhésion du Vietnam à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2007, le parti communiste au pouvoir s'est efforcé de stimuler la croissance économique en attirant les investissements étrangers. Mais le développement rapide est advenu au dépens de l'environnement.

En 2016, 50 grands scandales de déchets toxiques ont été signalés au Vietnam. Parmi ces scandales, le déversement illicite de déchets toxiques dans les cours d'eau est un problème particulièrement grave, et 60 % de ces violations ont été commises par des entreprises à capitaux étrangers.

Avec une côte qui s'étend sur 3 000 kilomètres, le Vietnam abrite l'une des plus grandes industries de fruits de mer au monde. Environ 3 % des exportations vietnamiennes sont des produits de la mer, et environ 10 % de la population totale en tirent leurs revenus directs ou indirects. La plupart des communautés de pêcheurs sont pauvres, la pêche et l'aquaculture contribuent en moyenne à 75 % du revenu de leur ménage. En outre, la moitié des protéines alimentaires vietnamiennes proviennent de ces produits aquatiques.

La société à l'origine de l'une des pires catastrophes environnementales du pays, l'aciérie de Formose, est de loin le plus important investissement étranger au Vietnam. Elle a été initialement formée par le groupe taïwanais Formosa Plastics en 2008 et, plus tard en 2015, elle a attiré de nouveaux investissements de la China Steel Corporation basée à Taïwan et de JFE Steel au Japon.

Ses opérations ont été arrêtées après le déversement, mais à la mi-2017 elles ont repris, et elle prévoit d'augmenter ses capacités de production avec un deuxième haut-fourneau en 2018.

La mort des poissons de 2016 n'a pas été son seul problème de sécurité. En mai 2017, une explosion de poussière a eu lieu lors des essais de l'usine. Et en décembre 2017, l'usine a été condamnée à verser une amende de 25 000 dollars américains pour avoir enterré des déchets solides nocifs.

“Si nous éprouvons ce genre de douleur, nous ne devrions pas l'infliger au Vietnam”

La catastrophe environnementale et ses conséquences ont créé une situation embarrassante pour le gouvernement de Taïwan, étant donné que l'aciérie appartient à une société taïwanaise, et le gouvernement a lancé l'initiative New Southbound Policy, qui vise à renforcer la coopération avec l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), dont le Vietnam est membre.

L'offre de Taïwan d'envoyer ses spécialistes de l'environnement au Vietnam après la catastrophe, a été refusée. Au-delà de cela, cependant, les autorités taïwanaises n'ont pas pris beaucoup de mesures. Les Vietnamiens de Taïwan et les militants taïwanais ont essayé différentes approches pour obtenir justice par les voies qui leur sont ouvertes.

Ils ont demandé que Formosa Plastics Group publie ses données de surveillance de l'environnement et assume sa responsabilité sociale, mais jusqu'à présent, ils ont été ignorés. Ils ont également interrogé l'autre investisseur basé à Taïwan, China Steel Corporation, mais ses représentants disent qu'ils ne savent rien.

Comme les tribunaux du Vietnam n'acceptent pas les poursuites contre Formosa Ha Tinh Steel Corporation, les Vietnamiens avaient espéré que les Taïwanais pourraient les aider à poursuivre l'entreprise à Tïiwan. Cependant, ce n'est pas possible, car l'aciérie Formosa est basée au Vietnam.

Le père Peter Nguyen Van Hung, un prêtre catholique vietnamien à Taïwan, s'est rendu en Europe avec d'autres prêtres des régions touchées et des représentants d'ONG taïwanaises afin d'attirer l'attention de l'opinion publique internationale sur les problèmes environnementaux et humains causés par Formose Plastics Group et le gouvernement vietnamien. Il a également visité des organisations aux États-Unis qui sont disposées à fournir un soutien juridique aux victimes.

Le père Hung travaille également avec des Vietnamiens, des universitaires et des ONG à Taïwan, notamment l'Association des juristes environnementaux (EJA), l'Association taïwanaise des droits de l'homme et Covenant Watch pour faire pression sur Formosa Plastics Group et le gouvernement taïwanais à fin qu'ils assument leurs responsabilités vis à vis du désastre.

En décembre 2016, des ONG taiwanaises ont demandé que le Yuan législatif (le Parlement) de Taïwan tienne une audience publique sur l'incident ainsi que la révision du Statut pour l'innovation industrielle, qui vise à encourager l'investissement étranger. Bien que le Statut ait finalement été révisé en novembre 2017, aucun article de vérification ou d'évaluation n'y a été ajouté, ce qui signifie que le gouvernement taïwanais ne peut pénaliser une société pour des méfaits environnementaux et une violation des droits humains commis à l'étranger.

Avant que la catastrophe environnementale ne soit connue, Formosa Plastics Group a reçu 3,5 milliards de dollars supplémentaires de prêts de plus de 30 banques à Taïwan et à l'étranger. Par la suite, les ONG taïwanaises ont demandé à deux banques contrôlées à 100 % par le gouvernement de Taïwan, Bank of Taïwan et Land Bank of Taïwan, d'adopter les Principes de l'Équateur [fr] – un ensemble de normes pour évaluer les risques environnementaux et sociaux dans le financement des projets. Mais elles ont refusé. D'autre part, deux autres banques commerciales parmi les 30, Cathay United Bank et E.SUN Commercial Bank, les ont signés.

Les Taïwanais ot déjà connu des catastrophes environnementales. Yuyin Chang de l'EJA a expliqué comment le passé a influencé leur solidarité lors d'une manifestation en 2016 :

美國的RCA公司(民國)59年到80年在台灣設廠,造成台灣的土地、地下水的污染,以及人民許許多多健康的損害,目前都還在台灣訴訟當中,這是台灣人民切身的痛,我們台灣人民曾經有過這種痛,不應該再移植到越南去。

La société américaine RCA a installé ses usines à Taïwan de 1970 à 1991, et elles ont causé beaucoup de pollution sur les terres et dans les eaux souterraines de Taïwan et ont rendu beaucoup de gens malades. C'est une affaire qui est toujours en cours. C'est la douleur des Taïwanais. Si nous éprouvons ce genre de douleur, nous ne devrions pas l'infliger au Vietnam.

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